Problèmes économiques et sociaux

Samedi 4 février 2012 6 04 /02 /Fév /2012 10:33

dsk 08112010 Durement secoué par une série d’événements depuis un certain 14 mai 2011, à New York, Dominique Strauss-Kahn a retrouvé, non sans un certain plaisir, les salles de conférence pour y parler économie, matière qu'il maîtrise au mieux et au sujet de laquelle, on attend toujours avec impatience ses analyses et un certain regard d'expert.

Le 19 décembre dernier, il était à Pékin, invité d'honneur d'un colloque d'économistes chinois auprès desquels il présenta une analyse de la crise de la dette dans le monde.

On se souvient de ses propos assez durs tenus notamment à l'encontre d'une Europe, et plus particulièrement vis à vis de l'Allemagne et de la France, incapables à ses yeux de mettre en oeuvre une véritable gouvernance économique pour lutter contre cette crise économique et financière qui n'en finit plus. En cause, la dette de la zone Euro qui entrave toute compétitivité économique et fragilise une croissance, lorsqu'elle ne la paralyse pas.

Et Dominique Strauss-Kahn de fustiger alors ce remède infligé qu'est la mise en place de politiques d'austérité alors que le secteur financier n'est toujours pas assaini, d'autant plus qu'il paraît toujours menacé par "  la détention d’importants montants de dette publique d’une valeur douteuse".

Et c'est dans ce contexte que l'ancien Directeur du FMI dénonça la position des leaders politiques européens : "dès le départ, chacun des leaders européens se concentra sur le niveau de la dette, et personne ne voulut porter une attention suffisante au problème de la  compétitivité – la clé réelle de la croissance. Comme c’est souvent le cas, le problème de la solvabilité à long terme fut occulté par le problème de la liquidité à court terme. L’attention a été portée sur l’issue la plus facile politiquement, aux dépens du problème fondamental. Les leaders politiques étaient dans le déni. Ils y sont toujours ".


Bien plus, Dominique Strauss-Kahn devait se montrer plus précis dans son analyse, en révèlant les faiblesses politiques européennes fondamentales : " aucun des problèmes principaux n’a été résolu : pas de budget central, pas de centre institutionnel, pas de prêteur de dernier recours, pas de politique monétaire globale ... sans parler de cette incapacité à gérer le cas de la Grèce ".

 

Cette escapade chinoise ne restera pas sans lendemain. Les invitations tombent les unes après les autres parce que certains ont décidé, à juste titre, d'utiliser les compétences économiques de Dominique Strauss-Kahn.

Le 9 mars prochain c'est la prestigieuse Université de Cambridge qui s'offrira ses services, avant qu'il ne se rende à Bruxelles, le 27 mars, où il devrait débattre  des "leçons de la crise économique mondiale" au Parlement européen avec le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker.

Et mercredi dernier, Dominique Strauss-Kahn était au Forum de Paris, à Casablanca, aux côtés notamment  de Nizar Baraka, ministre marocain de l’Economie et des Finances, Hubert Vedrine, ancien ministre français des Affaires étrangères et Ana Palacio, ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères.

Ses propos demeurent inchangés, même si Dominique Strauss-Kahn se veut plus optimiste sur l'évolution de la crise économique dans le monde, en dehors de l'Europe : " La situation en Europe a des conséquences sur l’ensemble de l’économie mondiale. Tant que la croissance ne reviendra pas en Europe, cela gênera l’économie mondiale, ce qui ne veut pas dire que dans le reste du monde, il n’y ait pas des pays qui aillent bien. En Asie, en Amérique latine, en Afrique subsaharienne comme en Afrique du Nord, les choses vont plutôt bien. Quant aux Etats-Unis, la croissance y sera sans doute un peu meilleur en 2012 que ce que nous avions attendu. Ce que je veux dire par là c’est que les conséquences de la crise en Europe se font évidemment sentir, mais dans le reste du monde la croissance est repartie. Pourquoi y a-t-il tant de difficulté en Europe? Parce qu’il y a une crise de confiance dans la capacité des Européens à résoudre leurs problèmes et particulièrement leur problème de dette souveraine. La crise dure principalement en raison de la difficulté qu’à l’Union européenne à apporter une réponse au problème de la Grèce, qui pourtant ne représente qu’une toute petite partie de son PIB (environ 2%). Mois après mois, sommet après sommet, les déclarations se succèdent mais l’action tarde " . (*)


On le voit, son leitmotiv est toujours le même et Dominique Strauss-Kahn répète ce qu'il confiait déjà au printemps dernier , comme le rappelle François BAZIN dans le Nouvel Observateur de cette semaine :" sans annulation de la dette grecque, l'Europe va dans le mur. Pis encore, plus elle tarde, plus cette mesure inéluctable de chirurgie économique risque de lui coûter cher ".

