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Lundi 8 mars 2010 1 08 /03 /2010 11:14
dsk-08032010.jpg Le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, a proposé, lundi 8 mars à Nairobi (Kenya), de créer un "Fonds vert" capable de mobiliser pas moins de 100 milliards de dollars (73 milliards d'euros) par an d'ici à 2020. Objectif : que les pays en développement puissent investir dans des technologies économes en gaz à effet de serre.

L'équipe dirigeante du FMI a constaté que le sommet de Copenhague, en décembre 2009, avait échoué faute de pouvoir partager équitablement le fardeau financier de l'urgence environnementale. Elle réfléchit à la possibilité de trouver de nouveaux moyens – et notamment des DTS (droits de tirage spéciaux), la "monnaie" du Fonds – pour lever les sommes nécessaires, en attendant que les taxes carbone et la générosité des pays riches permettent de subventionner ces équipements "propres" mais onéreux. Ce "Fonds vert" soulèvera des réticences car la lutte contre le changement climatique ne fait pas partie des compétences du FMI. Et parce que l'injection de ces 100 milliards de dollars risque d'accélérer l'inflation mondiale de 1 % à 2 %, perspective qui horrifie les banques centrales.

"Les experts nous disent que le temps nous est compté", a plaidé M. Strauss-Kahn à Nairobi. Autrement dit, que préfère la communauté internationale ? 1% d'inflation supplémentaire ou bien 2°C de température moyenne de plus avec les catastrophes climatiques qui s'en suivront ? Un sommet de chefs d'Etat dans les règles de l'art – mais aléatoire – sur le financement de la lutte contre le réchauffement ou bien une réponse collective et rapide à un danger non moins collectif et inexorable ? Cette proposition peu orthodoxe est la dernière d'une série que le patron du FMI s'ingénie à enrichir de mois en mois pour envoyer à la réforme certaines "vaches sacrées" mondiales. En 2008, au début de la récession, il avait appelé les gouvernements à pratiquer des déficits budgétaires pour éviter une chute de la demande. Il avait avancé le chiffre de 2 % des produits intérieurs bruts, ce qui a été effectivement réalisé. Jusque-là, les déficits étaient honnis.

En 2009, il a proposé que le FMI devienne le prêteur en dernier ressort mondial et que les banques centrales lui confient une partie de leurs 8000 milliards de dollars de réserve pour mutualiser celles-ci en cas de crise. Jusque-là, le mot d'ordre était "à chacun son magot".

En 2010, lui et son équipe soutiennent que l'objectif d'inflation communément admis de 2 % pourrait être porté à 4 % quand la politique monétaire se révèle inopérante et qu'un contrôle des mouvements de capitaux peut être nécessaire quand ces flux déséquilibrent une économie. Jusque-là, l'inflation et les contrôles étaient voués aux gémonies.

Toujours en 2008-2009, sur les 19 plans de sauvetage élaborés par le FMI en faveur de pays pauvres, 16 ont prévu une hausse des dépenses sociales. Au Pakistan, le Fonds a encouragé le gouvernement à apporter une aide monétaire directe aux plus démunis. Jusque-là, les dépenses sociales figuraient parmi les premiers secteurs sacrifiés pour épurer les comptes.

Quand on lui fait remarquer que cette inventivité de type keynésien met à mal le fameux et très libéral "consensus de Washington", M. Strauss-Kahn répond qu'il a adopté une démarche pragmatique. "Nous subissons une crise sans précédent. Pour éviter qu'elle se reproduise, nous devons en tirer les leçons et réfléchir même aux solutions inhabituelles. Le FMI doit se positionner comme une source de réflexion théorique."

Ce rôle de boîte à idées planétaire n'en est qu'à ses débuts. En avril, M. Strauss-Kahn soumettra aux ministres du G20 une première mouture d'une taxation du secteur financier mondial. Il ne s'agira pas du prélèvement à but humanitaire dont rêve Bernard Kouchner, le ministre français des affaires étrangères, mais d'une sorte de police d'assurance d'autant plus onéreuse pour un établissement financier qu'il prendra plus de risques nécessitant un renflouement plus coûteux en cas de défaillance. Jusque-là, une taxe était inenvisageable.

Enfin, le 3 mai, Zhu Min, actuellement gouverneur adjoint de la Banque de Chine, prendra ses fonctions de conseiller spécial du directeur général du Fonds. Il sera chargé de superviser les pays émergents, mais aussi ce monde bancaire qui a fait tant de mal à l'économie mondiale. Jusque-là, le FMI était considéré comme un condominium américano-européen. Le successeur de M. Strauss-Kahn ne sera donc plus forcément un Occidental.

 

Source LeMonde.fr

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Samedi 6 mars 2010 6 06 /03 /2010 22:19
dsk-09062009.jpg Socialisme & Démocratie 32 vous propose de prendre connaissance de l'interview accordée par Dominique Strauss-Kahn,  directeur général du Fonds monétaire international, à RFI , peu de temps avant son départ pour le Kenya, l'Afrique du Sud et la Zambie, en début de semaine prochaine. Quel regard porte-t-il sur les économies africaines ? Que pense-t-il des sondages qui le donnent gagnant face à Nicolas Sarkozy en 2012 ? En duplex de Washington, Dominique Strauss-Kahn répond aux questions de Christophe Boisbouvier de RFI.

