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Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 11:42

DSK-en-Chine-2.JPG Après plus de sept mois de turbulences personnelles, Dominique Strauss-Kahn a choisi une conférence économique dans la capitale chinoise pour retrouver son statut de spécialiste en macro-économie. Aux journalistes étrangers qui lui posaient des questions plus personnelles, sur son actualité judiciaire, sur son état d'esprit ou sur son choix de la Chine pour revenir sur le devant de la scène, il a systématiquement opposé la même réponse: "Aucun commentaire". Circulez, il n'y a rien à voir !

Invité par le groupe NetEase, l'un des géants de l'internet en Chine, Dominique Strauss-Kahn a prononcé un discours en anglais de 45 minutes*.  

Fort d'une expérience liée à ses quatre années passées à la tête du FMI, bien au-dessus de la mêlée, il a distribué bons et mauvais points, se montrant particulièrement très critique des mesures de sauvetage récemment prises à Bruxelles.

 

"Nous voyons les pays européens passer d'un plan (de sauvetage) à un autre, d'un sommet de la dernière chance à un autre, toujours sans admettre les pertes, toujours sans permettre une reprise de la croissance et toujours en échouant à restaurer la confiance", a -t-il déclaré . Le ton est donné.


Les 500 millions d'euros du Mécanisme européen de stabilité (MES), futur fonds de sauvetage permanent de la zone euro, "ne seront pas réels avant six mois, ce qui est bien trop tard. C'est une question de semaines, ce n'est pas une question de mois", a t-il tenu à souligner.

Quant aux 200 milliards d'euros de prêts bilatéraux promis par la zone euro et d'autres pays de l'UE pour renflouer le FMI, ils "sont dans les limbes", a jugé Dominique Strauss-Kahn, avant de conclure que le pare-feu anti-crise de la dette européenne "n'existait pas vraiment".

Concernant les autres mesures sur lesquelles planchent les leaders européens, qui se retrouveront en sommet début 2012, DSK a assuré: "Franchement je ne suis pas vraiment sûr que ce qu'ils vont préparer sera suffisamment solide pour être efficace".


Dominique Strauss-Kahn a ensuite répondu à des interrogations d'internautes transmises par le biais d'un animateur du forum.

"Avec la récente tempête, le radeau semble ne plus être assez résistant", a-t-il affirmé en parlant de l'eurozone. "Le fait que l'euro soit encore au milieu de la rivière et que l'union budgétaire ne soit pas réalisée le rend très vulnérable et le radeau semble sur le point de sombrer".

"Je ne suis pas persuadé que (le président français) M. Sarkozy et (la chancelière allemande) Mme Merkel se comprennent bien entre eux et c'est probablement une des raisons pour lesquelles le système européen a des problèmes pour avancer", a-t-il confié.

 

Un retour aux sources particulièrement percutant et réaliste.

 

D'après source AFP

 

*Socialisme & Démocratie 32 publiera cette intervention dès que possible

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Vendredi 15 avril 2011 5 15 /04 /Avr /2011 11:13

DSK ONU 21092010Se référant souvent à l'économiste John Maynard Keynes, Dominique Strauss-Kahn déplore une reprise économique sans véritable créations d'emplois. Ce qui fait peser le risque d'une génération entière perdue au regard du niveau de chômage des jeunes.

 

Toujours aussi discret sur ses intentions concernant la course à la présidentielle française de 2012, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn ne manque pas de peaufiner son image d'homme de gauche. A la tête d'une institution longtemps considérée comme ultra-libérale, il a de nouveau réitéré sa déception devant l'évolution de l'économie mondiale et placé au centre de ses préoccupations les créations d'emplois.

«Ce n'est pas la reprise que nous voulons», a-t-il martelé hier lors d'un point presse avant la tenue des réunions de printemps du FMI et de la réunion des ministres des Finances du G20. «Ce serait trop de dire que c'est une reprise sans emplois, mais c'est certainement une reprise avec une insuffisance d'emploi», a-t-il poursuivi. Pendant très longtemps, la connaissance commune voulait que la croissance s'accompagne de créations d'emploi. L'histoire nous apprend que la relation n'est pas aussi logique.

«Bien évidemment, vous avez besoin de croissance. Mais vous avez aussi besoin de mettre en place des politiques d'emploi adéquates. Sans de telles politiques qui sont liées à l'éducation, la formation, l'assurance-chômage, vous risquez d'avoir une croissance insuffisamment créatrice d'emplois», a-t-il encore indiqué. «Le conflit entre rigidité et flexibilité du marché de l'emploi me désole. Cela n'a aucun sens. Nous devons nous débarrasser du rêve que la croissance sera suffisante et que le marché fera le reste du travail», a-t-il ajouté.  

Rien de mieux, dans ce cas, que de mettre en place des politiques actives pour favoriser la baisse du chômage. Des politiques qui peuvent se différentier selon les pays considérés. Sans une action de cette nature, il est possible que dans les prochaines années, une génération entière pourrait être perdue en raison de l'inactivité des jeunes, s'est désolé le directeur du Fonds. Aujourd'hui, plus de 200 millions de personnes cherchent un emploi dans le monde, soit 30 millions de plus qu'en 2007. «Le chômage est à des niveaux record dans beaucoup de pays» et «dans trop de pays, l'inégalité atteint des records», a-t-il déploré.

Soulignant les travaux conduits par le FMI en collaboration avec l'Organisation internationale du travail (OIT), le patron de l'institution a jugé que «peu contesteraient que des allocations chômage convenables sont un point de départ. En particulier quand les pertes d'emplois sont très concentrées chez les jeunes et ceux qui n'ont pas qualifications».

A ses yeux, il faut donc plus d'investissements dans l'éducation, renforcer la négociation collective, importante dans un contexte de stagnation des salaires. Il faut des partenariats sociaux, qui sont des cadres utiles car ils permettent un partage équitable à la fois des gains et des sacrifices.

Dominique Strauss-Kahn qui se réfère souvent à l'économiste anglais John Maynard Keynes et à sa «Théorie générale» (1936) selon laquelle «les fautes essentielles de la société économique dans laquelle nous vivons sont son incapacité à fournir le plein emploi et sa répartition arbitraire et inéquitable des ressources et des revenus», a retrouvé là ses positions de responsable politique français, qu'il défendait avant son arrivée à la tête du FMI en novembre 2007. Lors de sa campagne à l'investiture du Parti socialiste à l'élection présidentielle française de 2007, il s'était fixé pour objectif de parvenir au plein emploi en dix ans, en misant entre autres sur une meilleure formation et un meilleur accompagnement des chercheurs d'emploi.

 

Source Les Echos

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Mercredi 13 avril 2011 3 13 /04 /Avr /2011 23:40

dsk-13-avril-2011.jpg Le directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, a appelé mercredi à des politiques "pragmatiques" contre le chômage, dépassant l'opposition "entre flexibilité et rigidité sur les marchés du travail".

"La croissance seule ne suffit pas. Et ce que nous avons appris tous en même temps, c'est que des politiques de l'emploi bien conçues peuvent sauvegarder des emplois", a affirmé M. Strauss-Kahn lors d'un discours à Washington.

"Nous devons être pragmatiques. Et je pense que vraiment, nous devons dépasser l'opposition binaire et stérile entre flexibilité et rigidité sur les marchés du travail", a-t-il poursuivi.

"Ce que nous devons faire, c'est nous demander quelles sont les politiques efficaces, quelles sont les politiques qui de fait créent des emplois", a-t-il estimé.

Le patron du FMI a rappelé que plus de 200 millions de personnes cherchaient un emploi aujourd'hui dans le monde, soit 30 millions de plus qu'en 2007. "Le chômage est à des niveaux record dans beaucoup de pays" et "dans trop de pays, l'inégalité atteint des records", a-t-il déploré.

