Education

Jeudi 2 septembre 2010 4 02 /09 /Sep /2010 11:29

camba-05042009.jpg Paris, le 02 septembre 2010

Madame, Monsieur,

Permettez-moi en ce début d’année scolaire, de vous souhaiter ainsi qu’à l’ensemble des personnels de votre établissement une excellente rentrée 2010.

Je suis conscient que les missions qui sont les vôtres sont, au fil des années de plus en plus difficiles à mener au regard des modifications successives des programmes, des arbitrages budgétaires lourds, des suppressions de postes d’enseignants, de personnels. Ceci permet de moins en moins d’exercer votre rôle, vos missions dans les meilleures conditions et dispositions possibles.

Comme je vous le précisais, à la veille des congés d’été, il semble que la rentrée qui s’ouvre s’annonce donc très compliquée.

En effet, pour la rentrée scolaire 2010, le gouvernement de Nicolas Sarkozy s’attaque à plusieurs sujets largement contestables : la loi contre l’absentéisme scolaire, la refonte des sanctions à l’école et la modification de la formation des enseignants dite réforme de la « masterisation ».

Sur l’absentéisme scolaire, dans le projet de loi qui sera examiné dès rentrée parlementaire, le gouvernement a, une nouvelle fois, décidé, non pas de tenter de résoudre pédagogiquement le problème, ou de proposer de mettre en place des dispositifs d’accueil et d’encadrement supplémentaires mais bel et bien encore une fois de le sanctionner.

Le projet de loi propose de pénaliser les parents des enfants trop souvent absents en leur suspendant le montant des aides perçues des organismes sociaux.

Autre annonce de Monsieur Luc Chatel, Ministre de l’Education, l’inscription dans le règlement intérieur des écoles, d’une échelle de sanction réadaptée et réinstaurant l’obligation pour les élèves de se lever quand le professeur entre dans la classe.

Tout ceci me paraît assez malvenu voire hors de propos. Ce n’est pas la priorité. Par ailleurs, si les incivilités et les violences verbales sont manifestes j’en suis conscient, elles doivent se résoudre dans une logique globale de ce que vit l’école de la République aujourd’hui, à savoir un encadrement de plus en plus restreint avec des accueils en classe de plus de 35 élèves parfois, des manuels pas ou plus adaptés voire inexistants, la fin des dispositifs d’aide aux élèves en difficulté sauf ceux mis en place par les collectivités locales.

Enfin, nouveau chantier annoncé à la veille des congés d’été et mis en place dès la rentrée 2010, la réforme de la formation des enseignants dite la « masterisation » .

Cette réforme propose la mise en poste d’étudiants tout juste diplômés, non formés et dans de nombreux cas, non accompagnés et et catapultés directement auprès des élèves.

Dès le jour de la rentrée, c’est à dire aujourd’hui, ce sont donc quelques 60 PES qui seront dès lors dispatchés dans les classes de nos écoles, collèges et lycées parisiens et 6 d’entre eux prendront leur poste dans les écoles du 19ème arrondissement de Paris.

Cette réforme de la formation des enseignants démontre encore une fois que le gouvernement de Nicolas Sarkozy ne donne aucune priorité et aucune poids à la mission de l’école et à la réussite de ses élèves.

En tant que député d’une circonscription où parfois tous les sujets et les difficultés s’entremêlent, je reste extrêmement concerné et actif quant aux difficultés de fonctionnement des établissements scolaires.

Tout au long de l’année scolaire qui s’ouvre, je resterais en alerte et à votre disposition pour vous accompagner, pour défendre l’école de la République et les valeurs qu’elle véhicule.

Je vous prie de croire, Madame la Directrice, Monsieur le Directeur, en l’assurance de ma considération distinguée.

Jean-Christophe CAMBADELIS

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Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /Déc /2009 14:50
Dans les sociétés démocratiques, la reconnaissance des talents et des mérites individuels ne devrait pas dépendre de l'hérédité sociale et des hasards de la naissance. Il n'est pas acceptable que, pour l'essentiel, les futures élites soient issues des élites et que les jeunes voués aux emplois les plus pénibles et les moins bien payés naissent dans les classes les moins favorisées.

Cela nous choque d'autant plus que la massification scolaire, en ouvrant les études longues au plus grand nombre, n'a guère changé les choses ; 50 % des enfants de cadres et 5 % des enfants d'ouvriers accèdent aujourd'hui aux classes préparatoires (La Démocratisation de l'enseignement, Pierre Merle, La Découverte, 2002). L'affirmation vigoureuse de l'égalité des chances et du mérite apparaît alors comme la seule manière de construire une société plus juste.


Au nom de ces convictions, il va de soi qu'il faut se battre de toutes nos forces contre les mille discriminations qui empêchent les filles, les enfants des classes populaires et ceux des minorités visibles de faire valoir leur mérite au même titre que les autres. Nous devons donc soutenir tous les dispositifs qui, à l'Institut d'études politiques (IEP) et dans les grands lycées parisiens, visent à réaliser l'égalité des chances en permettant aux élèves des quartiers et des établissements défavorisés d'accéder aux meilleures formations dès lors qu'ils ont assez de mérite pour prétendre y réussir. C'est là l'image de la justice sociale qui s'est imposée aujourd'hui, à droite et à gauche, et, sauf à défendre l'héritage des conditions sociales, il n'y a pas à s'y opposer.


Mais le fait qu'un principe de justice soit excellent ne signifie pas qu'il n'entraîne pas, à son tour, d'autres injustices. Le consensus actuel sur l'égalité des chances méritocratiques ne doit pas nous aveugler sur les conséquences de sa mise en oeuvre.


Les politiques de l'égalité des chances qui se développent depuis quelques années ont les yeux rivés sur les élites. Si nous sommes indignés par la faible part des enfants de travailleurs et des enfants issus des minorités discriminées parmi les élèves des classes préparatoires et des grandes écoles, nous le sommes beaucoup moins par leur surreprésentation dans les filières scolaires les moins valorisées leur promettant les emplois les plus précaires, les plus mal payés et les plus pénibles : près de 80 % des élèves en CAP sont d'origine populaire. Nous sommes plus sensibles à la diversité dans les grandes écoles que dans la grande distribution et les travaux publics. Autrement dit, nous faisons comme si l'accès de minorités sociales et culturelles méritantes à l'élite allait changer l'ordre des choses. On le croit même si fortement que nos dirigeants ont pu affirmer que l'accès aux grandes écoles de quelques jeunes venus des quartiers défavorisés finirait pas régler la question sociale.


Or ce tropisme élitiste repose sur une illusion statistique : les élèves défavorisés et méritant d'être aidés par des dispositifs spéciaux se comptent, au mieux, par centaines, alors que les autres se comptent par centaines de milliers. Ce n'est pas critiquer les dispositifs spéciaux d'accès aux classes préparatoires que de rappeler qu'ils touchent quelques centaines d'individus pendant que 150 000 élèves quittent l'école sans aucune qualification. Ce déséquilibre résulte du modèle même de l'égalité des chances méritocratiques dans lequel les inégalités entre les positions sociales sont moins en cause que l'équité des conditions de l'accès à ces inégalités.