RFI : Depuis le début de l’année, vous dites que la reprise de l’économie mondiale est fragile. Est-ce qu’une rechute est possible ?

Dominique Strauss-Kahn : Elle est peu probable.Ce n’est pas notre scénario principal, mais elle n’est pas impossible surtout si on retirait les différents stimulus qui ont été mis en place trop rapidement.

RFI L’Afrique a été touchée par cette crise. Beaucoup de pays ont perdu deux points de croissance l’an dernier. Quelles sont vos prévisions pour cette année ?

D.S.K. : Je suis plutôt optimiste pour l’Afrique sub-saharienne. C’est vrai qu’elle a été durement touchée par la crise mais les années de croissance exceptionnelle depuis trente ans qui ont existé notamment en Afrique de l’Ouest juste avant la crise avaient donné quelques marges en matière budgétaire ou en matière monétaire selon les pays. Elles ont été correctement utilisées. Et donc globalement, l’Afrique s’en sort mieux qu’on n'aurait pu le craindre, et maintenant on voit dans la plupart des pays le retour à la croissance.

RFI : La Banque africaine de développement annonce que les pays à économie diversifiée, comme le Maroc, ont mieux résisté et pourrait retrouver un taux de croissance supérieur à 5%. Est-ce que vous faites la même analyse ? 

D.S.K. : Oui, c’est sûr. Un des problèmes de certaines économies africaines, mais d’ailleurs ça existe dans d’autres parties du monde aussi, c’est le fait d’avoir une économie insuffisamment diversifiée, soit totalement énergétique, pensons au Nigeria par exemple où la part du PIB, qui n’est pas le PIB pétrolier, s’est beaucoup réduit au cours de ces dernières années, ou bien d’autres exemples. Evidemment dans ces cas là, il est plus difficile de résister à la crise. Plus les économies s’intègrent dans le marché mondial avec une grande diversité de produits - vous citiez le Maroc, c’est un très bon exemple, le Maroc a très bien traversé la crise, le Maroc va retrouver une forte croissance, mais au Maroc beaucoup dépend des pluies et de la partie agricole et il se trouve que ça s’est bien passé cette année, donc c’est un cas un peu particulier – mais globalement les économies les plus diversifiées s’en sortent mieux, c’est exact.

RFI : En Afrique de l’Ouest, le taux de croissance moyen l’an dernier était autour de 3%. Est-ce qu’il pourrait retrouver les 5% des années précédentes ?

D.S.K. : Il va les retrouver, pas immédiatement, mais il va les retrouver. Notre prévision est au-dessus de ces 3%, là, pour l’année qui vient. Donc on est sur la bonne pente. On ne va pas revenir au taux de croissance des 5%, 6% qu’on a connus pour beaucoup de pays au cours de la décennie précédente. On va les retrouver assez rapidement, sans doute pas pour 2010, mais on va les retrouver assez rapidement.

RFI Parmi les pays les plus touchés par la crise en Afrique de l’Ouest, il y a la Côte d’Ivoire. Les délestages se multiplient, la pauvreté augmente. Aujourd’hui, près de la moitié des Ivoiriens vivent sous le seuil de pauvreté. Est-ce que vous êtes inquiet ?

D.S.K. : Oui, la Côte d’Ivoire est quand même une triste tragédie. C’est un pays qui est très riche. La situation politique ne rend pas l’économie très vibrionnante. Le climat des affaires n’y est pas excellent et il faut absolument que la situation politique se rétablisse, sans doute par des élections, le plus rapidement possible. C’est vraiment très dommage de voir ainsi des années gâchées.

RFI : Et vous avez accordé au mois de novembre dernier la deuxième tranche d’un prêt global de plus d’un milliard de dollars. Est-ce que la troisième tranche est à venir ?

D.S.K. : La troisième tranche devra venir, cela dépendra de la façon dont nous apprécierons la période qui s’est passée entre temps. Vous savez que lorsqu’on nous déboursons des aides vers les pays en plusieurs tranches, il y a des procédures de révision, de contrôle de ce qui s’est passé dans l’intervalle. Normalement, cela devrait se passer comme il faut. Mais c’est très important qu’on soutienne l’économie ivoirienne qui est un poumon important de toute l’Afrique de l’Ouest.

RFI : Au Congo Kinshasa, vous avez demandé aux autorités de revoir à la baisse l’emprunt chinois de 9 milliards de dollars qu’elles avaient contracté avec Pékin. Est-ce que c’est une condition indispensable à l’effacement de la dette congolaise et à l’accès au fameux point d’achèvement de l’initiative PPTE (des pays pauvres très endettés) ?

D.S.K. : Oui, l’affaire est très intéressante parce que, à la fois, ils avaient besoin de cet investissement chinois parce que cela allait développer le secteur minier et puis ensuite fournir pas mal de contreparties en termes de construction de routes, d’écoles, etc… Et à la fois, il ne fallait pas que cet investissement chinois mette à mal la procédure d’effacement de dette parce qu’il y avait trois milliards d’effacement de dettes à récupérer de l’autre côté et cela aurait été extrêmement dommage que le fait de s’endetter de nouveau ou de fournir des garanties aux Chinois empêche l’effacement de la dette.