 

Finalement, pour ce qui est des leçons à retenir pour la période , Dominique Strauss-Kahn a choisi de mettre l’accent sur deux éléments essentiels qui devraient être au coeur de notre campagne présidentielle :  "trop d’inégalités nuit à la stabilité et à la croissance économique " et " exigence de revenir à une croissance plus fondée sur la demande interne, plus égalitaire, mieux répartie, moins fondée sur l’export".

L'avenir dira s'il sera entendu !

 

Philippe PUGNET

(*) lire à ce sujet http://www.leconomiste.com/article/890962-forum-de-paris-casablanca-round

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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 15:51

jeunes-2.jpg La situation des jeunes et les moyens de l’améliorer sont un des enjeux importants de la campagne présidentielle qui s’ouvre. Cette situation semble refléter une bonne partie des difficultés et des blocages propres à la société française.

Mais pour bien l’appréhender il faut évidemment produire un bon diagnostic. Une des questions centrales est de déterminer s’il faut mettre en œuvre une action globale en direction de l’ensemble de la jeunesse ou s’il convient plutôt d’adopter une politique ciblée en faveur de certaines franges particulièrement défavorisées.

Certains travaux ont popularisé l’idée d’une « génération sacrifiée », ce qui militerait, si l’on y adhère, pour une action d’envergure en faveur de l’ensemble des jeunes. En réalité, cette thèse est très contestable car elle repose essentiellement sur la comparaison avec une « génération dorée » qui a connu sa jeunesse dans l’après-guerre. Cette génération a connu une extraordinaire promotion par rapport aux générations d’avant-guerre et à cette aune, les générations actuelles paraissent bien mal loties. Mais les conditions économiques qui l’ont permise étaient exceptionnelles et ne se reproduiront pas à un horizon prévisible. Conserver ce point de référence comme norme n’a donc pas grand sens, sauf à considérer que toute nouvelle génération est traitée de façon inique.

Cela veut-il dire pour autant que tout va bien pour les jeunes en France ? Sûrement pas, mais le diagnostic doit être affiné et différencié selon les catégories. L’entrée dans la vie adulte est certes longue et pleine d’embuches dans notre pays. Mais les causes en sont nombreuses et complexes et ne relèvent pas exclusivement de considérations économiques. Il faut bien avoir à l’esprit en effet que le modèle d’entrée dans la vie adulte qui prévalait pour la « génération dorée » – une adaptation rapide et presque automatique entre des aspirations et un statut – est définitivement caduc. La forte prolongation de la scolarité qu’ont connue les générations scolaires des années 1990-2000 a mis à bas le modèle de reproduction sociale qui prévalait autrefois. Aujourd’hui les jeunes doivent construire eux-mêmes leur destin professionnel, ils ne l’héritent plus de leurs parents. La jeunesse est la phase de tâtonnements nécessaires qui permet d’y parvenir.

On y parvient cependant plus ou moins bien d’un pays européen à l’autre et, sur ce plan, force est de reconnaître que la France est loin d’être la plus performante. Plusieurs raisons l’expliquent. Le système d’information et d’orientation, qui devrait être un outil vital pour construire ce chemin complexe dans les filières de formation et d’emploi, est totalement défaillant. Le marché du travail est très rigide, réservant les bons emplois stables et très protégés aux adultes, et cantonnant les jeunes sur des emplois instables. Les performances du système scolaire enfin sont loin d’être à la hauteur, puisque près d’un jeune sur cinq le quitte sans avoir obtenu de diplôme. L’école a réussi la massification de l’accès à l’enseignement secondaire sans réussir la démocratisation. Les structures et les méthodes d’enseignement sont restées, dans une large mesure, celles du collège et du lycée classiques pensés pour préparer l’accès aux meilleures filières de l’enseignement général. Ceux qui ne peuvent y prétendre sont, dans une large mesure, éliminés.