Pire, on ne voit pas pourquoi ceux qui ont échoué dans la compétition de l'égalité des chances pourraient se plaindre, dès lors que la compétition elle-même est équitable. En clair, la méritocratie est une morale de vainqueur considérant que les vaincus méritent leur sort quand la compétition a été juste et équitable. La fixation sur les élites n'est pas une perversion du modèle méritocratique, elle lui est consubstantielle puisqu'elle vise à produire des inégalités justes, des inégalités qui seraient méritées par les vainqueurs et par les vaincus, les uns et les autres ne devant leur destin qu'à eux-mêmes.


La justice faite aux individus au nom de l'égalité des chances se transforme parfois en injustice collective. Nous le savons déjà avec les effets de la dérégulation de la carte scolaire, qui creuse les écarts entre les établissements. Cette justice-là dégrade mécaniquement la position et la qualité des établissements voués à n'accueillir que les moins méritants qui sont aussi les moins favorisés socialement. A terme, si l'égalité des chances augmente, l'inégalité des conditions d'éducation augmente elle aussi. Quand on raisonne à l'échelle des quartiers difficiles, c'est bien pire. Imaginons que, demain, 10 % des jeunes de ces quartiers accèdent aux meilleures formations, ce qui serait parfaitement juste, ils quitteront ces quartiers qui, privés de leurs qualités et de leur dynamisme, s'enfonceront dans une situation bien plus dégradée encore. Les ghettos seront de plus en plus des ghettos, les vaincus seront d'autant plus amers et révoltés qu'ils seront blâmés de ne pas avoir saisi leur chance. On doit bien constater que les pays qui ont le plus résolument choisi ces politiques de discrimination positive sont parvenus à construire des nouvelles classes moyennes issues des catégories sociales les plus discriminées, tout en creusant les inégalités sociales. Comme l'a montré le socioologue William Julius Wilson (The Truly Disadvantaged, Chicago University Press, 1987), une partie des Noirs américains a accédé aux classes moyennes, ce qui est bien, mais la condition des ghettos noirs s'est sensiblement dégradée, ce qui l'est moins. On sait aussi que la part des femmes dans les élites s'est élevée sans que la situation moyenne des femmes dans le monde du travail se soit améliorée de façon parallèle : quelques filles accèdent à l'Ecole polytechnique, mais 61 % des emplois peu qualifiés et 82 % des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes.


L'attachement exclusif au modèle de la méritocratie scolaire affecte la fonction de l'école elle-même. Plus nous pensons que l'école est seule capable de définir le mérite et l'efficience professionnelle des individus, plus nous croyons qu'il est juste que le diplôme fixe le statut professionnel. Dieu sait si cette croyance est déjà forte en France, un pays qui croit plus dans les vertus professionnelles et civiques du boursier s'arrachant à son destin par ses vertus scolaires, que dans celles du self-made-man.


Or, plus les diplômes déterminent les parcours professionnels, plus ils ont une forte emprise, plus les élèves et leurs familles accentuent la compétition scolaire afin de creuser les petites différences scolaires qui feront les grandes différences sociales. Et plus l'école est perçue comme une compétition utilitariste continue, moins elle est égalitaire. En théorie, l'égalité des chances supposerait que les classes favorisées aient la courtoisie de demander à leurs enfants de laisser un peu de place aux nouveaux concurrents du mérite. Dans les faits, elles développent toutes les stratégies de distinction et toutes les manières de garder leurs avantages scolaires devenus indispensables à leur reproduction sociale.


Au bout du compte, on constate que plus les diplômes fixent les positions sociales et les revenus au nom de la méritocratie, plus la reproduction des inégalités sociales est forte : en France, où l'emprise des diplômes est élevée, 40 % du revenu des enfants est déterminé par celui des parents, alors que ce taux est de moins de 20 % en Suède, où le poids des diplômes est moins décisif.


Si l'on pense que l'école a pour vocation centrale de distinguer le mérite des élèves et si on croit que ce mérite est juste et décisif, la vie scolaire s'apparente à une vaste compétition distinguant progressivement les vainqueurs et les vaincus aux dépens des dimensions proprement culturelles de l'éducation. Les enquêtes internationales montrent que les systèmes scolaires qui adhèrent fortement à ce modèle sont aussi ceux dans lesquels les élèves ont le moins confiance en eux, sont les plus pessimistes et les moins confiants dans les institutions. De ce point de vue, la France est dans le peloton des pays les moins bien placés.


A terme, le parcours scolaire s'apparente à une longue compétition sportive dans laquelle on ne rejouerait pas les matchs, à une compétition cruelle parce que toute la vie en dépend. Dans ce cas, l'orientation négative, l'orientation par l'échec et la distance à la norme d'excellence méritocratique, devient la règle : on comprend que les élèves aient de moins en moins le moral et que beaucoup d'entre eux décrochent quand ils découvrent qu'ils sont engagés dans un jeu où ils sont sûrs de perdre. Comment ne pas voir aussi que ceux qui savent qu'ils perdront le match résistent à un sentiment d'humiliation diffus en retournant contre l'école la cruauté d'une conception de la justice sociale ?


Aujourd'hui, le modèle de l'égalité des chances méritocratique envahit presque totalement le débat scolaire. La critique ne cesse de mesurer l'écart entre cet idéal et les faits, pendant que les dirigeants justifient leur politique au nom de ce même idéal. On ne parle que des dispositifs de l'égalité des chances et que des mesures de soutien et de rattrapage étalonnés sur cette norme. Au bout du compte, tout le monde ou presque semble s'accommoder des inégalités entre les positions sociales et les formations scolaires tant que l'on croit que le mérite pourrait distribuer équitablement les individus dans l'échelle de ces inégalités. Plus personne ou presque ne parle de la vocation éducative et culturelle de l'école. La fascination pour l'égalité des chances, associée à la déploration continue de l'incivilité et du niveau des élèves, finit par tenir lieu de politique scolaire.


Si l'on ne peut contester frontalement un idéal de justice fondé sur l'égalité fondamentale des individus et sur leur droit à prétendre occuper toutes les positions sociales et professionnelles, il faut mesurer les conséquences d'un modèle devenu la référence ultime. Dans son principe même, l'égalité des chances méritocratiques ne limite en rien la formation d'inégalités scolaires et sociales, il ne crée aucune dette à l'égard des vaincus puisque ceux-ci n'ont pas de mérite. Et puis, savons-nous véritablement ce qu'est le mérite ? Il n'est pas impossible que le mérite ne soit qu'une fiction grâce à laquelle les inégalités des talents et de la naissance sont " blanchies" par l'école pour renaître comme les produits incontestables de la volonté et du courage. Il n'est pas certain non plus que les épreuves scolaires dégagent la totalité du mérite et que d'autres épreuves ne construiraient pas d'autres hiérarchies, ni plus ni moins justes.