Et moi, j’ai été à Kinshasa pour dire à tout le monde, ce n’est pas l’un ou l’autre, ce n’est pas fromage ou dessert, ce que je veux, ce sont les deux : et l’investissement chinois et l’effacement de la dette. Et donc je leur ai proposé une solution qui permettait de satisfaire les problèmes de garanties qu’avaient les Chinois sans que cela soit sous la forme d’une garantie de dette et du coup, maintenant on aboutit. Alors avec un investissement effectivement un petit peu plus faible, mais globalement on aboutit. Le Congo Kinshasa était un des derniers pays à ne pas avoir bénéficié de la grande procédure PPTE, sur l’effacement de la dette des pays pauvres endettés. Enfin, on y arrive et cela va être un coup de pouce important à cette économie qui reste une des plus pauvres d’Afrique.

RFI : Le point d’achèvement en 2010. C’est possible ?

D.S.K. : Oui, je pense.

RFI : En France, dans les sondages, vous êtes l’homme politique de gauche le mieux placé pour battre Nicolas Sarkozy en 2012. Qu’est-ce que ça vous fait ?

D.S.K. : Oh, je mentirais en ne vous disant pas que cela me fait plaisir. Mais ça n’est pas mon sujet d’aujourd’hui. Mon sujet d’aujourd’hui, c’est ce que je fais au Fonds monétaire. Je n’ai qu’une seule mission, celle-là et j’entends la remplir jusqu’au bout.

RFI : Au Parti socialiste, vous n’avez pas que des amis. Beaucoup espèrent justement que vous resterez à Washington et que vous ne vous présenterez pas à la présidentielle de 2012. Est-ce qu’aujourd’hui, vous pouvez leur dire « C’est vrai. Je vais rester au FMI, vous pouvez dormir tranquille » ?

D.S.K. : Vous voulez que je fasse plaisir à ceux qui ne sont pas mes amis, mais c’est quand même une drôle de conception (rires). Ecoutez, je n’ai pas l’intention de faire des déclarations, ni maintenant, ni plus tard sur la présidentielle de 2012. J’ai une mission aujourd’hui qui est une mission internationale. C’est un rôle qui me passionne et qui me suffit amplement aujourd’hui.

RFI Dernière question Dominique Strauss-Kahn. Vu le calendrier des primaires au sein de la gauche française, elles sont prévues au début de l’année prochaine, est-ce que vous n’êtes pas obligé de prendre votre décision sur votre avenir politique d’ici la fin de cette année ?

D.S.K. : Mais je viens de vous répondre à cette question. Je vous dis, ce n’est pas mon sujet aujourd’hui.

RFI : Un peu plus tard on va dire ?

D.S.K. : Je croyais que votre sujet, c’était l’Afrique...

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Dimanche 28 février 2010 7 28 /02 /2010 10:49
DSK-octobre-2008.jpg La grande ambition du directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, de donner un nouveau rôle à l'institution, risque de faire débat entre les Etats membres. Dominique Strauss-Kahn a annoncé vendredi qu'il allait leur demander un mandat élargi, prévoyant des moyens plus puissants pour détecter les risques potentiels pour l'économie mondiale, et une réponse rapide aux problèmes de liquidité dépassant les frontières.

La procédure prévoit désormais une négociation entre la direction du Fonds et ses membres, pour aboutir à une adoption des propositions de Dominique Strauss-Kahn par le conseil d'administration, où sont représentés 24 pays ou groupes de pays. "Nous lançons l'idée", a affirmé le dirigeant du Fonds, devant l'assemblée du Comité de Bretton Woods à Washington, un cercle de réflexion sur l'architecture des institutions multilatérales.

Le FMI publiait en même temps un document de 12 pages résumant la proposition: une surveillance des risques financiers et des flux de capitaux, une "capacité à fournir rapidement des liquidités à court terme à plusieurs pays simultanément", et une réflexion sur un "nouvel actif de réserve".

Certaines idées pourraient se heurter aux prérogatives des régulateurs nationaux: "il sera essentiel d'améliorer notre capacité à surveiller les quelques dizaines de grandes institutions financières complexes qui composent la tuyauterie de base à travers laquelle circule le capital mondial", a notamment avancé Dominique Strauss-Kahn. En voulant faire d'une institution  de fonctionnaires internationaux la tour de contrôle de l'économie et de la finance mondiales, Dominique Strauss-Kahn "est dans la grande tradition européenne qui veut que la régulation puisse régler tous les problèmes économiques", juge Adam Lerrick du cercle libéral American Entreprise Institute. Mais les fonctionnaires internationaux "ne peuvent pas être plus intelligents que les milliers de gens dans la finance qui surveillent les risques tous les jours, et qui ont des raisons bien plus fortes de le faire: gagner de l'argent", a-t-il ajouté.

Dans les réformes qu'il a lancées depuis son accession à la tête du FMI fin 2007, Dominique Strauss-Kahn a connu un succès indéniable.

Il a fait voter aux Etats membres une nouvelle répartition des droits de vote et la vente d'un huitième de l'or du Fonds pour lui donner des revenus bien plus réguliers, il a modernisé les modalités de prêt, il a porté les ressources prêtables de 260 à 850 milliards de dollars, et le groupe des pays riches et émergents du G20 l'a chargé de faire des recommandations dans le but de "rééquilibrer la croissance mondiale".

