Durement secoué par une série d’événements depuis un certain 14 mai 2011, à New York, Dominique Strauss-Kahn a retrouvé, non sans un certain plaisir, les
salles de conférence pour y parler économie, matière qu'il maîtrise au mieux et au sujet de laquelle, on attend toujours avec impatience ses analyses et un certain regard d'expert.
Le 19 décembre dernier, il était à Pékin, invité d'honneur d'un colloque d'économistes chinois auprès desquels il présenta une analyse de la crise de la dette dans le monde.
On se souvient de ses propos assez durs tenus notamment à l'encontre d'une Europe, et plus particulièrement vis à vis de l'Allemagne et de la France, incapables à ses yeux de mettre en oeuvre une véritable gouvernance économique pour lutter contre cette crise économique et financière qui n'en finit plus. En cause, la dette de la zone Euro qui entrave toute compétitivité économique et fragilise une croissance, lorsqu'elle ne la paralyse pas.
Et Dominique Strauss-Kahn de fustiger alors ce remède infligé qu'est la mise en place de politiques d'austérité alors que le secteur financier n'est toujours pas assaini, d'autant plus qu'il paraît toujours menacé par " la détention d’importants montants de dette publique d’une valeur douteuse".
Et c'est dans ce contexte que l'ancien Directeur du FMI dénonça la position des leaders politiques européens : "dès le départ, chacun des leaders européens se concentra sur le niveau de la dette, et personne ne voulut porter une attention suffisante au problème de la compétitivité – la clé réelle de la croissance. Comme c’est souvent le cas, le problème de la solvabilité à long terme fut occulté par le problème de la liquidité à court terme. L’attention a été portée sur l’issue la plus facile politiquement, aux dépens du problème fondamental. Les leaders politiques étaient dans le déni. Ils y sont toujours ".
Bien plus, Dominique Strauss-Kahn devait se montrer plus précis dans son analyse, en révèlant les faiblesses
politiques européennes fondamentales : " aucun des problèmes principaux n’a été résolu : pas de budget central, pas de centre institutionnel, pas de prêteur de dernier recours, pas de
politique monétaire globale ... sans parler de cette incapacité à gérer le cas de la Grèce ".
Cette escapade chinoise ne restera pas sans lendemain. Les invitations tombent les unes après les autres parce que certains ont décidé, à juste titre, d'utiliser les compétences économiques de Dominique Strauss-Kahn.
Le 9 mars prochain c'est la prestigieuse Université de Cambridge qui s'offrira ses services, avant qu'il ne se rende à Bruxelles, le 27 mars, où il devrait débattre des "leçons de la crise économique mondiale" au Parlement européen avec le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker.
Et mercredi dernier, Dominique Strauss-Kahn était au Forum de Paris, à Casablanca, aux côtés notamment de Nizar Baraka, ministre marocain de l’Economie et des Finances, Hubert Vedrine, ancien ministre français des Affaires étrangères et Ana Palacio, ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères.
Ses propos demeurent inchangés, même si Dominique Strauss-Kahn se veut plus optimiste sur l'évolution de la crise économique dans le monde, en dehors de l'Europe : " La situation en Europe a des conséquences sur l’ensemble de l’économie mondiale. Tant que la croissance ne reviendra pas en Europe, cela gênera l’économie mondiale, ce qui ne veut pas dire que dans le reste du monde, il n’y ait pas des pays qui aillent bien. En Asie, en Amérique latine, en Afrique subsaharienne comme en Afrique du Nord, les choses vont plutôt bien. Quant aux Etats-Unis, la croissance y sera sans doute un peu meilleur en 2012 que ce que nous avions attendu. Ce que je veux dire par là c’est que les conséquences de la crise en Europe se font évidemment sentir, mais dans le reste du monde la croissance est repartie. Pourquoi y a-t-il tant de difficulté en Europe? Parce qu’il y a une crise de confiance dans la capacité des Européens à résoudre leurs problèmes et particulièrement leur problème de dette souveraine. La crise dure principalement en raison de la difficulté qu’à l’Union européenne à apporter une réponse au problème de la Grèce, qui pourtant ne représente qu’une toute petite partie de son PIB (environ 2%). Mois après mois, sommet après sommet, les déclarations se succèdent mais l’action tarde " . (*)
On le voit, son leitmotiv est toujours le même et Dominique Strauss-Kahn répète ce qu'il confiait déjà au
printemps dernier , comme le rappelle François BAZIN dans le Nouvel Observateur de cette semaine :" sans annulation de la dette grecque, l'Europe va dans le mur. Pis encore, plus elle tarde,
plus cette mesure inéluctable de chirurgie économique risque de lui coûter cher ".