Bien que l'égalité des chances soit incontestablement juste, elle ne produit pas fatalement une société meilleure et plus vivable. Il est plus facile de dégager une élite que d'améliorer le sort des perdants ; il est plus facile de distinguer quelques meilleurs que de promouvoir les plus faibles. Aujourd'hui, il semble plus aisé de promettre aux enfants d'ouvriers qu'ils échapperont à leur destin social, s'ils le méritent, que d'améliorer les conditions de vie et de travail des ouvriers.


Et plus les places sociales se font rares, plus on s'accommode des inégalités sociales du moment que le jeu des chaises musicales qui permet d'y accéder paraît équitable. Mais dans ce cas, au nom de l'excellence de l'égalité des chances et du mérite, on finit par accepter de vivre dans une société de plus en plus dure et compétitive. On finit aussi par oublier ce fait élémentaire : plus les inégalités entre les positions sociales sont fortes, moins il est possible de réaliser l'égalité des chances, car la distance à parcourir par ceux qui montent est grande , alors que ceux qui risquent de descendre ont trop à perdre pour ne pas tricher .


Afin d'atténuer les effets négatifs du monopole de l'égalité des chances et du mérite, il nous faut donc affirmer résolument la priorité de la réduction des égalités entre les positions sociales afin que l'égalité des chances ne se retourne pas contre elle-même et ne soit pas qu'une idéologie, une simple manière de rendre légitimes les inégalités sociales.

François DUBET Sociologue
Source LeMonde.fr
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Jeudi 12 novembre 2009 4 12 /11 /Nov /2009 10:21
Comment et pourquoi choisit-on son école ? Agnès Van Zanten apporte des réponses très finement documentées aux mécanismes de choix scolaires dans la perspective d’une sociologie des classes sociales. Son livre peut d’ailleurs se lire comme une sociologie des classes moyennes au travers des choix scolaires.

Comment et pourquoi choisit-on son école ? Quels sont les « visées », les idéaux collectifs et les « bonnes raisons » qu’invoquent les acteurs sociaux pour justifier à la fois le fait de choisir, et la nature des choix opérés entre les différentes solutions possibles (le public ou le privé, le collège du secteur ou l’établissement « phare » du centre-ville) ? Comment ces choix sont-ils négociés au sein même de la famille, en relation avec les réseaux sociaux et au sein de l’école elle-même ?

Ces quelques questions constituent le point de départ de la réflexion d’Agnès van Zanten dont les interrogations portent depuis quelques années sur la ségrégation entre établissements, les marchés scolaires et la formation des élites dans le contexte éducatif français. D’un certain point de vue, Choisir son école est un condensé de ces interrogations théoriques car l’ouvrage apporte des réponses très finement documentées aux mécanismes de choix scolaires dans la perspective d’une sociologie compréhensive des classes sociales, au point que l’on pourrait lire l’ouvrage comme une sociologie des classes moyennes au travers des choix scolaires.

Car le propos de l’auteur est très éloigné des discours dénonciateurs que l’on trouve trop souvent associés aux analyses sur le choix de l’école. Fort heureusement, elle laisse de côté la question de savoir si choisir son école est « bien » ou « mal », s’il « faut » ou ne « faut pas » choisir, pour adopter le point de vue des acteurs sociaux qui sont les plus susceptibles de « jouer » sur les marchés scolaires : les différentes fractions des classes moyennes, définies en fonction de leur niveau de diplôme et de leur statut social.

Agnès van Zanten se situe ainsi du côté d’une sociologie bourdieusienne, sans toutefois tomber dans la répétition mécanique de modèles construits dans d’autres contextes intellectuels et sociaux. Tout au contraire, la dimension empirique est ici de première importance, ce qui lui permet de retracer les raisonnements des acteurs sociaux, les arguments qu’ils donnent – et se donnent à eux-mêmes- pour expliquer leurs choix et leurs actions. Dans cette perspective, l’apport de l’ouvrage est de resituer la question des choix scolaires dans le champ d’une sociologie des classes sociales en termes « d’avantages positionnels », de « clôture sociale » et de « transformation d’un capital économique en capital culturel ».

Lire la suite: l'heure des choix:les classes moyennes face à l'école


Source La vie des idées
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Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /Nov /2009 00:16

Loin de profiter aux élèves les plus modestes, l’assouplissement de la carte scolaire contribue à la ghettoïsation des collèges «ambition réussite» (les plus défavorisés) en les vidant de leurs meilleurs élèves. Le constat n’est pas nouveau mais, cette fois, il vient de la Cour des comptes elle-même. Dansun rapport sur les politiques éducatives dans les quartiers sensibles, présenté le 3 novembre devant la commission des finances, elle épingle, au passage, l'assouplissement mis en place à la rentrée 2007 qui aboutit à «une plus grande concentration dans ces collèges des facteurs d’inégalités». 

 

Selon ce rapport, sur 254 établissements ambition réussite, 186 ont perdu jusqu’à 10% d’élèves. «Vraiment pas une surprise» aux yeux de Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN, le syndicat des chefs d’établissement qui avait déjà réclamé en septembre 2009 un vrai bilan. «L’assouplissement a été traité par-dessus la jambe entre 2007 et 2009, juge-t-il. Le ministère s’est juste préoccupé de proclamer haut et fort qu’on avait donné tant de dérogations sans mener aucune enquête sur les conséquences sur la mixité scolaire.»

 

C’est l’histoire d’un aveuglement volontaire et idéologique. Car depuis 2007, les signaux d’alerte n’ont pas manqué. Dès la rentrée 2007, deux inspecteurs, Jean-Pierre Obin et Christian Peyroux, remettent un rapport alarmant au ministre de l'éducation de l'époque, Xavier Darcos. «La question de la survie de certains collèges est ouvertement posée, écrivent-ils. C'est aux deux extrémités de la hiérarchie des établissements que la mixité sociale est mise le plus rudement à l'épreuve: dans les établissements les plus convoités, il y a peu d'élèves de condition modeste; dans les collèges les plus évités, ce sont les catégories favorisées qui ont disparu.» Révélé en juin 2008 par Le Monde, le rapport est qualifié de «double ânerie» par Xavier Darcos.

Lors de l’examen du projet de loi de finances 2009, les rapporteurs de la commission des affaires culturelles du Sénat s'étonnent du silence du ministère pourtant «interrogé par écrit sur ce point». «Le ministère s'expose ainsi à des critiques inutiles, en n'engageant pas le débat alors qu'il dispose de solides arguments en sa faveur», concluent-ils, avec une confiance sans faille. Mais à la rentrée 2009, le premier collège «Ambition réussite» ferme dans un quartier défavorisé d’Avignon, après avoir perdu près de la moitié de ses effectifs.