Le FMI est aussi en train de restaurer son image dans des régions du monde où son intervention a laissé des souvenirs douloureux: l'Amérique latine, l'Asie et même l'Afrique. Dominique Strauss-Kahn voulant "bâtir sur cet élan positif", sa nouvelle proposition étend encore l'influence d'une institution déjà puissante.

Il lui faudra convaincre, à Washington même, une Amérique par nature méfiante vis-à-vis du multilatéralisme. Mais aussi Berlin, qui n'est pas sûr de vouloir pérenniser les nouvelles ressources du FMI, ou encore Pékin, qui a opportunément obtenu jeudi la nomination d'un Chinois au poste de "conseiller spécial" du directeur général.

Source AFP-Le Parisien
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Jeudi 11 février 2010 4 11 /02 /2010 21:09
nelson-mandela.jpg L’Afrique du Sud, mais également la plupart des pays dans le monde, célèbre ce 11 février le vingtième anniversaire de la libération de Nelson Mandela après 27 ans d’emprisonnement à Robben Island. Nelson Mandela a, pour sa part, célébré mercredi cet anniversaire en invitant un de ses anciens gardiens de la prison ainsi que des proches. Le 2 fevrier, le dernier président de l’apartheid, Frederic William de Klerck, avait, quant à lui, célébré le 20e anniversaire de son fameux discours au Parlement annonçant la libération de Nelson Mandela, discours qui a conduit à une nouvelle ère de dignité, d’égalité et de droits politiques. Il avait accédé au pouvoir 5 mois auparavant alors que les townships s’enflammaient et que la marche vers la démocratie semblait impossible. Il a su composer, céder le pouvoir. Il a obtenu avec Nelson Mandela le prix Nobel en 1993. Mais que reste-t-il aujourd’hui de l’héritage de Nelson Mandela ?

Il s’agit d’une icône qui a su construire la « nation arc-en-ciel » grâce à une force de caractère, un génie politique et une humanité lui permettant de pardonner et de préférer la réconciliation à la revanche. Mandela apparaît, comme le montre le film Invictus de Clint Eastwood, invincible, celui qui durant ses 27 ans d’emprisonnement relisait le poème de Henley se terminant par « je suis le maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme ». Il a été le premier président noir de l’Afrique du Sud et, à ce titre, a quelques ressemblances avec Obama même si les Etats–Unis étaient depuis des décennies sortis de l’Apartheid. Il a comme lui obtenu le prix Nobel de la paix. Il a redonné la dignité et l’espoir aux victimes de l’Apartheid. Il n’a pas été seul évidemment mais il apparaît comme le symbole de cette transition. Sous son impulsion, l’ANC a construit les bases d’une démocratie durable avec séparation des pouvoirs et décentralisation. La constitution sud-africaine est un modèle quant à la reconnaissance des droits des l’homme.

Bien entendu, son bilan doit être nuancé. Des aspects moins positifs concernent notamment la non reconnaissance de la priorité de la lutte contre le sida. Madiba, nom familier de Mandela, était également sur le fil du rasoir entre la réponse aux légitimes aspirations des victimes de l’Apartheid et la volonté de rassurer les milieux financiers et d’éviter l’exode des compétences. Le ministre des finances, Travor Manuel, a joué la carte de la rigueur financière et du libéralisme économique par rapport à un parti, l’ANC, ayant toutes les composantes idéologiques dont une forte composante marxiste et nationaliste marquée par les luttes contre l’Apartheid. Enfin, la politique extérieure ne peut aujourd’hui faire abstraction des pays frères qui ont soutenu la lutte contre l’Apartheid, y compris aujourd’hui le Zimbabwe de Mugabe.

Aujourd’hui, l’Afrique du Sud a connu de nombreuses avancées avec une montée de la bourgeoisie noire, la construction d’une véritable démocratie, l’accès à l’eau, au logement et aux biens essentiels pour la population. Mais 40% de la population noire est toujours au chômage. La violence, notamment dans les townships, fait de l’Afrique du Sud le second pays en terme de crimes après la Colombie. Sur le plan politique, l’ANC est divisée et n’a plus la même légitimité qu’à la sortie de l’Apartheid. L’Afrique du Sud est la première puissance militaire, économique et politique d’Afrique et représente plus de 40 % de la richesse africaine. Elle va organiser la Coupe du monde de football en juin prochain. Mais les dirigeants restent partagés entre les mesures populistes préconisées par le candidat Jacob Zuma avant qu’il ne devienne chef d’Etat et la nécessité de répondre aux exigences de l’extérieur sur le plan financier et politique. D’après Monseigneur Tutu, l’Afrique du Sud serait une poudrière.

L’héritage de Mandela demeurera-t-il présent, au-delà des célébrations de sa libération, notamment auprès des jeunes générations pour lesquelles la sortie de l’Apartheid est un acquis et qui font face aux défis quotidiens de l’emploi, de la précarité et de la violence ?