Finalement, pour ce qui est des leçons à retenir pour la période , Dominique Strauss-Kahn a choisi de mettre l’accent sur deux éléments essentiels qui devraient être au coeur de notre campagne présidentielle : "trop d’inégalités nuit à la stabilité et à la croissance économique " et " exigence de revenir à une croissance plus fondée sur la demande interne, plus égalitaire, mieux répartie, moins fondée sur l’export".
L'avenir dira s'il sera entendu !
Philippe PUGNET
(*) lire à ce sujet http://www.leconomiste.com/article/890962-forum-de-paris-casablanca-round
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La situation des jeunes et les moyens de l’améliorer sont un des enjeux importants de la campagne présidentielle qui s’ouvre. Cette situation semble refléter une bonne
partie des difficultés et des blocages propres à la société française.
La fin du mandat de Nicolas Sarkozy est marquée par une évidence : celle de son échec sur le front de l'emploi. Un million de demandeurs d'emploi de plus qu'en mai 2007,
un taux de chômage qui approche dangereusement les 10 % et qui continue d'augmenter rapidement, le Président sortant ne s'est pas donné les moyens de sortir de la crise. Bien pire, il a contribué
à l'aggraver.
Les thèmes de l’emploi, du chômage et du pouvoir d’achat sont au coeur des préoccupations des Français.
La dégradation de la qualité des services publics rendus à la population, le désengagement de l'Etat de certaines missions essentielles, l'abandon d'une
vision du service public comme facteur de développement et de solidarité, la délégation par les collectivités territoriales de leurs missions au secteur privé, l'absence d'association des usagers
aux prises de décision et à la gestion : autant d'évolutions qui contribuent aujourd'hui à délégitimer le service public en France. Il est urgent de rebâtir en la matière une stratégie ambitieuse
et réaliste. Le rapport de Terra Nova "Pour une République des services publics" dégage certains principes et formule des propositions pour faire des services publics un pilier du projet
politique porté par la gauche, en partant des besoins de la population, pour en assurer la légitimité et la qualité.
C'est plus une confirmation qu'une révélation : les inégalités de patrimoine se sont accrues entre 2004 et
2010, et surtout par le haut, autrement dit par l'enrichissement des plus riches. L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) l'établit dans sa nouvelle
Si on a l’habitude
d’associer les termes football et citoyenneté, peut-on dire pour autant qu’ils s’accordent ? Je serais tenté de vous dire oui et non. Je vais commencer par le non.
En 1976, les travaux de Milton Friedman, le père du monétarisme, sont couronnés par le Prix de la Banque de Suède en sciences
économiques en mémoire d'Alfred Nobel, le Nobel d'économie. L'approche néolibérale s'impose dans la pensée économique, puis dans les politiques de Margaret Thatcher (premier ministre britannique
de 1979 à 1990) et Ronald Reagan (président des Etats-Unis de 1981 à 1989). "L'Etat est le problème et pas la solution du problème", répète le président américain.
Depuis plus d’un siècle, l’emploi public local joue un rôle clef dans les relations entre l’État et les collectivités. Révélateur des
rapports de force entre les différents échelons institutionnels et de l’évolution de l’emploi public, la fonction publique territoriale est aujourd’hui présentée comme l’avant-garde de la
modernisation publique, même si les pratiques évoluent moins vite que les discours.