 

Un sénateur UMP du Vaucluse, Alain Dufaut, s'insurge alors contre les «effets pervers de l’assouplissement». Certes le lycée d'élite Henri-IV est passé de 3 à 6 % de boursiers en seconde. Mais parallèlement, cette mesure «a eu tendance à vider les établissements des quartiers défavorisés de leurs meilleurs élèves», dit Alain Dufaut.

 

Les seuls chiffres jamais publiés par le ministère de l'éducation sont ceux des dérogations demandées (en hausse de 9,4% en 2009) et du taux de satisfaction des demandes (72% à l’entrée en 6e et 65% pour la seconde). Rien sur la mixité sociale et scolaire, pourtant l’autre objectif affiché de la réforme, avec le libre choix des familles. C’est presque par hasard que la Cour de comptes, chargée par la commission des finances d’un rapport sur l’articulation entre politiques d’éducation prioritaires et politique de la ville, est tombée sur l’os, en analysant les résultats collèges «ambition réussite» dans trois académies (Aix-Marseille, Lille et Versailles).

 

«Aujourd’hui, il est urgent d’agir», met en garde Philippe Tournier. Très visibles aux deux extrémités de la chaîne, dans les établissements les plus en difficulté qui se ghettoïsent, et chez les plus réputés, obligés de pousser les murs pour accueillir des classes d’une trentaine d’élèves, les effets de l’assouplissement «déstabilisent aussi les collèges moyens», selon le secrétaire général du SNPDEN. «On voit des mécanismes de différenciation se mettre en place, décrit-il. Le choix des parents ne se joue pas sur des différences de politique éducative selon les établissements mais sur l’idée que certains établissements sont meilleurs que d’autres. Cette recherche du meilleur établissement amène à une répartition des niveaux scolaires entre les collèges avec les bons, les moins bons et au bout de la chaîne les élèves les plus faibles et démunis qui ne peuvent aller autre part.» Des mécanismes déjà décrits dans les enquêtes sur les expériences de d'assouplissement des années 1980 mais, manifestement, pas prises en compte par le gouvernement. 

Source Mediapart

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Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /Oct /2009 23:46

On croyait avoir tout dit sur l’affaire Guy Môquet. Sur la récupération et le détournement de l’histoire par le pouvoir politique, sur un mode de gouvernement qui ne connaît que l’injonction, sur la confusion entre service public et caprice du prince. La décision de Sarkozy, en 2007, de faire lire dans tous les lycées la lettre de Guy Môquet avait suscité une vive opposition des historiens comme des milieux éducatifs. Il s’agissait, pour Sarkozy, d’évoquer « la grandeur de la France», de faire comprendre aux lycéens « ce qu’est un jeune Français », de renforcer l’identité nationale, en un mot, de mettre à l’honneur une conception particulièrement réductrice et tendancieuse de ce que fut la résistance au nazisme et plus généralement à l’oppression.

Il n’avait pas fallu longtemps pour que l’on se rende compte que la journée Guy Môquet dans les lycées était d’abord une journée Sarkozy et qu’il fallait la traiter comme telle, c’est-à-dire par la dérision ou le boycot. Conscient du fiasco, le nouveau ministre de l’Education nationale, par une circulaire parue fin septembre au Bulletin officiel, accordait une large marge de manœuvre aux établissements, qui, de toutes manières, avaient déjà pris leurs libertés sur le sujet, en « laissant à l’initiative de chacun », les modalités de la commémoration. Curieusement, par un brusque revirement – motivé par une crise de nerf du président ? – Luc Chatel s’avisant de « l’ambiguïté » de la circulaire, annonçait lundi sur RTL  que la lecture de la lettre de Guy Môquet était obligatoire. Toutes affaires cessantes, les services du ministère se mobilisaient  pour faire connaître à tous les échelons de la hiérarchie la volonté du maître.

On croyait avoir tout vu, donc, tout entendu, jusqu’à la tirade comminatoire de Guaino, mardi matin sur France Info : «  Les enseignants ont un devoir (...), c’est de faire leur métier d’enseignant, donc d’obéir aux directives. Ce n’est pas une profession libérale le métier d’enseignant, c’est une profession de fonctionnaire. Il y a des directives et il n’est pas indigne, au regard des lois de la république et des grands principes qui nous gouvernent, de lire la lettre de Guy Môquet ». Pour Guaino, on le voit, le métier d’enseignant – étayé par les principes de la république - consiste d’abord à obéir aux directives. C’était le cas, d’ailleurs, à l’époque de Guy Môquet et de Vichy. Cette consternante définition du métier d’enseignant illustre à nouveau la lourde dérive du sarkozysme qui tend à confondre le service public avec la satisfaction des intérêts particuliers ou des lubies des dirigeants. Les enseignants ne sont pas à la solde des gouvernants ou d’un parti politique : ils sont rémunérés par le contribuable pour travailler à l’éducation des élèves. Tout simplement et c’est déjà beaucoup. Guaino semble également tout ignorer de la loi d’orientation de 2005 accordant aux enseignants une liberté pédagogique qui leur permet de choisir les pratiques qui leur semblent le mieux convenir aux élèves.

Ce nouvel avatar de la lettre de Guy Môquet n’est pas qu’une simple pantalonnade : l’insistance à la fois puérile et brutale de Sarkozy à faire passer de force un type de commémoration manifestement hors de propos est une manifestation supplémentaire de l’instrumentalisation de l’histoire déjà maintes fois dénoncée par les historiens. La période du nazisme est malheureusement de celles qui se prêtent le mieux à la manipulation : en se parant des attributs de la résistance, des politiciens peu scrupuleux espèrent ainsi détourner l’opinion publique de réalités qui dérangent. Dans un pays où les rafles policières, les camps de rétention ou les charters d’immigrés s’exposent au grand jour, on se dit que la défense de l’idéal de la résistance sonne faux dans certaines bouches.

 

Source Le journal d'école de Lubin

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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /Oct /2009 20:52
Avec l'automne reviennent les inquiétudes sur l'avenir de l'école française : un ministre inexpérimenté, Luc Chatel, succède à un agrégé de lettres classiques, Xavier Darcos, qui a enlisé sa volonté de réforme à force de multiplier les annonces. Les réductions d'effectif se poursuivent, sans qu'un discours politique vienne lui donner d'autre apparence que celle de l'ajustement budgétaire. La remontée du chômage remet la pression sur la formation initiale et, dans l'incertitude sur les modèles de sortie de crise, le bagage scolaire apparaît plus que jamais comme une sorte d'assurance sur l'avenir.