Source IRIS
Philippe Hugon, directeur de recherche à l’IRIS
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Mardi 2 février 2010 2 02 /02 /2010 11:21

FMI-logo.jpg Le Fonds monétaire international souhaite aider les pays à faire face aux changements climatiques. L'aide financière des pays industrialisées aux pays moins développés pour rendre leurs économies plus vertes a été un des points de friction de Copenhague.

"Le FMI travaille (...) à un fonds vert de plusieurs milliards de dollars - qui pourra atteindre 100 milliards de dollars par an d'ici quelques années - capable de fournir les montants énormes nécessaires aux pays pour faire face aux changements climatiques", annonce le Fonds monétaire international dans un communiqué.

Estimant important de se montrer créatif sur ces questions devenues cruciales, le directeur de l'institution, Dominique Strauss-Kahn, a détaillé le projet samedi dernier lors d'une session du Forum économique mondial (WEF) organisé à Davos . L'idée, a-t-il expliqué, est partie du constat que ce ne sont pas seulement les pays en développement qui n'ont pas les moyens de lutter contre le réchauffement climatique. La capacité des pays développés est également limitée par les problèmes budgétaires nés de la crise économique, a relevé M. Strauss-Kahn.

"Je ne peux pas croire qu'il n'y ait pas de solution à ce gigantesque problème", a-t-il martelé, rappelant que "le nouveau modèle de croissance économique devait être faible en émissions" de gaz à effet de serre. Le FMI va en conséquence lancer des discussions avec les banques centrales et les ministres des Finances sur la faisabilité de ce projet, a encore indiqué l'institution dans son communiqué.

Le financement pourrait provenir des instruments détenus par le FMI, soit une diffusion supplémentaire de droits de tirages spéciaux (DTS), a-t-il précisé. Les DTS (SDR en anglais, Special Drawing Rights) ont été créés en 1969 par le FMI pour compléter les réserves officielles existantes des pays membres. Quant à l'ampleur du montant évoqué, M. Strauss-Kahn l'a justifié en expliquant que 100 milliards de dollars était la somme de référence pour rendre les économies moins consommatrices en énergies polluantes.

Le directeur du FMI avait récemment annoncé son intention de faire cette proposition lors du WEF. "Je ne doute pas qu'elle aura beaucoup de critiques (...). Mais on ne peut pas vouloir traiter une question aussi majeure que cette question du changement climatique avec des instruments traditionnels", avait-il expliqué au cours d'un entretien avec la chaîne France 24.

L'aide financière des pays industrialisées aux pays moins développés pour rendre leurs économies plus vertes a été un des points de friction de la réunion sur le climat qui s'est tenue à Copenhague (Danemark) en décembre. La conférence des Nations unies sur le climat a abouti à un accord de l'ensemble des grands pays pollueurs, industrialisés et émergents, mais sans cadre contraignant et sans aucun objectif chiffré de réduction globale des émissions de gaz à effet de serre, à court ou à moyen terme.

 
Source AFP/L'Expansion
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Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /2010 15:01
barak-obama.jpg Au début 2009, les grandes banques américaines ont été reçues à la Maison Blanche pour un entretien avec le Président : celui-ci leur a indiqué que la seule manière dont il pouvait justifier les mesures prises en leur faveur était à travers leur participation à l’effort commun pour la reprise économique. En clair : je vous soutiendrai si vous utilisez les moyens que je vous donne pour m’aider à relancer l’économie. De mon côté je compte sur votre modération en matière de rémunérations. Pour un Président démocrate, il n’était en effet possible de soutenir des institutions financières que si celles-ci contribuaient à l’effort national de relance. Il fallait donc qu’elles utilisent les ressources obtenues en prêtant à des conditions moins onéreuses puisque leur cout de financement était moins élevé. Et il fallait qu’elles continuent à prêter à l’économie réelle.


Les banques sont sorties de cette réunion en indiquant leur accord sur les demandes du Président. Au lieu de cela, elles se sont empressées de se lancer dans une activité débordante sur les marchés obligataires : 3000 émissions pour $ 1.400 milliards, soit le double de 2007 et le triple de 2006. Ce faisant, les grandes entreprises, ayant retenu les leçons de la crise, ont diminué leur dépendance par rapport aux banques et massivement remboursé des crédits, et ce à travers le monde. Décidément, les banquiers continuent à retirer le parapluie quand il pleut.


De plus, les mesures de soutien aux banques ont réduit les taux d’intérêt grâce à la politique monétaire de la Federal Reserve qui leur prêtait $ 2.000 milliards à un taux d’intérêt proche de zéro. Cette activité était donc loin de devoir son développement au génie des traders mais a permis de récolter, sans risque, une manne céleste de $ 300 milliards de  commissions, que les banquiers ont choisi de ne pas utiliser à renforcer leurs fonds propres, mais à se distribuer sous forme de bonus exorbitants. Même Goldman Sachs a du annoncer la baisse de ses bonus de $ 21.6 a $ 16 milliards…excusez du peu !


Les encours de crédits à la consommation et aux PME ont de leur coté , diminué de prés d’un quart et les banques ont systématiquement coupé les lignes de cartes de crédits aux consommateurs et augmenté les taux d’une manière massive et éhontée : une moyenne de 20% quand on emprunte a zero %, cela ressemble a une marge usuraire. Il est vrai que le South Dakota où elles se sont déplacées ne prohibe pas les taux usuraires. Et depuis quelques semaines des informations font état d’un retour en force de l’activité de « prime broker » et de l’encours des banques auprès … des hedge funds.