"Peu contesteraient que des allocations chômages convenables sont un point de départ. En particulier quand les pertes d'emplois sont très concentrées chez les jeunes et ceux qui n'ont pas qualifications", a-t-il souligné.

Selon M. Strauss-Kahn, "il nous faut plus d'investissements dans l'éducation. Il nous faut de la négociation collective, qui est importante dans un contexte de stagnation des salaires. Et il nous faut des partenariats sociaux, qui sont des cadres utiles car ils permettent un partage équitable à la fois des gains et des sacrifices".

M. Strauss-Kahn retrouve là ses positions de responsable politique français, qu'il défendait avant d'arriver au FMI en novembre 2007.

Lors de sa campagne à l'investiture socialiste en vue de l'élection présidentielle de 2007, il s'était fixé pour objectif de parvenir au plein emploi en dix ans, en misant entre autres sur une meilleure formation et un meilleur accompagnement des chercheurs d'emploi.

Interrogé après son discours pour savoir si la lutte contre le chômage ou les inégalités pourrait être partie intégrante des objectifs fixés par le FMI aux pays qui demandent son aide, M. Strauss-Kahn a répondu que non.

"Je ne vois pas ce genre de question devenir un objectif défini dans les programmes du FMI, parce que d'une part c'est très difficile à mesurer [...] et d'autre part nous devons gérer des problèmes de court terme", or "les questions d'inégalité par exemple sont des questions de long terme", a-t-il expliqué.

Mais il a affirmé qu'il y avait une "conditionnalité sociale" dans les politiques conseillées par le FMI, "qui est de faire attention à ce que le programme ait le moins de conséquences possibles pour les plus vulnérables".

"Je ne suis pas en train d'essayer de dire que nos programmes sont des programmes sociaux, loin de là. Ils sont toujours très douloureux pour les pays en difficulté. Mais à la marge, on peut prendre en compte les problèmes sociaux et la situation des plus vulnérables", a-t-il précisé. "Donc nous essayons de protéger la protection sociale là où elle existe et d'en bâtir une là où elle n'existe pas".

© 2011 AFP

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Mercredi 6 avril 2011 3 06 /04 /Avr /2011 12:01

Socialisme & Démocratie 32 vous propose le texte intégral de l'intervention de Dominique Strauss-Kahn, Directeur général du FMI devant des étudiants de l'Université Georges Washington, à Washington le 4 avril dernier.

 

**************

 

DSK-universite-GW-4-avril-2011.jpg Je me fais toujours un plaisir de parler à des étudiants et j’ai eu l’occasion de pratiquer cet exercice un peu partout dans le monde. Après tout, vous êtes les dirigeants de l’avenir, c’est vous qui allez donner forme au monde de demain.

 

À la fin de la semaine prochaine, le FMI tiendra ses réunions de printemps. C’est la saison où les ministres des finances et les gouverneurs des banques centrales auxquels nous rendons compte viennent à Washington pour parler de l’économie mondiale. Et cette année, ils auront largement de quoi parler.

 

Nous vivons un moment unique de l’histoire, une période de grands bouleversements. Vous n’êtes pas sans savoir que la crise financière mondiale a dévasté l’économie mondiale et causé une misère et des souffrances incalculables dans le monde entier. Mais elle a fait bien plus : elle a aussi sapé les fondements intellectuels de l’ordre économique mondial du dernier quart de siècle.

 

Avant la crise, nous pensions que nous savions plutôt bien gérer nos activités économiques. Ce «consensus de Washington» reposait sur un certain nombre de formules de base. Il suffisait de simples règles de politique monétaire et budgétaire pour garantir la stabilité. La déréglementation et les privatisations donneraient libre cours à la croissance et à la prospérité. Les marchés financiers se chargeraient d’acheminer des ressources aux secteurs les plus productifs et de s’autoréguler efficacement. Et tous les citoyens du globe surferaient sur la vague montante de la mondialisation.

 

Tout cet échafaudage s’est effondré sur le passage de la crise. Le consensus de Washington relève désormais du passé. Il nous appartient aujourd’hui de reconstruire les fondements de la stabilité et de faire en sorte qu’ils résistent à l’épreuve du temps et que la prochaine phase de la mondialisation apporte ses bienfaits à toute l’humanité. Ce travail de reconstruction repose sur trois grands axes — une nouvelle approche de la politique économique, une nouvelle approche de la cohésion sociale et une nouvelle approche de la coopération et du multilatéralisme.

 

Tour d’horizon

 

Voyons pour commencer comment se présente la situation économique. L’activité économique mondiale continue à se redresser, mais la reprise est déséquilibrée, au plan international comme au plan national. Dans les pays avancés, foyer de la crise financière, la croissance est encore faible et le chômage trop élevé. Pendant ce temps, les pays émergents — surtout en Asie et en Amérique latine — montent en puissance et frisent la surchauffe. Les pays à faible revenu ont fait preuve d’une remarquable résistance, mais souffrent maintenant de la hausse des cours des produits alimentaires et des carburants.

 

De grandes incertitudes continuent à planer. Il y a bien encore à l’heure actuelle un grand nombre de cygnes noirs sur le lac économique mondial.

 

Après la grande tragédie qu’a vécue le Japon, la priorité immédiate est de soulager les souffrances humaines et de reconstruire ce qui a été mis à bas. Nous sommes tous admiratifs devant la résilience du peuple japonais.

 

En Europe, quelques pays sont à la croisée des chemins — ils ont franchi des étapes difficiles, mais ont encore du chemin à faire. Au final, l’Europe a besoin de solutions globales — basées sur la solidarité paneuropéenne — pour venir à bout des problèmes persistants du secteur financier et des dettes souveraines. Jusqu’à présent, il y a eu des avancées partielles et fragmentaires, ce qui constitue une menace pour les pays en crise ainsi que pour le redressement de l’ensemble de l’Europe.

 

Le Moyen-Orient vit en ce moment une transformation historique. Les citoyens revendiquent plus de liberté, ainsi qu’une répartition plus juste des chances et des ressources économiques. Pour répondre à ces aspirations, il faudra modifier en profondeur les institutions politiques, économiques et sociales. Ce sera un processus de longue haleine : des réformes de pareille ampleur demandent du temps et des efforts. L’enjeu immédiat consiste à préserver la cohésion sociale, sans compromettre la stabilité macroéconomique. En période d’agitation sociale, presque tous les gouvernements de la région ont essayé — ce qui est bien compréhensible — d’amortir les effets de la hausse des prix de la nourriture et des carburants en les prenant partiellement en charge dans le budget de l’État. Bien sûr, ce surcroît de dépenses va peser à l’avenir sur les finances publiques. L’instabilité politique, par ailleurs, fait baisser les recettes du tourisme, décourage les IDE et accroît le coût des emprunts. Cela pourrait réduire à néant les efforts visant à établir un modèle de croissance plus soucieux des égalités sociales et à créer des emplois pour absorber une population active en vive expansion. La communauté internationale doit être prête à apporter son soutien, aujourd’hui et dans les années à venir.

 

Globalement, donc, la situation économique est encore fragile, inégale et entourée d’une grande incertitude.

 

Une nouvelle approche de la politique macroéconomique

 

Selon l’ancien paradigme, la politique monétaire n’avait que deux soucis : l’inflation et la croissance. Mais c’était trop simple. Avant la crise, la faible inflation et la croissance vigoureuse de façade dissimulaient de graves dangers : envolée des prix des actifs, explosion du crédit, investissements biaisés en faveur de l’immobilier, creuset financier d’actifs toxiques et vastes déficits extérieurs courants.

 

Dans le passé, on faisait souvent abstraction du secteur financier. Les instances de réglementation et de contrôle se concentraient sur les institutions et les marchés à titre individuel, et ne prêtaient guère d’attention aux dimensions plus larges de la stabilité financière et macroéconomique. Mais une des leçons essentielles est que les événements locaux peuvent avoir des répercussions mondiales.