La demande adressée à l'école en ressort comme épurée et réduite à sa plus simple expression. Dans le cadre hexagonal, le cri du cœur arrive rapidement sous la plume des éditorialistes (1) : « Priorité aux élites » ! Il faut continuer à tirer l'école vers le haut en accompagnant les meilleurs sur la voie de leurs succès. Or, rien ne dit que ce soit dans cette tâche que notre école soit prise en défaut. Au contraire, c'est sans doute ce qu'elle réussit le plus facilement. N'est-on pas heureux de lire dans Le Monde magazine la longue enquête de son numéro de rentrée sur « Dix-huit bacheliers d'exception » qui ont décroché 20/20 au bac 2009 (2) ? Tout va pour le mieux puisque ces jeu­nes gens vont entrer à Louis le Grand et Henri IV... Mais on peut aussi se demander si cette manière de nous concentrer sur l'excellence des meil­leurs ne témoigne pas d'un déséquilibre constitutif de notre système.

Reconstituer un peloton

Christophe Barbier déroule dans L'Express un argumentaire limpide : malgré des « millions de bonne volon­té », l'école peine à maintenir ses exigences entre « parents consommateurs », « profs idéologues » et « enfants rois oublieux des vertus de l'effort ». L'école est en péril, il faut revenir aux fondamentaux. Conclusion de Christophe Barbier, « sans cynis­me » : "ce n'est pas le moral en queue de peloton qui permet de gagner des courses, c'est la qualité des sprinters."
À une condition, est-on tenté de répliquer : qu'on compte pour nul le classement par équipe ! Or, pour filer la métaphore cycliste, un objectif légitime de l'Éducation nationale est de parvenir à de bons résultats par équipe et pas seulement de permettre à des champions de briller au classement individuel. Les difficultés de l'école que rappelle sommairement l'éditorialiste de L'Express sont bien vues : défi des nouvelles technologies, culture de l'immédiateté, développement de la mobilité, force des médias... Mais n'est-on pas confronté aux mêmes défis à Tokyo, à Berlin ou à Barcelone ? Pourquoi cela prend-il chez nous l'allure de la course au maillot jaune ?

Que peut-on dire de la manière dont l'école française se comporte par rapport aux autres systèmes scolaires ? Le développement des comparaisons internationales est désormais suffisant pour apporter quelques enseignements solides et un ouvrage récent de Christian Baudelot et Roger Establet en fournit justement une bonne synthèse (3). Que peut-on retenir des comparaisons internationales ? Essentiellement que notre école ne s'en sort ni vraiment moins bien ni particulièrement mieux que les autres. À vrai dire, si l'on observe les moyennes des résultats aux différentes compétences testées, la France se trouve dans la bonne moyenne, « dans le peloton » qui roule d'ailleurs assez groupé. En revanche, nous sommes le pays dans lequel l'écart entre ceux qui réussissent et ceux qui échouent est le plus fort : "L'école française est une des meilleures du monde... pour une petite moitié des élèves, et l'une des plus mauvaises pour l'autre moitié. La France est ainsi le pays du grand écart : si les élites scolaires font presque jeu égal avec l'excellence internationale, 40 % de ses effectifs se situent dans les profondeurs du classement" (4).

En d'autres termes, nous devrions nous pencher davantage sur ce que nous ne parvenons pas à faire : traiter l'échec scolaire. Notre école sait motiver les meilleurs mais pas assez faire progresser ceux qui sont en difficulté. Elle a surtout du mal à lier les deux objectifs. Pourtant, les comparaisons internationales incitent aussi à penser qu'on développe d'autant mieux l'élite qu'on donne sa chance à tout le monde : égalité et efficacité vont de pair. Sans doute arrivons-nous d'autant moins à déjouer l'échec que la réponse spontanée à la demande scolaire se traduit toujours par le même réflexe et l'unique stratégie : s'assurer que nous n'avons pas sacrifié l'élite.

Cette volonté, fortement exprimée par les parents, n'est pas illégitime mais elle se referme comme un piège au moment où elle se combine avec le malthusianisme qui caractérise notre système d'excellence : elle aboutit alors à filtrer tout au long des filières un nombre désormais trop faible de bons éléments (pour ne pas dire de « bêtes à concours (5) »). Ce n'est pas seulement par sollicitude qu'il faut porter plus d'attention à la moitié qui décroche mais surtout parce que, en enfermant une grande part des élèves dans l'échec, on plombe l'efficacité générale de notre formation.

Sortir du dualisme ?

Comment sortir de cette logique où les écarts se creusent (6) ? En se méfiant tout d'abord des raisonnements, comme celui du « niveau », portant sur des moyen­nes : dans le cas français plus que pour tout autre, le chiffre moyen est trompeur puisqu'il ne reflète pas le score d'un groupe moyen (inexistant) et qu'il masque même la caractéristique principale de notre système : le clivage entre réussite et échec. En reconnaissant ensuite qu'on a trop limité les efforts consentis pour les établissements les plus en difficulté (7), alors que le besoin d'un travail d'équipe à l'échelle de l'établissement, d'une présence plus continue des enseignants, d'une autre politique d'affectation apparaissent comme des préalables à toute remise en route du travail scolaire.

Le « grand écart » se poursuit finalement dans l'enseignement supérieur. On sait que la France a longtemps sous-investi dans l'enseignement supérieur. Mais, ici encore, les moyennes sont trompeuses : c'est l'université qui est sous-dotée, pas les grandes écoles. Or, c'est l'université de masse qui doit aujourd'hui faire l'objet de projets ambitieux. Si les regroupements en cours au sein des pôles de recherche et d'enseignement supérieur (Pres) permettent de surmonter le dualisme historique en s'appuyant sur une base territoriale (en créant des passerelles, des trajectoires en aller-retour, des projets fédérateurs et même des campus communs...), la réforme de l'autonomie pourra contribuer à surmonter un lourd héritage (8).

Mais il se peut aussi qu'ils opèrent selon une logique d'appariements sélectifs, où les plus sélectionnés resteraient en petit nombre entre eux en fonction de logiques disciplinaires (les économistes avec les économistes...) ou territoriales (tout sauf La Plaine-Saint-Denis !). Auquel cas, on sait déjà quel sera l'argument utilisé : « Priorité aux élites ! »


Source Revue Esprit

1. Christophe Barbier, « Priorité aux élites », L'Express, 3 septembre 2009.
2. Pascale Krémer, « 20/20 au bac et plus, tout naturellement », Le Monde magazine, 19 septembre 2009.
3. Christian Baudelot, Roger Establet, l'Éli­tisme républicain. L'école française à l'épreuve des comparaisons internationales, Paris, La République des idées/Le Seuil, 2009.
4. Ibid., p. 14.
5 Daniel Cohen rappelle cet exemple qui résume tout : « En un siècle, l'École polytechnique a à peine doublé le nombre de ses élèves malgré une multiplication par 70 du nombre total d'étudiants » (Daniel Cohen, « L'université sacrifiée », Le Monde, 16 décembre 2003).
6. C. Baudelot, R. Establet, l'Élitisme républicain..., op. cit., p. 30.
7. Voir Éric Maurin, la Nouvelle question scolaire. Les bénéfices de la démocratisation, Paris, Le Seuil, 2007.
8. Voir nos entretiens avec Yves Lichtenberger, « Perspectives et blocages de l'Université », Esprit, mai 2009 et « L'ancrage régional des pôles d'excellence », Esprit, octobre 2008
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Lundi 28 septembre 2009 1 28 /09 /Sep /2009 23:29
Les députés ont entériné, lundi 28 septembre, un texte modifiant le financement des écoles privées. Les municipalités seront désormais tenues, dans certains cas, de financer les écoles privées d'autres communes si leurs résidents ont choisi d'y scolariser leurs enfants. Le texte propose de préciser un article de la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales. Cet article, introduit par un amendement du sénateur socialiste Michel Charasse, instaure l'obligation pour la commune de résidence de prendre en charge les frais de scolarité d'un enfant étudiant dans une école privée sous contrat d'une autre commune.