Obama a raison : devant un manque de respect de la parole donnée, le refus de participer à l’effort national de reprise, le financement de la spéculation et l’appropriation de ces profits sous forme de bonus, il fallait frapper un  grand coup.


L’ensemble des mesures proposées auront pour effet de couper les banques de dépôt de toute utilisation spéculative de leurs fonds propres, et d’activités non-bancaires comme le private equity et les hedge funds. Bref la fin des activités spéculatives à l’intérieur de banques de dépôt. « Plus jamais les banques ne pourront être en mesure de forcer les contribuables à intervenir » a dit le Président. Nous sommes donc devant une partie de bras de fer inévitable que seul l’esprit obtus des banquiers n’a pas vu venir. Ils comptent sans doute sur l’aide de la Cour Suprême qui a jugé illégale la limitation des « contributions politiques des entreprises ».


L’enjeu n’est ni plus ni moins celui de la démocratie américaine : sera-t-elle à vendre ou la Maison Blanche parviendra-t-elle à maintenir un équilibre menacé de toute part. C’est pour cela que, plus que jamais, le succès de la Présidence de Barack Obama est crucial pour la démocratie américaine, et indirectement à travers le monde.


Quant aux banques elles ne peuvent espérer retrouver la confiance du consommateur (c’est-à-dire du grand public) si elles ne redéfinissent pas une politique qui privilégie leur responsabilité économique et sociale avant la redistribution abusive à quelques uns de montants « obscènes » comme les a qualifiés le Président Américain.

 

Georges UGEUX

Source finance.blog.lemonde.fr

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Mercredi 20 janvier 2010 3 20 /01 /2010 14:12

anne-sinclair.jpg Drôle d'anniversaire pour un Obama qui doit être déçu et politiquement gêné. Le Républicain Scott Brown a triomphé de Martha Coakley, la Démocrate dans le Massachussets. Ted Kennedy n'aurait pas imaginé ce scénario d'une cruelle ironie: le siège de Sénateur de cet Etat, démocrate depuis 40 ans, fief des Kennedy et du dernier de la lignée, Ted, qui a lutté toute sa vie pour la réforme du système de santé, échoue à un Républicain qui y est opposé, le mois même où le Sénat doit voter sur le texte !

La politique est cruelle et injuste. Alors qu'en un an, Obama a jugulé la crise financière, a pris la décision de fermer Guantanamo, de mettre un terme à la guerre en Irak, est sur le point de faire passer la réforme sociale la plus importante depuis Lyndon Johnson et qui concerne plus de 30 millions d'Américains, et a restauré l'image de l'Amérique mise à mal mondialement par Bush depuis 8 ans, les Américains du Massachussets vont peut-être faire échouer sa promesse la plus audacieuse...!

Qu'aurait-on voulu? Qu'en plus, il défasse les Talibans en rase campagne, qu'il capture Ben Laden, qu'il impose la paix au Proche Orient, qu'il évite le tremblement de terre d'Haiti, que sais-je? Un an, c'est court, et il en a fait apparemment plus que beaucoup avec des institutions politiques qui ne le servent pas.

Il y a un an, jour pour jour, je l'ai vu remonter dans une liesse indescriptible Pensylvania Avenue. Aujourd'hui, il va se battre le dos au mur pour imposer aux Sénat une réforme que toute l'Europe a depuis 50 ans...

Ingratitude ?

 

Anne SINCLAIR

Source annesinclair.typepad.fr

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Mardi 19 janvier 2010 2 19 /01 /2010 09:58

dsk-fmi-17092009.jpg En visite au Japon, le directeur général du FMI , Dominique Strauss-Kahn a prévenu lundi que les pays développés restaient sous la menace d’un retour de la récession s’ils prennent trop tôt des mesures de sortie de crise.

La reprise de la demande privée et de l’emploi, a déclaré Dominique Strauss-Kahn devant un parterre de journalistes, sont des conditions préalables au retrait des mesures de soutien à l‘économie, or la reprise dans les pays développés est apathique, a-t-il déclaré”.

Le directeur général du FMI s’est appuyé sur l’exemple du Japon qui a subi sa propre crise financière à partir de la fin des années 90, en expliquant que cet exemple montrait que la reprise ne démarre qu‘à partir du moment oú les entreprises et les banques assainissent leur bilan. Or, a fait remarquer Dominique Strauss-Kahn : “à l‘échelle mondiale, un grand nombre d’actifs dépréciés n’ont pas encore été dévoilés".

Chercher à sortir trop tôt des mesures de soutien aurait un coût énorme " , a ajouté DSK, "car les pays manqueraient d’outils pour lutter contre un nouveau retournement de l‘économie”.

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Samedi 16 janvier 2010 6 16 /01 /2010 12:04
obama-10022009.jpg Le nouvel impôt que Barack Obama, le président américain, entend imposer aux banques américaines a le mérite d'être explicite. Il se nomme "Financial Crisis Responsability Fee", littéralement une redevance pour leur responsabilité dans la crise financière que les Etats-Unis ont connue de 2007 à 2009.