Le principal résultat de ces défaillances multiples est d’introduire un profond clivage à l’intérieur même de la jeunesse (voir à ce sujet Pierre Cahuc, Stéphane Carcillo, Olivier Galland, André Zylberberg, La machine à trier. Comment la France divise sa jeunesse, Eyrolles 2011). En effet, dans ce système opaque, les ressources sociales dont chacun dispose prennent une importance grandissante. Les jeunes eux-mêmes ne s’y trompent pas : dans une récente enquête (sondage IPSOS, janvier 2012) ils indiquent que « l’aide des parents et des proches est indispensable pour s’en sortir » (71% des 18-24 ans sont d’accord avec cette idée), et que c’est le fait « d’avoir des relations » qui est le plus important « pour réussir sa vie professionnelle » (première raison citée, par 48% des 18-30 ans). Le résultat est bien là : certains s’en sortent et d’autres non. Tous les jeunes connaissent aujourd’hui une phase de transition instable au sortir des études, dans la première phase de la jeunesse. Cette situation est parfois une source d’angoisse ou même d’échec, mais pour la plupart des jeunes elle se finit bien : entre 25 et 30 ans 70 à 80% d’entre eux finissent par accéder à ce fameux CDI qui est, en France plus qu’ailleurs, la clé d’entrée dans la vie adulte. Mais certains restent sur le carreau. Il s’agit surtout de jeunes non diplômés qui subissent une triple peine : ils ont été rejetés par l’école, ils ont de faibles ressources familiales, ils sont insuffisamment aidés par la puissance publique (pas de RSA pour les jeunes, des structures d’aide à l’insertion insuffisamment dotées en moyens humains permettre un suivi efficace).

Comment améliorer les choses ? Tout d’abord des réformes de structure concernant l’école et le marché du travail sont indispensables : l’école doit se fixer l’objectif d’une réussite pour tous, 100% au niveau 5, plutôt que 80% au niveau du bac. Plus aucun élève ne devrait sortir du système éducatif initial sans un socle de compétences minimum. Le contenu et les méthodes d’enseignement doivent être profondément repensés pour y parvenir. Le marché du travail doit s’assouplir pour réduire la distance entre le CDD et le CDI et faciliter le passage de l’un à l’autre. Mais ces réformes ne pourront porter leurs fruits qu’à moyen terme. En attendant il faut aider les jeunes en difficulté, mais pour être efficace il faut concentrer les moyens sur ceux qui le sont vraiment. Diluer les rares ressources publiques sur toute la classe d’âge n’améliorera pas la situation d’ensemble et sera totalement inefficace pour ceux qui sont le plus en difficulté. Créer des emplois publics est une solution de pis-aller qui, les expériences passées l’ont montré, ne profite pas aux plus démunis et n’apporte pas d’amélioration significative au terme du contrat à ceux qui en bénéficient.

Un nouveau contrat doit être passé avec la partie de la jeunesse la plus défavorisée, les jeunes non diplômés qui sont, pour une large part, laissés à l’abandon : une aide financière (en étendant le bénéfice du RSA au moins de 25 ans non étudiants et sans emploi), avec des contreparties fortes en termes de recherche d’emploi et de formation. Cette politique suppose aussi de renforcer considérablement les moyens humains du service public de l’emploi de façon à accompagner ces jeunes de manière individualisée et sur la durée. Les expériences étrangères montrent que pour que ces politiques soient efficaces, il faut compter au moins un conseiller pour trente jeunes. Il y a actuellement un conseiller pour 100 jeunes. Cela donne la mesure de l’effort à faire.

 

Par Olivier GALLAND

Sociologue Directeur de recherche au CNRS

Source © Telos

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Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 21:05

ouvriers La fin du mandat de Nicolas Sarkozy est marquée par une évidence : celle de son échec sur le front de l'emploi. Un million de demandeurs d'emploi de plus qu'en mai 2007, un taux de chômage qui approche dangereusement les 10 % et qui continue d'augmenter rapidement, le Président sortant ne s'est pas donné les moyens de sortir de la crise. Bien pire, il a contribué à l'aggraver.