Jusque-là, plusieurs communes ont refusé de s'acquitter de ce "forfait". D'où la multiplication de contentieux devant les tribunaux administratifs. "Les maires faisaient l'objet de demandes de prise en charge d'élèves scolarisés dans le privé, recevaient des factures, des assignations devant les tribunaux administratifs pour que le paiement soit ordonné judiciairement. Ce n'était pas acceptable. Il fallait trouver un dispositif législatif qui valide l'accord que nous avions passé avec le ministère de l'intérieur et l'enseignement catholique", explique Jacques Pélissard, président de l'Association des maires de France (AMF) et député-maire UMP.


Aussi le texte adopté lundi oblige-t-il les mairies à financer les écoles privées d'autres communes si leurs résidents ont choisi d'y scolariser leurs enfants, mais seulement dans quatre cas : lorsque les parents peuvent prouver que la capacité d'accueil de la commune de résidence est insuffisante, pour des raisons médicales, en cas "d'obligations professionnelles"des parents si la commune "n'assure pas directement ou indirectement la restauration et la garde des enfants", ou bien encore lorsqu'un frère ou une sœur de l'enfant est déjà scolarisé hors de la commune.


"Le gouvernement se félicite de cette proposition de loi et la soutient totalement", a indiqué Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale. "Ce texte est le fruit d'un consensus. Il est éloigné des débats idéologiques. C'est un texte d'apaisement et d'équilibre", a-t-il affirmé. Pourtant les groupes socialiste, radical et citoyen (SRC) et de la gauche démocrate et républicaine (GDR, PC et Verts) ont voté contre. "Ce texte va organiser l'exode scolaire. Vous allez assécher, désertifier les écoles rurales (...). Même chose pour les quartiers de banlieue dits défavorisés", a estimé le député socialiste Yves Durand.


Source : Le Monde.fr (avec AFP)
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Mercredi 2 septembre 2009 3 02 /09 /Sep /2009 23:03
Que faut-il attendre de la rentrée 2009 ?

Rien, sans doute, en matière d’avancées vers des institutions plus démocratiques et des pratiques pédagogiques plus démocratisantes.


L’école primaire reste tributaire des programmes de 2008, étriqués et enfermés dans une conception très réductrice, technocratique et mécanique des « fondamentaux ». Elle se débat avec la mise en place d’une « aide individualisée » qui compromet l’équilibre déjà fragile de la semaine scolaire, vide de sa substance l’idée même de « pédagogie différenciée » au sein de la classe et n’apporte qu’une réponse médiocre et partielle aux difficultés de certains élèves…


Le collège, grand oublié des « réformes Darcos », risque de subir de plein fouet l’effet des restrictions de postes et de continuer à s’abîmer dans les crises qui le frappent de plein fouet : crise d’une institution qui peine à inventer des rituels structurants, crise d’un encadrement qui n’a pas les moyens de mettre en œuvre un véritable travail d’équipe, crise de savoirs programmatiques incapables de mobiliser véritablement et durablement les élèves, crise d’une orientation qui apparaît jouée de plus en plus tôt et de manière irrémédiable…


Le lycée, lui, va se trouver, une nouvelle fois, pris entre quelques velléités réformatrices – infiniment réduites et particulièrement ectoplasmiques – et la coalition des conservatismes de droite et de gauche. Quand comprendra-t-on que ce n’est pas en cherchant des compromis mous qu’on mobilisera le pays sur son école ? Quand tentera-t-on de construire des alternatives qui permettent de sortir « par le haut » des impasses dans lesquelles nous sommes ? Quand renoncera-t-on à déduire du fait qu’une réforme n’a pas été acceptée que toute réforme ambitieuse est impossible ? Quand prendra-t-on, enfin, le taureau par les cornes en travaillant sur la structure des établissements, la conception des programmes et la définition du service enseignant ?


En réalité, cette année scolaire risque bien d’être marquée par un immobilisme apparent derrière lequel la dérive technocratico-libérale de notre école va se développer tranquillement : pilotage par des « résultats » mesurés sans jamais tenir compte de la mission éducative de l’école, impérialisme d’une évaluation chiffrée permettant l’accroissement de la concurrence entre les personnes, les établissements et les réseaux, déni de la pédagogie entendue comme travail sur des savoirs émancipateurs dans l’acte même de leur transmission…


Disons le clairement : l’École n’est plus à l’ordre du jour. Ce qui nous arrive fait exploser « l’institution scolaire » en une multitude de « services » qui, sous prétexte de répondre à des demandes individuelles, encourage l’individualisme et vide le projet républicain de sa substance. Plus encore, face aux défis de la modernité, à la désintégration du continuum intergénérationnel, à l’emprise du crétinisme des écrans, au triomphe du caprice mondialisé, à l’exaltation permanente du pulsionnel, c’est la possibilité même d’une démocratie vivante capable de définir collectivement du « bien commun » qui est compromise. L’École perd ainsi, simultanément, les deux idéaux qui en fondent la légitimité : celui de « creuset républicain » et celui de « formation à l’autonomie », deux idéaux dont tout notre travail, aujourd’hui, est, précisément de parvenir à les articuler dans les faits, au quotidien, dans « le moindre geste ».


Alors, cette rentrée va, sans doute, être marquée par les débats autour de la grippe H1N1 et les mesures que le gouvernement – empêtré dans l’idéologie du « zéro risque » – va devoir prendre. La situation est paradoxale : d’une part, il y a un réel déficit d’explications scientifiques sur les risques de la pandémie ; d’autre part, on assiste à une agitation médiatique sur les différents « plans d’action » qui sont censés garantir le sérieux de ceux qui nous gouvernent. Certes, il est bien possible que ces explications scientifiques ne soient pas encore stabilisées, mais on est frappé par le silence ou les contradictions qui entourent la nature de la « maladie » alors qu’au contraire on exhibe avec une belle autosatisfaction des décisions radicales inquiétantes.