Au total, cet impôt devrait rapporter 117 milliards de dollars (81,2 milliards d'euros) au Trésor américain "en dix ans, ou plus si nécessaire", selon le communiqué de la Maison Blanche diffusé jeudi 14 janvier. Ce montant correspond au montant maximal des pertes envisagées par le Trésor sur le plan de renflouement bancaire, à hauteur de 700 milliards de dollars, dit TARP (Troubled Asset Relief Program), mis en place à l'automne 2008 et aménagé en février 2009 par l'administration Obama.

Initialement, le TARP prévoyait, pour résorber son impact sur la dette publique, qu'un plan de recouvrement des pertes qu'il générerait pour l'Etat fédéral serait mis au point par le Trésor avant la fin 2013. Constatant le retour spectaculaire à la rentabilité des grandes sociétés financières, M. Obama a décidé de mettre en place cet impôt avec trois ans d'avance. Jeudi, il s'est dit "déterminé à récupérer chaque centime dû au peuple américain". Il a ajouté que cette ambition était "décuplée" lorsqu'il constatait les "énormes profits""doivent leur survie au peuple américain". réalisés aujourd'hui par ceux qui, sauvés de l'effondrement par l'intervention de l'Etat, A la veille du versement des primes annuelles aux cadres des grands établissements financiers - qu'il a qualifiées de "bonus obscènes" -, le président a déclaré : "Si ces entreprises ont une santé assez bonne pour verser des primes aussi massives, leur santé l'est certainement assez pour leur permettre de rembourser les contribuables jusqu'au dernier sou."

Le paiement de cette redevance annuelle entrera en vigueur le 30 juin. Une cinquantaine de grandes banques y seront soumises. "De fait, indique le communiqué officiel, 60 % de sa recette seront probablement payés par les 10 plus grandes institutions financières" (étrangères incluses). En réalité, la "ponction" sera plus préjudiciable à certaines.

Ainsi la contribution demandée aux ex-banques d'affaires telles Goldman Sachs ou Morgan Stanley sera très supérieure à celle imposée aux grands établissements de dépôts, tels JP Morgan Chase ou Bank of America. Explication : l'impôt sera proportionnel au ratio d'endettement des établissements. Même s'ils ont aussi de vastes activités d'investissement et de spéculation, ceux qui sont adossés à un volume imposant de dépôts seront ainsi avantagés par rapport à ceux qui, comme Goldman Sachs, ne le sont pas.

Le secrétaire au Trésor, Tim Geithner, a explicitement indiqué qu'en agissant de la sorte, les autorités américaines entendent pénaliser ceux qui favorisent le risque à outrance et, a contrario, avantager ceux qui promeuvent la "sécurité" des opérations financières. Cette philosophie déclenche déjà des réactions outrées. Certains milieux bancaires rappellent ainsi que la crise a débuté par l'effondrement de grandes sociétés de crédit, telles Countrywide et Washington Mutual (WaMu), et non des banques d'affaires.

Et que ces dernières ont proportionnellement payé un tribut déjà très lourd à la crise, trois sur cinq (Bear Stearns, Lehman Brothers et Merrill Lynch) ayant disparu. Cette annonce s'inscrit aussi dans la grande bataille sur la régulation financière dont les prolégomènes sont en place. Au Sénat comme à la Chambre, les premiers travaux augurent de débats aussi engagés que ceux menés sur la loi santé.

Déjà, des lobbies financiers et le Parti républicain consacrent leurs efforts à délégitimer M. Geithner, qu'ils soupçonnent d'avoir indûment favorisé l'assureur AIG lorsqu'il était encore président de la Réserve fédérale de New York, et à ce titre chargé de superviser les marchés financiers.

487038437-2ec702ab22-dsk.jpg Directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn s'est "réjoui (de cet) excellent signal envoyé par les Etats-Unis au reste du monde".

De son côté, à Paris, on rase gratis: une taxe sur les bonus qui n’a d’ « exceptionnelle » que le nom a été fièrement annoncée par Christine Lagarde . Pour les bonus des 2.500 traders parisiens, les banques devront verser 360 millions d’euros, en vertu de la taxe de 50% sur les bonus 2009. Mais d’abord la taxe est limitée à l’année 2010, ce qui ne constitue pas un réel danger pour les banques. Et second problème : les banques ont choisi d’augmenter les salaires fixes de leurs traders et de réduire la part immédiate de leur bonus.

D'après source Le Monde & Street Press
Par SD32 - Publié dans : International
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Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /2010 10:10
dsk1.jpg Il y a un an la situation économique était des plus sombres: une forte récession mondiale, une destruction d’envergure des richesses, le déclin du commerce et de l’emploi. Mais un désastre de la dimension de la Grande dépression a été évité grâce à une coordination sans précédent de leur politique économique par de nombreux pays à travers la planète.

Espérons qu’à titre d’héritage de la crise, cette coopération sera pérennisée. L’économie mondiale est maintenant sur la voie de la reprise, même si elle est inégale, et la situation financière est nettement meilleure. Néanmoins, des nuages lourds d’incertitude sont toujours là et il reste encore beaucoup à faire.