 

Il est clair que la politique monétaire ne doit pas s’arrêter à la stabilité des prix et doit se soucier aussi de la stabilité financière. Cela ne veut pas dire pour autant que son principal instrument, le taux directeur, doit accroître sa portée. Heureusement, nous disposons d’autres instruments — les instruments macroprudentiels tels que les ratios de fonds propres, les ratios de liquidité et les ratios de quotité des prêts. Nous devons apprendre à concevoir et utiliser ces instruments de manière plus efficace.

 

Quid de la politique budgétaire? Dans l’ancien paradigme, elle était à n’en pas douter laissée pour compte dans la panoplie des instruments de gouvernement. Son rôle se limitait aux stabilisateurs automatiques — laisser les déficits augmenter et baisser en fonction du cycle — et toute action discrétionnaire était vue d’un mauvais œil. Mais la politique budgétaire est sortie de son engourdissement, telle la Belle au bois dormant, au cours de la crise, lorsque la politique monétaire s’est essoufflée et que le système financier s’est retrouvé à genoux : c’est alors que l’instrument oublié est venu étayer la demande globale et sauver le monde de la chute libre économique. Nous devons repenser la politique budgétaire.

 

Parallèlement, le secteur financier a besoin d’une sérieuse intervention de chirurgie réglementaire. La crise a pris racine dans une culture de prise de risques débridée, culture qui malheureusement, est encore bien vivante et agissante.

 

Il y a eu quelques avancées positives, mais ce ne sont que des premiers pas. L’accord de Bâle III sur la réglementation bancaire devrait améliorer quantitativement et qualitativement les fonds propres des banques. Mais il nous faut étendre la réglementation au «système bancaire virtuel». Il nous faut un contrôle plus efficace, car même la meilleure réglementation n’a de valeur que si elle est convenablement appliquée. Il nous faut de meilleurs mécanismes de restructuration pour en finir avec le syndrome maudit du «trop- gros ou trop important pour qu’on le laisse mourir — y compris au niveau crucial des établissements transfrontaliers. Nous avons besoin d’une taxe sur les activités financières pour forcer ce secteur à prendre en charge une partie des coûts sociaux de son comportement irresponsable.

 

Globalement, je tirerais de tout cela deux grandes conclusions. La conception d’un nouvel ordre macroéconomique pour le monde d’aujourd’hui exige que la main passe — au moins dans une certaine mesure — du marché à l’État et que, d’une simplicité relative, l’on s’achemine vers relativement plus de complexité.

 

Une nouvelle approche de l’inclusion sociale

 

La nouvelle gouvernance mondiale doit aussi s’attacher davantage à la cohésion sociale. Ne vous méprenez pas — l’ancienne formule de mondialisation nous a beaucoup apporté et a permis d’arracher des millions de personnes à la pauvreté. Mais la médaille de la mondialisation avait un revers — celle d’un fossé vaste et grandissant entre les riches et les pauvres. Si la mondialisation des échanges est allée de pair avec une diminution des inégalités, la mondialisation financière — qui fait la une depuis quelques années — les a aggravées.

 

La tendance a été de banaliser les inégalités, en les présentant comme un mal nécessaire dans la quête de la prospérité. Mais la crise et ses séquelles ont profondément changé nos perceptions. Le cocktail explosif d’un chômage élevé et persistant et d’une aggravation des inégalités risque de saper la cohésion sociale et la stabilité politique et, partant, de menacer la stabilité macroéconomique.

 

Les inégalités ont sans doute été l’une des causes «cachées» de la crise. Aux États-Unis, à la veille de la crise, elles étaient revenues à leur niveau d’avant la Grande Dépression. La Grande Récession, elle aussi, a été précédée par une augmentation de la part du revenu des populations riches et par une prépondérance croissante du secteur financier. Dans ces conditions, pour l’homme de la rue l’emprunt aurait pu être un moyen de relever son niveau de vie, mais cela n’aurait eu qu’un temps.

 

À terme, pour être soutenable la croissance doit s’accompagner d’une répartition plus équitable des revenus. À cela plusieurs raisons. Les inégalités peuvent bloquer l’accès au financement. Elles peuvent rendre les pays plus vulnérables aux chocs. Elles peuvent ébranler la confiance dans les institutions et ouvrir la porte à l’instabilité. Sans une classe moyenne solide, la demande intérieure n’a guère de chances de décoller.

 

Il nous faut un nouveau type de mondialisation, une mondialisation plus juste, une mondialisation à visage plus humain. Les fruits de la croissance doivent être largement partagés, et non accaparés par quelques privilégiés. Certes, le marché doit garder son rôle prépondérant, mais la main invisible ne doit pas pour autant se transformer en poing.

 

Une nouvelle approche au multilatéralisme

 

Nous avons beaucoup appris de la crise, et surtout que la coopération est indispensable à la stabilité. Sans la coopération préconisée par le G-20, nous aurions sans doute sombré dans une deuxième Grande Dépression. Aujourd’hui cette coopération ne peut s’estomper. L’économie mondiale est trop interdépendante pour permettre aux simples intérêts nationaux de prévaloir. Je crains toutefois que cette coopération ne s’essouffle.

 

Les grands enjeux actuels exigent tous une solution concertée. Songeons au rééquilibrage de la croissance mondiale. Les pays qui ont accusé des déficits extérieurs doivent s’appuyer davantage sur la demande extérieure. Les pays excédentaires doivent, eux, évoluer en sens inverse, et s’appuyer davantage sur la demande intérieure. Autrement dit, il faut d’abord miser sur l’intérêt de la planète, car en fin de compte les intérêts nationaux en dépendent.

 

La mondialisation doit être perçue comme une entreprise commune. Les pays ne doivent pas se prévaloir de leur monnaie ni des restrictions commerciales pour obtenir des gains à court terme. Dans leur quête d’investisseurs, ils doivent résister à la tentation du relâchement de la réglementation financière et du renoncement aux protections sociales.

 

Dans ce monde, les institutions multilatérales — foyers de coopération mondiale — revêtiront une importance croissante. Mais il faut qu’elles gardent leur pertinence. Elles doivent s’adapter à la nouvelle mondialisation.

 

Je suis heureux de constater que le FMI joue son rôle. Un rôle qui a été essentiel durant la crise, où nos programmes de prêt ont été décisifs — notamment à la faveur d’accords avec certains pays avancés que peu d’observateurs auraient pu prévoir. Nous nous efforçons désormais de mieux saisir les relations d’interdépendance complexes qui caractérisent l’économie mondiale. Nous voulons être mieux à même de prévenir les crises, pas simplement de les gérer.

 

Nous avons opéré beaucoup de changements. Nous avons mis en place un nouvel exercice d’alerte avancée. Nous publions de nouveaux rapports sur les effets de contagion, qui examinent en quoi les politiques nationales de cinq grandes économies systémiques agissent sur le reste du monde. Nous avons rendu obligatoires les programmes d’évaluation du secteur financier pour les pays d’importance systémique. Nous offrons un meilleur suivi des flux de capitaux mondiaux. Nous œuvrons avec le G-20 pour faire de la coopération un moteur de croissance. Nous avons entrepris de renforcer le dispositif mondial de protection financière pour épargner aux pays des revers de fortune soudains.

 

Mais nous devons nous armer de légitimité et refléter la réalité économique du xxie siècle. De là l’importance des récentes réformes de gouvernance du FMI. L’an dernier, nos États membres ont convenu de transférer plus de 6 % des voix aux pays émergents et aux pays en développement — en sus du transfert de 2,7 % de 2008. Le Brésil, la Chine, l’Inde et la Russie figurent désormais parmi nos dix plus grands actionnaires. Nous sommes ainsi mieux à même de nous acquitter de notre mission, une mission de stabilité macroéconomique, aujourd’hui plus pertinente que jamais.