Alors que l'activité baissait et que le bon sens appelait à la mise en place de dispositifs massifs de chômage partiel, comme en Allemagne, Nicolas Sarkozy a préféré encourager les heures supplémentaires au détriment des embauches. La France a dépensé dix fois moins pour son dispositif de chômage partiel que l'Allemagne en 2009, au plus fort de la crise, et l'efficacité en a été diminuée d'autant : selon l'OCDE, le dispositif allemand a permis de préserver plus de 200 000 emplois alors qu'en France il en sauvegardait moins de 20 000. Il faut prendre conscience de la responsabilité de Nicolas Sarkozy dans l'augmentation du chômage tant par le maintien de la détaxation des heures supplémentaires, près de 13 milliards d'euros de gaspillés par l'Etat en trois ans pour un dispositif qui détruit de l'emploi sur fonds publics, que par l'absence d'ambition dans la mise en place du chômage partiel. L'obsession du "travailler plus pour gagner plus" aura coûté cher en emploi.


La mise en place de plans d'austérité successifs est également intervenue sans vision ni cohérence. Alors qu'il aurait fallu investir massivement dans des projets de relance ciblée, au contraire du grand emprunt qui n'a été qu'un saupoudrage d'argent public, la seule réponse du gouvernement à la crise semble avoir été un ensemble de plans de rigueur qui ont brisé la croissance. Cette politique a plongé la France dans une spirale négative : les plans d'austérité, plombant la consommation et l'investissement, donc la croissance, ont entraîné une baisse des recettes, rendant nécessaires de nouveaux plans d'austérité.


Enfin, le démantèlement du service public de l'emploi en pleine crise a été une faute majeure. Comme en convient le rapport du 5 juillet 2011 de la mission sénatoriale relative à Pôle emploi, cet organisme cumule les difficultés : manque de moyens et de personnels, inexpérience de certains opérateurs privés à qui on délègue l'accompagnement des chômeurs, etc. La droite a compliqué le retour à l'emploi de millions de chômeurs.


Face à ce désastre, face à l'état déplorable dans lequel Nicolas Sarkozy laissera, en 2012, le marché du travail dans notre pays, avec François Hollande, nous avons la lourde responsabilité de remettre en marche le moteur de l'emploi.


Par le contrat de génération, d'abord, qui permettra de cibler les allégements de cotisations vers les entreprises qui embauchent un jeune travailleur en contrat à durée indéterminée (CDI) tout en gardant un employé senior. Négociée par les syndicats et financée par un redéploiement d'une partie des allégements généraux de cotisations, cette mesure améliorera la situation de l'emploi aux deux âges les plus touchés par le chômage.

 

Par les emplois d'avenir, ensuite, qui seront ciblés sur les populations les plus fragiles et par un parcours d'insertion afin de garantir qu'aucun jeune ne reste sans solution.

 

Par une réorganisation du service public de l'emploi bien sûr, avec un plan de recrutement d'agents formés et une personnalisation de l'accueil et du suivi des demandeurs d'emploi.

 

Par la relance de la croissance surtout, grâce au pacte de production de François Hollande pour une France qui produit mieux et qui respecte le travail. Car c'est bien là la clef pour résoudre le problème du chômage à long terme : avoir une stratégie offensive pour remettre en marche notre appareil productif.


- D'abord par un soutien massif à la recherche et à l'innovation, pour qu'enfin notre économie monte en gamme et change de dimension ;


- Ensuite, en investissant dans la formation des étudiants et des salariés parce que l'élévation des qualifications et l'amélioration des savoirs sont la meilleure garantie d'une économie d'avenir ;


-Egalement en aidant au développement des entreprises, notamment des PME/PMI grâce à une banque publique d'investissement déclinée sous forme de fonds régionaux ;


- Enfin, en soutenant des filières industrielles d'avenir comme les énergies durables, la santé ou encore le numérique.


C'est bien par une gouvernance économique inspirée, par une économie de l'intelligence que nous pourrons stimuler une croissance soutenue et durable et que nous créerons plus d'emplois de qualité.

 

Alain VIDALIES Député des Landes

Source LeMonde

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Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 10:50

manif.jpg Les thèmes de l’emploi, du chômage et du pouvoir d’achat sont au coeur des préoccupations des Français.

Pourtant, dans un contexte d’élection présidentielle inédit car marqué par la rigueur et la crise économiques, les syndicats restent dans une situation difficile. Réussiront-ils à se faire entendre durant les prochains mois ? Pour eux, la question se pose plus que jamais.