La création d’un système financier mondial solide, stable et sûr commence à peine. Par ailleurs la reprise n’est pas générale, le chômage est encore très souvent à la hausse, on ne s’est pas encore attaqué au déséquilibre de l’épargne au niveau mondial et les pays pauvres restent vulnérables. Ces problèmes sont lourds de conséquence pour la stabilité et la paix. Rappelons-nous que la stabilité économique constitue la base de la paix, elle-même une précondition nécessaire au commerce et à une croissance durable. Où nous situons-nous dans les annales des crises économiques? En termes de réformes, nous nous trouvons à un point critique où l’on peut reformer fondamentalement le système - ceci notamment parce que notre mémoire collective est suffisamment fraîche pour que nous ayons la volonté politique nécessaire. Ne laissons pas passer cette occasion!

Que faut-il faire? Il faut réformer la gouvernance économique mondiale, y compris le FMI, de manière à ce qu’elle reflète les réalités de notre époque, et renforcer la réglementation et la surveillance du secteur financier. Des progrès ont été accomplis dans ces deux directions. Il nous faut conserver l’élan ainsi acquis pour 2010 et au-delà. Plus spécifiquement, quelles sont en 2010 les priorités en matière de gouvernance pour les responsables politiques? A l’automne dernier, les pays membres du FMI ont avalisé les propositions du G20 et demandé à ce qu’en 2010 le Fonds se réforme dans quatre secteurs clefs (les «Décisions d’Istanbul»): son mandat, son rôle financier, sa gouvernance et la surveillance multilatérale.

- Nous devons tout d’abord réévaluer le mandat originel du FMI tel qu’il figure dans ses statuts et la manière dont il a été appliqué ces dernières années – ceci à la lumière de l’ensemble des mesures de nature économique et financière qui affectent actuellement la stabilité mondiale. Si l’objectif général de soutien à la stabilité financière et à une croissance durable au niveau mondial reste pertinent, l’intensification des flux de capitaux, les interdépendances dans le secteur financier, la détention d’avoirs transfrontaliers et la nature de la crise soulignent la nécessité de reconsidérer le mandat du FMI et sa mise en œuvre.

- Après la question du mandat nous devons travailler en collaboration étroite avec les pays membres pour déterminer quel est le rôle optimal du FMI en matière financière. Nombre de pays ont constitué d’importantes réserves en devises étrangères, en partie à titre d’assurance contre des événements extérieurs. Mais cette forme d’auto-assurance complique la gestion des taux de change et la politique monétaire, elle constitue une mauvaise allocation des capitaux sur le plan intérieur et au niveau international et pourrait aboutir à de grandes crises financières.

Au titre du réexamen des prêts accordés par le FMI, nous avons introduit la Ligne de crédit modulable (LCM), un instrument d’assurance préventif pour les pays membres dont les politiques sont solides. Trois pays (le Mexique, la Pologne et la Colombie) y ont eu recours, mais il faudra sans doute innover à une plus grande échelle.

- A Istanbul, le Conseil des gouverneurs du FMI a avalisé le grand pas en avant accompli en matière de gouvernance décidé par le G20: le transfert avant fin janvier 2011 d’au moins 5% des quotes-parts des pays sur-représentés vers les marchés émergents et les pays en développement dynamiques. Cette réforme est une étape importante dans la démocratisation du FMI, car il donne plus de crédibilité au pouvoir de décision de ces pays quant à la gestion, aux opérations stratégiques et aux aspirations du FMI.
Réciproquement, une plus grande légitimité donnera plus d’efficacité au FMI pour promouvoir la croissance et la stabilité économique de tous ses pays membres. Ces derniers doivent pousser à ratifier cette décision de 2008 quant au transfert des quotes-parts et à leur réexamen prévu pour 2010.

- Le Conseil des gouverneurs du FMI a donné son accord à la proposition du G20 demandant à ce que le Fonds l’aide dans l’examen des politiques économiques de ses pays membres les uns par les autres. Le FMI a une expérience considérable en matière d’examen des projets de politique économique par des pairs, mais ses recommandations n’ont pas toujours été suivies d’effet. Avec le transfert des quotes-parts déjà mentionné et l’évaluation mutuelle de leurs politiques par les membres du G20, les recommandations du FMI devraient avoir davantage de poids. Les responsables politiques doivent respecter leur engagement quant au processus d’examen mutuel.

- Enfin, en ce qui concerne la réglementation et la surveillance du secteur financier, les gouvernements doivent poursuivre la réforme de la réglementation microprudentielle (entités individuelles) et macroprudentielle (à un niveau global et national systémique). Le FMI travaille avec le Conseil de stabilité financière et d’autres organisations pour développer de nouveaux principes et de nouvelles directives sur les capitaux, les liquidités, l’effet de levier, l’interconnectabilité, les grandes institutions d’importance systémique, le «périmètre» de la réglementation et la nature pro-cyclique des règles. La difficulté en ce domaine sera de ne pas se laisser aller à l’autosatisfaction, tout en ne surchargeant pas le système par une réglementation excessive.

Les dirigeants politiques ont beaucoup à faire, mais ce qu’ils ont déjà accompli est impressionnant. S’ils continuent à travailler ensemble pour faire face aux défis communs dans un esprit de coopération, ils ont toutes les chances de réussir.

Dominique STRAUSS-KAHN

Par SD32 - Publié dans : International
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