 

Conclusion

 

Les défis que nous devons relever aujourd’hui n’ont rien de nouveau. Déjà en 1933, John Maynard Keynes — un des pères fondateurs du FMI — écrivait «Le capitalisme international et néanmoins individualiste, décadent mais dominant depuis la fin de la guerre, n’est pas une réussite. Il n’est ni intelligent, ni beau, ni juste, ni vertueux, et il ne tient pas ses promesses. En bref, nous ne l’aimons pas et nous commençons à le mépriser. Mais quand nous nous demandons par quoi le remplacer, nous sommes extrêmement perplexes».

Aujourd’hui nous nous heurtons à des défis étrangement similaires. Nous sommes en train de surmonter des obstacles dont la nature et les causes le sont, elles aussi. Mais nous ne devons pas perdre de vue que les institutions créées dans l’après-guerre ont montré leur pérennité, ouvrant une période de paix, de prospérité, de coopération et de stabilité sans précédent.

 

C’est dans ce monde qu’est né le FMI. Un monde où le multilatéralisme comptait. Un monde où les fruits de la croissance étaient amplement partagés. Un monde où l’État et le marché se complétaient et s’équilibraient.

 

Aujourd’hui il nous appartient de reconstruire ce type de monde. Bien entendu il ne s’agit pas de revivre les années 40. Nous ne voulons pas d’un monde dominé par une poignée de pays. Nous ne voulons pas tourner le dos à l’ouverture. Nous pouvons toutefois revenir aux principes sur lesquels fut construite l’économie de l’après-guerre. Nous pouvons nous inspirer du passé pour dessiner l’avenir.

 

Or, le FMI a justement un rôle primordial à jouer. Il doit renouer avec sa mission originelle, celle de promouvoir la coopération et de combattre les causes économiques de la guerre.

 

L’avenir vous appartient, vous en serez-les dirigeants. Et quel monde voulez-vous façonner ? Un monde plus intelligent, plus juste, et plus vertueux, n’est-ce pas ?

 

Merci de votre attention.

Par SD32 - Publié dans : International
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Mardi 5 avril 2011 2 05 /04 /Avr /2011 15:29

DSK ONU 21092010La reprise économique mondiale est fragile, mal répartie et entourée de grandes incertitudes, vient de déclarer Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds monétaire international.

 

Lors d'un discours prononcé à Washington, Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds monétaire international a appelé les banques centrales à cesser de se concentrer uniquement sur la stabilité des prix. Il les exhorte à élargir leur horizon et à trouver les moyens d'assurer la stabilité du système financier.

 "De toute évidence, la politique monétaire doit aller au-delà de la stabilité des prix pour tendre vers la stabilité financière", a déclaré Dominique Strauss-Kahn. "Cela ne veut pas dire pour autant que la portée du principal outil de politique monétaire, la fixation des taux d'intérêt, doit être élargie."

Le directeur général du FMI a ainsi appelé les autorités monétaires à s'inspirer de certains procédés réglementaires - comme celui imposé aux banques d'avoir un niveau minimal de fonds propres - pour contribuer à une stabilité de l'économie mondiale.

"L'économie mondiale continue à se reprendre, mais elle mal répartie entre les pays, voire à l'intérieur des pays", a déclaré Dominique Strauss-Kahn.

Au sujet des difficultés de l'Europe à résoudre durablement la crise de la dette de certains pays, il a formé d'une direction plus clairement définie de la région.

"Les progrès (dans la résorption de la crise de la dette) ont été partiels jusqu'à présent et ceci représente un risque important pour les pays en crise et pour la reprise de l'Europe dans son ensemble", a estimé Dominique Strauss-Kahn.

"En fin de compte, l'Europe a besoin d'une solution exhaustive - fondée sur une solidarité pan-européenne - pour traiter les problèmes persistants du secteur financiers et ceux liés à la dette souveraine", ajoute celui qui pourrait être candidat à l'élection présidentielle française de 2012.

Au sujet de la Grèce, il a déclaré que le pays serait en moins mauvaise posture si le FMI et l'Union européenne avaient été en mesure d'intervenir plus tôt. En échange d'une aide de 110 milliards d'euros accordée en mai par le FMI et l'UE, Athènes s'est imposé une drastique cure d'austérité.

Malgré ces mesures certains craignent que le pays ne remplisse pas les objectifs fixés en matière de réduction de déficits et prévoient un défaut. Dominique Strauss-Kahn a déclaré au sujet que le programme du FMI et d'UE visait à remettre le pays sur les rails sans avoir recours à une telle extrémité.

 

Source : la tribune.fr avec Reuters 

Par SD32 - Publié dans : International
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Samedi 19 mars 2011 6 19 /03 /Mars /2011 15:08

DSK ONU 21092010Selon un article d’Alexia Kefalas paru dans le Figaro du 14 mars, le ʺfilmʺ  de Canal + sur DSK aurait provoqué un tollé en Grèce et ce seraient les petites phrases lâchées par DSK « La Grèce est dans la merde » et « La fraude atteint des sommets en Grèce » qui seraient à l’origine de ce presque ʺincident diplomatiqueʺ entre la Grèce et le FMI.

 

Grecque par mes origines, cet article du Figaro, mais aussi l’écho de la presse française sur la prétendue bourde de DSK, m’ont vivement interpellée d’autant plus que j’étais en Grèce la semaine dernière pour raisons professionnelles et que je me souviens très bien du reportage que j’ai vu jeudi 10 mars sur Alpha News (alphatv.gr, Στρος Καν: "Η απάτη πάει σύννεφο στηνΕλλάδα" http://www.alphatv.gr. Il y était question de ce documentaire, la scène des manifestants était la même, mais après, on voyait Papandréou et DSK assis ensemble en train de discuter. Le son était coupé et le tout était reproduit en traduction simultanée accompagnée de quelques sous titres. Il faut savoir que la chaîne grecque avait passé cette information à l’ouverture du journal du soir et qu’elle n’en avait reproduit qu’un tout petit extrait.

 

Et voilà ce qu’a donné la version grecque du documentaire français : DSK aurait dit « La réalité est que la Grèce est dans le caca et très profondément même ! Quand une femme dit qu’elle ne peut plus acheter du pain, elle dit la vérité. Toute cette colère est légitime. Les gens dans la rue ont le sentiment d’avoir été trompés alors que ce sont eux-mêmes qui ont mijoté les ingrédients (de la crise) et qui ne payent pas d’impôts avant d’ajouter littéralement « la fraude monte jusqu’au ciel en Grèce ».

Ce qui a déchaîné l’opinion publique, ce n’est pas le documentaire de Canal + comme l’affirme la correspondante du Figaro mais l’interprétation des propos de DSK par les journalistes grecs qui ont divulgué l’information en rajoutant des choses et en grossissant les traits.

 

D’autre part, dans le petit extrait qu’ils ont montré, ils ont affirmé aussi que Papandréou aurait sollicité l’intervention du FMI dès fin 2009 (à peine deux mois après son élection) alors qu’à l’époque le discours officiel du Premier ministre était qu’il rejetait complètement cette éventualité. Il ne s’agissait-là que d’une consultation privée entre les deux hommes puisque la décision de demander l’intervention du FMI a eu lieu après le vote de la loi fiscale du 5 mars, autrement dit après le plan d’austérité du 14 décembre, celui du 5 janvier, celui du 5 février … . Déjà en février 2011, le journal grec « Kathimerini » avait titré « Stauss-Kahn, une bombe pour la Grèce » dans son quotidien du 20 février http://news.kathimerini.gr/4dcgi/_w_articles_politics_2_20/02/2011_433401 en annonçant que le documentaire à venir réserverait des révélations sur Nicolas Sarkozy.

 

Lire la suite : http://www.lepost.fr/article/2011/03/18/2439234_dsk-victime-d-un-lynchage-mediatique-en-grece.html

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Lundi 7 mars 2011 1 07 /03 /Mars /2011 19:59

DSK ONU 21092010Le directeur général du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn a prévenu lundi que les crises économiques «de demain» seraient différentes de celles connues jusqu'ici. Ils appellent donc la communauté internationale à la vigilance.