À défaut de pouvoir juger vraiment des risques, on est, alors, en droit de s’inquiéter : il est possible, en effet, qu’on assiste à la répétition générale d’une grande « révolution sociétale » qui, au nom de la sécurité absolue des personnes, organise le grand enfermement des sujets. Il est possible que la panique, quoique fondée sur de graves dangers, tétanise toute réflexion citoyenne sur les modèles de société qu’on nous prépare aujourd’hui… Ce serait la pire des choses, car, ce dont nous avons besoin, justement, c’est de penser l’avenir avec des modèles renouvelés. C’est de sortir du ressassement perpétuel de nos angoisses collectives archaïques, pour nous engager réellement dans des choix politiques nouveaux. Il nous faut arrêter de gérer le court terme avec des prothèses improvisées. Il nous faut penser infiniment plus en amont et en aval à la fois : penser prévention globale, formation et responsabilisation des personnes, invention de nouvelles solidarités ; penser aussi aux scénarios possibles pour notre futur et à ce qu’ils engagent. Penser tout simplement.


Battons nous donc pour que la mobilisation nécessaire contre la grippe H1N1 ne soit pas une manière d’oblitérer l’avenir. Tout au contraire ! Battons nous pour une éducation qui rende les citoyens capables de lutter collectivement et dans la durée contre les pandémies naturelles et économiques, biologiques et marchandes, médicales et technologiques…

Plus que jamais, nous avons besoin d’un surcroît d’éducation.

Philippe MEIRIEU

Source meirieu.com
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Mardi 10 février 2009 2 10 /02 /Fév /2009 14:27
Le monde universitaire et de la recherche est en pleine ébullition. Les motifs d’inquiétude et de colère sont multiples : ils concernent autant les dispositifs d’évaluation de la recherche et les conditions d’exercice de l’autonomie que la mastérisation de la formation des enseignants et la réforme du statut des enseignants-chercheurs.

Comment peut-on évaluer les recherches scientifiques et les œuvres de l’esprit ? La recherche se pilote-t-elle ? Comment respecter l’indépendance intellectuelle et matérielle des chercheurs, qui sont pourtant aussi des fonctionnaires ? Comment diffuser les savoirs dans une université qui s’est rapidement massifiée ? La réponse qu’on apportera à ces questions conditionnera pour longtemps les ressorts de la vie intellectuelle.

Alors, si les universités et les instituts de recherche sont engagés dans un mouvement de contestation vis-à-vis de la réforme engagée par la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, comment est-on arrivé à un tel blocage ?

L’absence de concertation, la brutalité du président de la République, l’incapacité de prendre en compte l’avis des premiers intéressés expliquent le durcissement du conflit.

L’ampleur du mouvement de contestation, dans les universités et les établissements de recherche, contre les réformes engagées par le gouvernement impose d’ores et déjà de tirer les enseignements de ce qui apparaît comme un échec, tant les positions sont maintenant frontales et irréconciliables. Même si la réforme est finalement appliquée, elle aura perdu beaucoup de ce qui fait la valeur et la force du progrès en démocratie.

L’échec est d’abord celui du gouvernement, dont beaucoup s’accordaient pourtant à reconnaître la volonté d’assumer un certain nombre des difficultés qui affectent gravement l’université et la recherche, depuis le recul de la France dans la compétition internationale et l’état de faillite de certaines universités, jusqu’au déclassement des chercheurs et l’impasse des carrières scientifiques. L’implication de la ministre en charge du dossier, Valérie Pécresse, et son approche plus pragmatique qu’idéologique constituaient d’autres atouts. Mais la méthode choisie, autant que les réponses apportées, ont posé une série de problèmes qui sont allés croissant.

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Jeudi 8 janvier 2009 4 08 /01 /Jan /2009 11:39


Alors que les deux principales organisations lycéennes, l'UNL et la FIDL appellent aujourd'hui à une journée de mobilisation,  en prélude à un mois où syndicats enseignants et lycéens entendent hausser le ton pour faire reculer le ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, sur les suppressions de postes, après le report en décembre de la réforme du lycée, il m'apparaît nécessaire de revenir sur ce projet de réforme et d'ouvrir quelques pistes de réflexion.

1° Etat des lieux

Officiellement, Xavier Darcos, le ministre de l’Education nationale, avait trois objectifs principaux en tête , en mettant en œuvre cette réforme du lycée :

- mieux préparer les lycéens aux études supérieures,
- assurer la réussite scolaire de tous les élèves
- permettre à chacun de mieux choisir son orientation.

1 - Mieux préparer les lycéens aux études supérieures, notamment à la fac

Constat : aujourd’hui, moins d’un étudiant sur deux inscrit en licence parvient en 3e année sans redoubler et plus de 20 % d’entre eux interrompent leur cursus au cours des deux premières années.

Pour le ministre, le "mal" prend racine au lycée, où les élèves ne sont pas assez préparés à travailler de façon autonome.

2 - Assurer la réussite scolaire de tous les élèves

Près de 15 % des élèves redoublent la seconde. Beaucoup d’autres abandonnent en cours de route. "Entre 16 et 18 ans, on perd 150.000 élèves par an.  Il faut une seconde stimulante, moins oppressante", clame Xavier Darcos. Le ministre souhaite notamment apporter un coup de pouce aux élèves les plus défavorisés.

3 - Permettre à chaque élève de mieux choisir son orientation

Un lycée aux filières moins cloisonnées, aux passerelles nombreuses qui permette aux lycéens de construire leur parcours en fonction de l’évolution de leurs goûts : tel est le lycée rêvé de Xavier Darcos.

Le tout dans le but de réduire les erreurs d’orientation donc l’échec dans le supérieur (retour à l’objectif 1)…

Cette réforme du lycée qui s’annonçait, dès le départ, comme un sujet largement consensuel, a vite suscité les tensions. Ainsi, dès l’élaboration par le Ministère des premières dispositions, il n’a plus été question de souplesse dans les parcours d’études, dans l’organisation de l’année scolaire, dans la répartition des activités des élèves, dans l’architecture de la classe de seconde, pour favoriser des choix d’orientation plus lucides , pour éviter les redoublements.

Ni même d’ailleurs de suivi rigoureux des élèves ou de la mise en place de nouvelles modalités d’évaluation, y compris en ce qui concerne le baccalauréat. Pas plus d’ailleurs d’ une mise à jour des programmes, d’une clarification des compétences attendues des élèves impliquant une évolution des pratiques et une redéfinition du métier et du service enseignant .

NON, à y regarder de plus prêt , on s’est vite rendu compte que derrière les bons mots et les idées soi-disantes généreuses, le Ministre avait un seul objectif : faire des économies…

Avec son projet de réforme du lycée, mené dans la précipitation, le Ministre poursuit cette logique implacable engagée avec la disparition programmée des maternelles, poursuivie avec la suppression de 3000 postes RASED (réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté) prévue au budget 2009, et peaufinée avec la remise en cause des moyens des IUT dans le cadre de la loi LRU ( loi sur l’autonomie des universités ).