Vigilance

«Les crises de demain seront différentes des crises d'hier», a affirmé Dominique Strauss-Kahn lors de remarques introduisant une conférence d'économistes au siège du FMI.

«Donc nous devons éviter d'être trop sûrs de nous dans nos convictions sur la façon dont fonctionne l'économie mondiale, et rester vigilants en permanence face à l'émergence de nouveaux types de vulnérabilité», a-t-il poursuivi.

«Probablement ne l'avons-nous pas été suffisamment par le passé, car nous avions un ensemble d'idées dont nous pensions qu'elles seraient vraies pour toujours», a déploré Dominique Strauss-Kahn, citant la priorité donnée par les banques centrales à l'inflation ou la manière d'aborder la régulation financière.

Collaboration internationale

Dominique Strauss-Kahn a appelé les dirigeants des grandes économies à collaborer. «Plus l'économie mondiale est interconnectée, et je ne vois vraiment pas de raison pour laquelle la mondialisation ne se poursuivrait pas, plus le rôle de la coopération internationale continuera à croître», a-t-il expliqué.

«Mais comment l'organiser, et en particulier lors des époques calmes? Nous ne sommes certainement pas encore dans une époque calme, mais nous sommes à une époque plus calme que nous n'étions il y a un an», s'est-il interrogé.

«Et déjà l'élan [de la coopération] n'a pas disparu, ce serait injuste de le dire, mais l'élan n'est pas aussi fort qu'il n'a été , a prévenu Dominique Strauss-Kahn.

© 2011 AFP
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Vendredi 25 février 2011 5 25 /02 /Fév /2011 23:43

dsk 12102010 Au cours du dernier quart de siècle, l'économie mondiale a bénéficié d'une remarquable période de croissance régulière et de faible inflation. Cette période dite de Grande Modération a donné à de nombreux décideurs politiques un sentiment fallacieux de sécurité quant à leurs capacités à gérer l'économie et à affronter une crise financière. Mais aujourd'hui que la Grande Modération s'est transformée en Grande Récession, certains défauts majeurs de la pensée conventionnelle sont apparus au grand jour, notamment à quel point nous comprenons mal les liens entre le système financier et l'économie dans son ensemble ou les liens financiers entre les pays.

 

Alors que les décideurs politiques envisagent aujourd’hui de nouveaux paradigmes pour gérer l’économie en 2011 et au-delà, une meilleure compréhension de ces liens sera essentielle pour promouvoir la croissance économique et réduire le risque de crise financière. Tout aussi importance est la prise de conscience qu’en travaillant ensemble, nous pouvons bâtir une économie mondiale plus stable et plus prospère, pour le bénéfice de tous les pays.

Je voudrais développer ce que cela signifie pour les trois objectifs de politique économique suivants : bâtir un secteur financier plus sûr et plus efficace, obtenir une croissance plus stable et plus équilibrée, et gérer des flux de capitaux importants et volatiles.

Un système financier plus sûr et plus efficace est le fondement d’une économie prospère. Il faut à cette fin une réglementation stricte, avec un ensemble de règles sensées pour les institutions et les marchés financiers. Et pour s’assurer que chacun respecte ces règles, les institutions financières doivent faire l’objet d’une surveillance intense.

Bien sûr, des crises se produiront toujours, même avec les meilleures règles et surveillance possibles – raison pour laquelle des mécanismes de résolution efficaces sont nécessaires pour les institutions qui rencontrent des difficultés. Et enfin, compte tenu des fortes interactions au sein du secteur financier et de l’économie en général, nous avons besoin d’un cadre global pour gérer les risques inhérents au système financier dans son ensemble.

De grands progrès ont déjà été accomplis en ce qui concerne les réformes du secteur bancaire, avec notamment le récent accord sur le relèvement des fonds propres des institutions financières (Bâle III). Nous sommes pourtant encore loin de disposer des instruments de surveillance nécessaires pour garantir une application sans faille de ces réglementations. Des mécanismes de résolution efficaces et des cadres systémiques font encore plus défaut.

Pour ce qui est de l’économie en général, nous avons appris que pour être saine, la croissance doit être équilibrée. Au niveau national, des instruments sont nécessaires pour éviter que des excès dans un secteur donné ne mettent l’ensemble de l’économie à genoux. Au niveau mondial, une meilleure distribution de la croissance entre tous les pays est nécessaire pour prévenir des déséquilibres déstabilisants.

Quelles sont les implications pour la politique macroéconomique ?

La politique monétaire doit aller au-delà de son objectif central – une inflation faible et stable – et donner plus d’attention à la stabilité financière. Le débat porte aujourd’hui sur la manière dont cet impératif peut être précisément traduit dans la politique monétaire, et sur la manière dont le travail des autorités monétaires et de réglementation peut être coordonné.

En ce qui concerne la politique fiscale, la crise a démontré l’importance du maintien de faibles niveaux de la dette publique et du déficit durant les périodes de prospérité : les pays ayant des finances publiques saines sont plus à même d’amortir l’impact économique d’une crise financière. Mais les dettes et déficits publics de nombreuses économies avancées se sont envolés à cause de la Grande Récession.

À quel moment mettre en œuvre une austérité budgétaire – et établir un juste équilibre entre des impôts plus élevés et des dépenses plus faibles – variera d’un pays à l’autre, selon divers facteurs comme le niveau de la reprise économique, l’inclination des marchés à financer les dettes et les ratios initiaux entre les dépenses et les recettes. Mais l’objectif commun de la politique fiscale doit être de soutenir la création d’emplois et une croissance durable à moyen terme.

La distribution des revenus est une autre question importante. Dans les années précédant la crise, les inégalités se sont creusées dans plusieurs pays, avec des conséquences inquiétantes quant à cohésion sociale. L’augmentation des inégalités peut également avoir donné lieu à une plus grande vulnérabilité face à la crise : avec moins de personnes en mesure de recourir à l’épargne dans les temps difficiles, les répercussions sur la croissance ont été démultipliées.

Au niveau international, il sera essentiel d’avoir une meilleure compréhension de la manière dont des politiques appliquées dans un pays ont des effets sur les économies d’autres pays. Cette approche est au cœur des efforts du G20 pour établir une croissance mondiale plus forte, plus stable et plus équilibrée. Le Fonds monétaire international intensifie également son action dans ce domaine, par le biais des « rapports de débordement » sur la Chine, la zone euro, le Japon, le Royaume uni et les États-Unis.

Obtenir une meilleure évaluation des liens financiers entre les pays est tout aussi crucial. Au cours de la crise, nous avons vu à quelle vitesse se sont effectuées les fuites de capitaux de pays pourtant considérés comme des valeurs sûres Aujourd’hui, plusieurs de ces pays peinent à se remettre d’un véritable tsunami de capitaux.

Les décideurs politiques de plusieurs pays émergents s’inquiètent du fait que ce soudain influx de capitaux provoquera une réévaluation de leur monnaie, déstabilisera les marchés financiers et conduira à une surchauffe économique. Leurs réactions vont de l’accumulation de devises étrangères pour empêcher l’appréciation de leur monnaie, à l’adoption de mesures visant à freiner l’influx de capitaux, en passant, dans certains cas extrêmes, par l’interdiction d’entrée de capitaux. La situation est devenue très tendue, sur fond de « guerre des changes » et d’un risque bien réel de protectionnisme monétaire.

Il est évident que nous devons avoir une meilleure compréhension de ce qui motive les mouvements de capitaux. Nous devons également définir les meilleures moyens politiques pour les réglementer – en tenant compte du fait que ces politiques ont un impact sur l’ensemble de l’économie mondiale. Et nous devons évaluer l’utilité potentielle d’un système de règles mondiales visant à réduire la volatilité des flux de capitaux.

Une assurance financière mondiale est une question annexe importante. De la même manière qu’un ménage couvre son épargne par une assurance, les pays devraient avoir accès à un filet de sécurité financière mondial. Beaucoup de progrès ont été accomplis depuis l’émergence de la crise, grâce à des moyens accrus pour le FMI et de nouveaux instruments de financement. Mais davantage de moyens sont nécessaires et le FMI étudie actuellement la possibilité d’une coopération avec des mécanismes de financement régionaux, ainsi que de nouvelles manières d’utiliser ces instruments en cas de crise systémique.

Pour résumer :

L’un des principaux échecs politiques de la période précédant la crise a tenu à un manque d’imagination. Nous avons échoué à comprendre à quel point les réseaux économiques et financiers mondiaux étaient interconnectés. Faisons en sorte qu’un nouvel échec ne soit pas dû à une absence de coopération. Nous devons surmonter les anciennes lignes de division – à la fois au sein des économies et entre elles – et travailler ensemble pour bâtir une économie mondiale plus forte et plus résistante.

Dominique Strauss-Kahn

Copyright: Project Syndicate, 2010.

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Mardi 1 février 2011 2 01 /02 /Fév /2011 17:31

dsk 12102010 Dans un discours qu'il a tenu devant les autorités monétaires de Singapour, le directeur général du FMI a pointé du doigt le risque de guerre que faisaient peser les tensions entre les nations, accentué par la reprise à deux vitesses.

Evoquer le risque de guerre quand on est un chef d'Etat ou qu'on aspire à le devenir, ce n'est pas courant. Voilà pourquoi le discours tenu par Dominique Strauss-Kahn ce mardi à Singapour devant les autorités monétaires de cette cité-Etat, devrait susciter bon nombre de commentaires. Soulignant que "le schéma des déséquilibres mondiaux d'avant la crise est en train de ressurgir", le directeur général du FMI a assuré à ses hôtes que cette situation l'inquiétait : "Alors que les tensions entre les pays s'accroissent, nous pourrions voir une montée du protectionnisme, sur le plan commercial et financier (...) et l'instabilité sociale et politique croître entre les nations, et même la guerre"

A l'appui de ces propos, DSK pointe du doigt la reprise à deux vitesses qui caractérise l'évolution de l'économie mondiale. Dans les pays "ayant d'importants déficits extérieurs, comme les Etats-Unis" la croissance "reste menée par la demande intérieure". Alors que dans ceux qui parviennent à générer de "larges excédents extérieurs, comme la Chine et l'Allemagne", elle "reste alimentée par les exportations" a observé le directeur général du FMI. DSK a également mis en avant ses prévisions pour 2011 : 2,5% de croissance dans les "économies avancées" et 6,5% dans les pays émergents et en développement. Une moyenne dopée par les pays d'Asie, qui, si on exclut le Japon, pourraient, selon le FMI bénéficier d'une croissance moyenne de 8,5% cette année.

Dominique Strauss-Kahn souligne également une autre source de tension : le gonflement de la population active mondiale. "Nous sommes face à la perspective d'une 'génération perdue' de jeunes, destinée à souffrir toute leur vie d'une détérioration des conditions sociales et du chômage. La création d'emplois doit être une priorité non seulement dans les économies avancées mais aussi dans les pays plus pauvres." Et d'ajouter : "Sans l'emploi et la sécurité des revenus, il ne peut y avoir rebond de la demande intérieure et au final, pas de reprise durable."

 

Source LaTribune

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Jeudi 9 décembre 2010 4 09 /12 /Déc /2010 09:35

DSK ONU 21092010Nous publions ci-dessous le discours prononcé par Dominique Strauss-Kahn, Directeur général du FMI, à Genève, ce 8 décembre, à l'Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche( UNITAR )

 

Je voudrais parler aujourd’hui des changements que la crise financière a engendrés dans la gouvernance économique mondiale.

 

Au lendemain d’un conflit mondial dévastateur, les pays du monde se sont rassemblés pour créer des institutions afin de consolider la paix et de promouvoir la coopération économique. Pendant une certaine période ces institutions ont tenu leurs promesses. Puis, à partir des années 80, l’idée s’est répandue que nous en savions assez pour gouverner correctement les économies développées. Une doctrine simple s’est petit à petit mise en place : quelques règles de bon sens (budgétaires et monétaires) appuyées sur l’infaillibilité du marché devaient, croyait-on, suffire. C’est la grande période de la dérégulation au moins dans les économies avancées. Les autres, les pas-encore-émergents et les pays pauvres, devaient progressivement en venir à ce qui paraissait une saine gestion et, dans l’intervalle, le FMI se chargerait de leur imposer des règles bonnes pour eux sinon pour les puissants. Tel était le credo habillé du doux nom de Consensus de Washington.

 

Mais le monde a profondément changé. La croissance rapide des pays émergents et en développement a redéfini l’équilibre du pouvoir économique dans le monde. La crise financière mondiale a balayé en grande partie l’ancien ordre économique. Aujourd’hui, les conséquences de la crise sont loin d’être épuisées, la situation en Europe reste très préoccupante, l’avenir est plus incertain que jamais, pourtant sans attendre que le calme soit revenu, il faut commencer à tout reconstruire, c’est l’occasion d’un triple retour.

 

D’abord le retour de la gouvernance économique mondiale

 

De plusieurs points de vue, on peut dire que la crise financière mondiale trouve son origine dans la mauvaise gouvernance.

 

La toile de fond est bien connue. Le modèle de croissance mondiale s'est révélé déséquilibré et intenable. Il reposait trop sur le recours excessif à l’emprunt par certains pays, rendu possible par l’épargne excessive d’autres pays. Dans un grand nombre de pays, les inégalités se sont fortement accentuées, en mettant à mal le tissu social. Ainsi aux Etats Unis, elles avaient retrouvé à la veille de la crise le niveau atteint juste avant 1929. La crise financière mondiale a fait voler en éclats l’illusion de stabilité. Pratiquement du jour au lendemain, la Grande Modération a laissé place à la Grande Récession.

 

Quant au déclenchement même de la crise, il est clairement lié à une insuffisance de la régulation et de la supervision financière. Croyant avec un optimisme sans bornes que la hausse des prix des actifs et la prospérité économique se poursuivraient indéfiniment, les établissements financiers ont pris des risques comme ils ne l’avaient jamais fait auparavant. Ils se sont lancés dans une ingénierie financière compliquée qui amplifiait les risques tout en les occultant. Souvent, les autorités de réglementation et de surveillance ont péché par inattention. Dans bien des cas, elles étaient toutes acquises à la culture de déréglementation et croyaient que les marchés financiers pouvaient s’auto-discipliner efficacement. Voilà pour les mauvaises nouvelles.

 

La bonne nouvelle est que la gouvernance mondiale a connu un renouveau grâce à la crise. Sous l’impulsion du G20, les pays ont conjugué leurs efforts pour apporter des solutions communes à leurs problèmes communs, en ne se souciant que de l’intérêt général à l’échelle mondiale. On l’a vu dans le domaine de la politique monétaire, avec les baisses coordonnées de taux d’intérêt, les lignes de crédit réciproque entre la Fed et beaucoup d’autres banques centrales, et la décision d’opter pour des mesures non conventionnelles en matière de politique monétaire. On l’a vu aussi dans le domaine de la politique budgétaire, les pays dont les finances le permettaient prenant des mesures de relance globale équivalant à 2 % du PIB, comme l’avait conseillé le FMI

 

Nous avons ainsi évité, pour le moment, que la crise ne devienne aussi grave que celle de la Grande Dépression, menace que beaucoup avaient à l’esprit après la chute de Lehman. Cette coopération exemplaire restera dans les livres d’histoire comme la première fois où des gouvernements représentant des milliards d’hommes et de femmes ont su travailler ensemble pour faire face à un danger planétaire.