Très vite, on s’est aperçu que les premières mesures ainsi mises en place pour atteindre les objectifs assignés par le Ministre à sa réforme, permettraient, en réalité, de grappiller des crédits sur les postes (enseignants ou autres) économisés. Et cela tombe super bien ! A la rentrée 2008, 11.200 suppressions ont été comptabilisées. A la rentrée 2009, on en attend 13.500 et au moins autant chaque année jusqu'en 2012.

Cette réforme du lycée, qui prévoit, à l’origine, une division de l'année en deux semestres (dès 2009 pour la classe de seconde) et un bac unique avec des options facultatives ; qui sous tend la fusion des trois sections S, L et ES, au profit de toute un série d'options ; qui crée des inégalités entre établissements qui n'auront pas tous les moyens de dispenser toutes les options ; qui supprime l’enseignement de la physique et chimie dans un premier temps puis propose en option celui de l’histoire et de la géographie a potentialisé très rapidement les vives inquiétudes des lycéens, des enseignants et d'un nombre grandissant de familles.

Dès le début du mois de décembre 2008, plusieurs milliers de lycéens manifestent spontanément, dans toute la France, contre ce projet de réforme : un mouvement qui s’étend très rapidement : rassemblements, blocages d’établissements, et puis malheureusement échauffourées avec des forces de l’ordre. Au même moment des affrontements violents opposent, en Grèce , les jeunes et la police : expression du malaise d'une jeunesse qui voit en noir son avenir.

Très vite, la crainte d'une propagation existe, en France, comme ailleurs en Europe. Alors que Xavier Darcos, le ministre de l’Education nationale, devait détailler mardi 16 décembre 2008 la nouvelle seconde, prévue pour la rentrée 2009, un communiqué du ministère a brusquement annoncé, la veille, le report de sa réforme, au motif de " laisser plus de temps pour la mise en œuvre de la réforme de la classe de seconde initialement prévue pour la rentrée 2009 dans le cadre de la réforme du lycée".

Xavier Darcos propose même " de prolonger les discussions sur le lycée", dès début janvier 2009 Malgré cette annonce l’UNL (Union nationale lycéenne) et la FIDL (Fédération indépendante et démocratique lycéenne) ont annoncé la poursuite de la mobilisation et le maintien de la journée de manifestations jeudi 18 décembre 2008.

Leur message : "On ne veut pas qu'un report, on veut un changement de fond".

Pour le Parti Socialiste, Benoît Hamon tient à préciser, au lendemain du report : " le gouvernement a une stratégie vis-à-vis de ce projet et il ne faut certainement pas y voir un renoncement ou un recul. Nous ne pensons pas qu’il faille baisser la garde et cesser d’être vigilant tant ces choix se traduisent par un recul du nombre de postes d’adultes et d’enseignants dans les collèges et les lycées, et surtout une dégradation des conditions d’enseignement tant pour les élèves que pour le personnel éducatif.  Un report de cette réforme ne signifie pas un renoncement par le gouvernement de Nicolas SARKOZY de ses grands choix de politique éducative. On a constaté une humeur bien différente chez les parents d’élèves et chez les enseignants, dans les manifestations qui se sont déroulées. Il y a une forme de ras-le-bol à l’égard des collèges et des lycées qui paient aujourd’hui l’austérité budgétaire. On na pas le sentiment que ceux qui ont commencé cette mobilisation soient prêts y renoncer, au motif qu’un tout petit bout du projet a seulement été reporté. L’ordre du jour reste à la mobilisation politique".

2° Quelles propositions

S’opposer à une réforme qui porte en elle tous les éléments d’une contestation légitime et n’a pour finalité que de justifier une nouvelle austérité budgétaire, c’est bien . Mais apporter des solutions pour une vraie transformation de l'enseignement secondaire, c’est mieux.

L'école n'appartient ni aux politiques, ni aux professeurs, ni aux élèves, ni aux familles : elle appartient à la République. A ce titre, mener à bien une telle réforme exige , au lieu des sempiternelles provocations et autres parties de bras de fer, la recherche , avant tout, d’un large consensus entre tous les partenaires de la communauté éducative, par la discussion, la concertation, la mise en œuvre de l’accompagnement, l’élaboration de critères d’évaluation et la définition d’un processus de formation.

Comme le souligne Philippe Meirieu, " les questions d'éducation ne doivent pas être traitées en fonction de critères économiques à court terme : il n'y a pas que la dette à considérer, il y a aussi le coût social de l'échec scolaire, de toutes les formes de discrimination et d'exclusion qui grèvent notre avenir " .

La réforme du lycée ne saurait être envisagée sans une articulation avec les autres secteurs de l’Ecole, notamment l’enseignement professionnel ( est-il nécessaire d’insister sur la nécessaire valorisation de ce dernier) le collège ( le référentiel indispensable notamment au niveau de la maîtrise de la langue), et l'enseignement supérieur .

Réformer le lycée exige également que l’on définit précisément ce que l'on attend de ce dernier, au niveau de la prise en compte du socle commun de connaissances et de compétences.

Réformer le lycée c’est aussi s’interroger sur l’un des problèmes majeurs de notre  système éducatif français, qui veut qu'on demande aux élèves de faire des choix sans qu'ils aient la connaissance suffisante de ce entre quoi ils doivent se déterminer : on touche là à la question de l’orientation et plus précisément à celle de l’autonomie du jeune dans l’élaboration de son projet personnel.

En effet l’implication du jeune dans l’élaboration de son propre parcours est une des conditions de sa réussite et de son émancipation. Tous les acteurs qui y concourent doivent être associés, y compris les parents et les collectivités territoriales.

Le projet d’établissement joue alors un rôle déterminant dans le cadre de l’accompagnement du jeune. Il doit notamment préparer les conditions de la mobilisation de la communauté éducative et définir les critères d’une réelle formation des équipes enseignantes.

3° Conclusion

Toute réforme du système éducatif en général, du lycée d’enseignement général et technologique en particulier, ne saurait être engagée dans la précipitation et les effets d’annonce.

Vouloir atteindre les objectifs de 50% de diplômés au niveau de la licence, comme le demande un des indicateurs de référence de l’Union Européenne, c’est accepter de s’en donner les moyens, et ce, d’autant plus qu’il importe aussi de  ne pas perdre de vue d’autres indicateurs pour le système éducatif :

- 100% d’une classe d’âge sortant de la formation initiale obligatoire avec une qualification et ayant acquis les compétences du socle commun,
- 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat.

Former des citoyens libres et responsables, prêts à apprendre et à se former tout au long de la vie implique d’assigner des objectifs qualitatifs et quantitatifs importants au système éducatif.

Aujourd’hui, la crise financière et économique impose de redoubler de vigilance . En effet, quels que soient les objectifs, une réforme d’ampleur demande du temps pour la concertation et l’expérimentation. Sinon, elle ne fait que générer de l’inquiétude, du repli sur soi et alimente le marché de l’angoisse scolaire, déjà largement développé dans notre pays.

Notre jeunesse se désespère si elle perd confiance en l’avenir.

Philippe PUGNET



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