Dans le domaine financier aussi, la crise a été porteuse de réformes. Conscient des erreurs ayant provoqué la crise, le CSF, avec le FMI et d’autres institutions, a pris la tête des efforts déployés au niveau mondial. Le récent accord de Bâle III sur la réglementation bancaire représente un pas important dans cette direction, qui devrait conduire à une nette amélioration qualitative et quantitative des fonds propres des banques. La prochaine étape consistera à revoir la réglementation des établissements financiers non bancaires, qui ont joué un rôle si important dans la crise.

 

C’est toutefois un domaine dans lequel, selon moi, les choses ne vont pas assez vite. Réformer la réglementation bancaire était nécessaire et urgent. Mais la réglementation n’est qu’une facette de l’ensemble. Les deux autres sont la supervision et la résolution des crises. Je considère au demeurant que la question de la supervision est peut être plus importante encore que celui de la réglementation. Vous pouvez disposer des meilleures règles, si leur mise en œuvre n’est pas surveillée, la catastrophe est proche. D’ailleurs, dans l’affaire des subprimes, c’est moins la réglementation qui a failli que la supervision. Quant aux mécanismes de résolution des crises, les épisodes grecs et irlandais ont montré leur nécessité. Or, dans ces deux derniers domaines, très peu a été fait. Le retard apporté à l’amélioration de la supervision et à la création de mécanismes efficaces de résolution des crises pourrait bien être la cause principale du prochain embrasement comme l’actualité récente nous le montre.

 

Mais malgré ces réserves importantes, c’est bien à un retour puissant de la gouvernance économique auquel on a assisté depuis la crise. Le rȏle de la puissance publique pour soutenir la demande privée devenue déficiente comme pour remettre de l’ordre dans le secteur financier atteste de ce retour. Et c’est bien au niveau mondial que cette nouvelle gouvernance a émergé.

 

Le deuxième retour est celui du FMI au centre de la gouvernance mondiale

 

De Davos (janvier 2008) à Londres (avril 2009) : de l'alerte au sursaut. En janvier 2008, le FMI donne l'alerte. C'est dès janvier que les prévisions dont nous disposons nous font craindre un affaissement de la croissance bien plus important que beaucoup ne le croient a l'époque. Sans doute cela vient-il de ce que le FMI est la seule institution susceptible de travailler sur les interactions entre le secteur financier et le secteur réel. Il est au coin de Main Street et de Wall Street comme disent les américains. Le Fonds n'a pas vraiment vu venir la crise, il faut le reconnaître mais il est le premier à en avoir mesuré l'ampleur. Le FMI demande alors la mise en place d'un soutien budgétaire pour soutenir la demande privée défaillante : c'est le fameux stimulus. La surprise est générale de voir le FMI naguère si libéral devenir keynésien.

 

Lors de l'assemblée de printemps d'avril 2008, nous passons de l'alerte à l'alarme. Non seulement il faut soutenir la demande mais en plus il faut couvrir les pertes du système bancaire. Non pas parce qu'il faudrait par principe sauver les banquiers, mais parce que l'effondrement du système bancaire provoquerait cette nouvelle crise de 1929 que nous nous efforçons d'éviter. Mille milliards de dollars de pertes, titre toute la presse. La suite montrera que nous étions en dessous de la vérité. Mais ce qui est le plus frappant à l'occasion du G7 qui se réunit au même moment, c'est le refus de voir la réalité. Tous les ministres des Finances du G7 nous critiquent, nous serions beaucoup trop pessimistes, la croissance va se maintenir, argument suprême : nous connaissons nos économies mieux que vous !

 

C'est début octobre 2008, lors de l'assemblée annuelle du Fonds, un mois après la chute de Lehman, que le premier sursaut se produit. Les esprits sont désormais acquis à l'idée qu'une intervention de la puissance publique est nécessaire et partout où c'est possible les stimulus se mettent en place de l'Europe à la Chine, des Etats Unis au Brésil. Partout aussi où les systèmes bancaires ont été atteints (principalement aux Etats Unis et en Europe) des plans de restructuration sont élaborés et dotés des financements nécessaires.

En avril 2009, à Londres, le second sursaut viendra du G20. Il ne suffit plus de soutenir la croissance et de réparer le système bancaire, il faut venir en aide aux pays en difficulté. Les ressources du FMI sont alors triplées et le Fonds se voit autorisé à émettre 250 milliards de dollars de DTS qui seront répartis entre tous ses membres proportionnellement à leur quota. Ce qui se sait moins, c'est que grâce à la fermeté de Gordon Brown qui présidait alors et conformément à un engagement que j'avais pris devant les pays africains réunis par le FMI quinze jours plus tôt en Tanzanie, il est décidé de vendre 400 tonnes d'or du Fonds pour aider les pays pauvres. C'est ce qui financera les prêts à taux zéro mis en place dès l'été. Cet engagement tenu est sans doute pour beaucoup dans le changement d'attitude des pays africains à l'égard du FMI.

 

Au G20 de Pittsburgh (septembre 2009) commence l'organisation de l'avenir et celui de Séoul (novembre 2010) marquera le début d'une Longue Marche.

 

A Pittsburgh, le G20 décide de continuer à coopérer. Chacun est conscient que cette coopération internationale inédite est précisément ce qui a permis d'éviter une catastrophe plus grande encore. Cela se traduit par deux décisions majeures : la définition du processus d’évaluation mutuelle (PEM) et la réforme de la gouvernance du FMI.

 

Le PEM du G20 rend les pays membres du groupe responsables, les uns vis-à-vis des autres, de la mise en œuvre des politiques nécessaires pour obtenir de meilleurs résultats à l’échelle mondiale. Il traduit la prise de conscience de ce que, dans l’économie mondialisée, il n’y a pas de solution nationale aux problèmes mondiaux. Voilà pourquoi la coopération est indispensable pour gérer les effets économiques des «battements d’ailes du papillon», c’est-à-dire les effets des politiques nationales qui s’amplifient en se propageant à l’ensemble de l’économie mondiale. Ce processus, piloté par le G20, est nourri par le FMI qui à Toronto comme à Séoul fournira les premières études sur lesquelles les chefs d'Etat et de Gouvernement auront à se prononcer.

 

Cette prise de conscience est aussi à l'origine des «études de contagion» que le FMI va réaliser pour cinq économies d’importance systémique : la Chine, les États-Unis, le Japon, le Royaume-Uni et la zone euro. Ces études permettront d’évaluer l’impact des politiques de ces pays sur le reste du monde, en explorant les puissantes interconnexions économiques et financières par lesquels leurs effets se transmettent.

A cela se rajoute la décision de rendre obligatoire les programmes d'évaluation du secteur financier pour les pays d'importance systémique. Auparavant ces programmes n'étaient conduits que sur la base du volontariat et, parmi les grands pays, les Etats Unis comme la Chine l'avaient jusqu'alors refusé.

 

Séoul marquera un tournant. On passe à la seconde phase des G20. On passe des G20 de crise aux G20 de l'après-crise même si les conséquences de celle-ci sont en réalité loin d'être épuisées.

 

Pendant la phase de crise aigue, la coopération allait de soi. Du premier G20 de Washington à celui de Pittsburgh, le monde avait peur, les dirigeants étaient conscients de la catastrophe imminente, personne n'essayait de se distinguer, et pour une fois l'intérêt général a prévalu facilement sur les intérêts nationaux. Avec le redémarrage de l’économie mondiale, la tentation des dirigeants des Etats d'en revenir à ses problèmes domestiques est tout naturellement devenue plus forte. Le risque était donc grand que le G20 devienne une instance creuse sans grand intérêt. Je ne dirai pas que ce risque est totalement conjuré loin de là, mais Séoul a montré qu'une deuxième phase était possible. Elle sera faite de hauts et de bas, certains sommets constitueront des moments de négociation, d'autres seront plus décisionnels. Mais dans l'ensemble, adossé au PEM, aux rapports de contagion et dorénavant aux "directives" qui nous ont été demandées sur les déséquilibres de balance des comptes, je crois que le G20 peut poursuivre sa route.

Pour maîtriser la crise, les ressources du Fonds ont été considérablement augmentées, encore faut-il les utiliser correctement. Au sein de La Crise, il y a les crises, celles des pays les plus durement touchés. A cette fin, la leçon des programmes mis en place lors des crises asiatique et sud-américaine ont été tirées.

Les programmes du Fonds depuis 2008 sont centrés sur les problèmes urgents à résoudre et non plus sur la remise en ordre générale de l'économie, ils tiennent compte autant que faire se peut des contextes historique et politique du pays concerné et prévoient des soutiens pour les parties de la population les plus vulnérables qui sont celles qui souffrent le plus du rétablissement des équilibres économiques.

 

Le Comité Monétaire et Financier International (CMFI) qui est l'organe dirigeant du FMI demande alors au Fonds de revoir ses instruments. C'est ainsi que la mise en place de la Ligne de Crédit Flexible puis de la Ligne de Crédit de Précaution ont vocation de permettre à certains pays d'éviter d'avoir à se constituer des réserves coûteuses qui sont autant de ressources détournées d'usages plus productifs.

Enfin, une série de dispositifs nouveaux comme le Filet de Sécurité Financière ou les accords avec les structures régionales, l'Union Européenne d'abord, l'Initiative de Chiang Mai peut être demain, constituent des pas décisifs qui marquent le retour du FMI comme instrument de la gouvernance mondiale.

 

Ceci traduit le retour du FMI vers sa mission d'origine

 

C'est d'abord l'expression d'un nouvel équilibre entre la régulation ou les marchés.

Dans le cadre macroéconomique et macrofinancier, le sentiment que l'on pouvait s'en remettre au seul marché pour assurer une croissance forte et soutenable a cédé du terrain. La crise a montré à la fois la vanité de cette croyance et la nécessité de faire appel à la puissance publique pour réparer les dégats qu'une prise de conscience plus précoce aurait peut être pu éviter et certainement minimiser.

 

En ce qui concerne le secteur financier, des règles nouvelles vont être appliquées : au niveau du contrôle, il ne faut pas avoir peur de dire « non » aux intérêts puissants. Nous avons besoin d'un cadre macroprudentiel exhaustif pour surveiller le risque systémique. Nous avons besoin aussi de mécanismes cohérents pour le règlement des faillites, au niveau national et international, pour liquider des entreprises défaillantes avec un coût minimal pour les contribuables et pour mettre fin au fléau du « trop grand ou trop important pour faire faillite », le fameux "too big too fail'. En fin de compte, nous devons sortir des cycles ruineux de la privatisation des gains et de la socialisation des pertes. Quand la prochaine crise financière éclatera — et je dis bien quand elle éclatera, et non pas si elle éclate — nous devons être prêts.

 

Et nous ne pouvons compter sur les contribuables pour payer de nouveau la facture. C’est pourquoi le secteur financier doit assumer une part équitable mais substantielle des coûts que la prise de risque impose à l’économie. C’est le sens de la taxe sur les activités financières que propose le FMI, sans succès pour le moment.

 

Assurément, ce nouvel équilibre est loin d’être acquis. C'est le rôle qui est dévolu aux institutions internationales comme le FMI ou encore l'OMC. Encore faut-il que leur mandat soit adapté à l'évolution de l'économie mondiale. C'est pourquoi la réforme des statuts du FMI et d'abord la redéfinition de son mandat constitue une tâche d'autant plus urgente qu'à n'en pas douter elle prendra du temps. Retrouver le rôle que les pères fondateurs du FMI ont voulu lui donner en 1944, en l'adaptant à la nouvelle donnée économique, voilà quelle doit être l'ambition.

 

Cette ambition doit s'appuyer sur une légitimité renouvelée. Ce n'est pas un hasard si la coopération qui a permis, pour le moment, de surmonter la Grande Récession a émané du G20, un groupe qui représente plus de 80 % de la production et du commerce mondiaux. Mais ce n'est pas suffisant. Le FMI comprend 187 pays membres. Quelle est la légitimité du G20 quand 167 pays, qui représentent un tiers de la population mondiale, en sont exclus ?

 

C'est pourquoi les récentes réformes de la gouvernance du FMI sont si importantes. Nous ne pouvons être efficaces que si nous sommes légitimes, et nous ne pouvons être légitimes que si nous sommes représentatifs. En prolongement d'une réforme opérée en 2008, les pays membres ont approuvé un transfert de plus de 6 % des quotes-parts au profit des pays émergents les plus dynamiques. Le Brésil, la Chine, l'Inde et la Russie feront maintenant partie des dix principaux actionnaires du FMI. Les parts des voix des pays les plus pauvres ayant été protégées, ce sont principalement les pays riches et d’abord les pays européens qui ont contribué à ce rééquilibrage. Par ailleurs, à l'avenir, les pays européens avancés céderont deux de leurs sièges au Conseil d'Administration. Ce dernier sera dorénavant entièrement élu, ce qui rendra le FMI plus démocratique. C'est un changement d'une ampleur sans précédent dans l'histoire de notre institution.

 

Ces changements ouvrent la voie à une évolution que j'appelle de mes vœux. Il s'agit du rapprochement entre la composition d'un G20 étendu et les 24 pays qui, au CMFI, représentent les 24 circonscriptions qui regroupent les 187 membres du Fonds. Cette simplification donnerait à ce G20 étendu une légitimité qui lui fait défaut aujourd'hui. Cette simplification donnerait ainsi une véritable assise à la gouvernance économique mondiale naissante et peut être une des conditions de la survie du G20..

 

Alors que nous cherchons à mettre en place un nouveau cadre de coopération mondiale, nous devons nous rappeler qu’il ne s’agit pas seulement de réaliser une croissance plus élevée et plus soutenable : il s’agit d’œuvrer en faveur de la démocratie et, en fin de compte, de garantir la paix. Lorsque les pères fondateurs du FMI se sont réunis à Bretton Woods en 1944, la paix était leur principal sujet de préoccupation. Ils avaient vu les conflits économiques de l’entre-deux-guerres dégénérer en batailles militaires de la Seconde Guerre mondiale avec des coûts humains jamais atteints dans l'histoire de l'humanité. Ils ont donc créé un système d’institutions, parmi lesquelles le FMI, qu’ils ont chargé de trouver des solutions fondées sur la coopération aux problèmes économiques mondiaux.

 

C'est un défi analogue que nous devons relever maintenant. Aujourd'hui comme hier, les difficultés économiques et financières lorsqu'elles s'aggravent portent atteinte à l'équilibre social, ruinent les fondements de la démocratie, font douter des institutions et peuvent dégénérer en guerre civile ou étrangère.

 

En rénovant la gouvernance économique mondiale, en la rendant plus efficace et plus légitime, plus efficace parce que plus légitime, nous renouons avec notre mission et nous travaillons pour la paix.

 

En conclusion, le choix est clair. 

 

A un moment où nul de sait de quoi l’avenir sera fait, à un moment où les déséquilibres budgétaires de certains pays menacent tout l’équilibre mondial, à un moment où l’accumulation de surplus extérieurs chez les uns et de déficits chez les autres crée les conditions de nouveaux affrontements, la communauté internationale doit choisir : elle peut œuvrer pour mettre en place un nouveau modèle de croissance pour un monde nouveau, ou choisir l'immobilisme, le repli sur des positions nationales et au bout du compte risquer des années d'instabilité qui seront le terreau d'une nouvelle crise. Un nouveau modèle de croissance exige un nouveau modèle de gouvernance. C'est là l'enseignement réel et durable de la crise. Nous devons veiller à en tenir compte. Telle est notre mission.

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