 

 

En 2012, les syndicats sont dans une situation bien plus difficile qu’ils ne l’étaient lors de la dernière élection présidentielle. En 2007, la question sociale était au coeur des débats qu’il s’agisse du pouvoir d’achat - chacun se rappelle du slogan de Nicolas Sarkozy : « Travailler plus pour gagner plus » - ou de la rénovation de la démocratie sociale. À ce sujet, l’ensemble des « grands candidats », de Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal en passant par François Bayrou, prônaient un renouvellement en profondeur des rapports entre la loi et la négociation. Estimant qu’il fallait accorder plus de place à celle-ci face au législateur, ils souhaitaient aussi redéfinir en profondeur les règles de la représentativité syndicale tant dans l’entreprise qu’à d’autres niveaux de négociations.

1/ Des élections marquées par la crise et la rigueur

En 2012, pour la première fois sous la Ve République, l’élection présidentielle sera placée sous le signe de la rigueur économique, ce qui contredit les propositions que les syndicats s’apprêtaient à soumettre aux divers candidats en matière de redistribution sociale ou de nouveaux financements publics. Pour les confédérations, la situation actuelle est d’autant plus difficile qu’elle est en partie imprévue. Lors du mouvement sur les retraites de l’automne 2010, certains commentateurs, experts ou dirigeant syndicaux estimaient possible un recul du pouvoir politique au vu de la faible popularité du président de la République et de l’approche de l’élection présidentielle. À leurs yeux, la conjoncture était favorable aux syndicats.

Aujourd’hui, c’est exactement le contraire qui se produit. Non seulement les pouvoirs publics ont maintenu leurs objectifs en matière de réforme de retraites mais le gouvernement a depuis défini de nouvelles mesures de rigueur qui touchent plusieurs domaines : accélération de la réforme des retraites, consommation et TVA, allocations familiales, indemnités relatives aux arrêts maladie, contreparties liées au RSA, etc.


Certes, on pourrait penser que ces mesures renforcent le mécontentement social, confortant ainsi les organisations syndicales mais la situation n’est pas dénuée d’ambiguïtés. Face à la situation économique et sociale de la France, le nombre de Français qui se disent « révoltés » a encore augmenté depuis le printemps 2011 : 48% en mai, 53% en octobre dernier. Et ce pourcentage est beaucoup plus élevé que celui qui concerne les Français qui se disent « résignés » (29%) ou « confiants » (11%)1.


En outre, en novembre 2011, les questions liées au chômage et à l’emploi venaient largement en tête des préoccupations des Français (76% du total des réponses citées contre 57% pour les questions de santé et de qualité des soins qui se situaient en second rang)2. Mais en parallèle, les conséquences de la crise économique actuelle semblent produire ses premiers effets sur l’opinion. À la fin octobre, un sondage réalisé par l’IFOP montrait que « la dette et le déficit public » constituaient désormais le problème le plus important pour les Français (33%) allant jusqu’à devancer le thème traditionnel du pouvoir d’achat (23%).


De la même manière, l’influence des syndicats sur l’emploi et le chômage est souvent sujette à caution. En l’occurrence, seuls 23% des Français disent faire confiance aux syndicats pour « combattre le problème du chômage », un pourcentage inférieur à ceux des chefs d’entreprise (41%), du gouvernement (30%) ou des collectivités locales (27%)3.

Dans la conjoncture présente, le faible crédit des syndicats qui affaiblit leurs propositions face aux candidats à l’élection présidentielle, peut être rapporté à l’échec qu’ils ont connu en 2010, lors du grand mouvement social sur les retraites. Ou encore à l’absence de résultats tangibles durant les vastes mobilisations du printemps 2009 qui dénonçaient la politique du gouvernement face à la crise. Mais plus fondamentalement, ces mouvements sociaux récents sont porteurs d’autres enseignements.

2/ Unité de façade, divergences de fond ?

Estimant que la faiblesse des syndicats français était due à leurs divisions, la CGT allait, dès les années 1990, militer en faveur d’un rapprochement entre les grandes confédérations. Cette stratégie avait un nom : le « syndicalisme rassemblé » et ce dernier prit forme au cours des mobilisations de 2009 et 2010. En dépit de certaines réserves de FO, ces dernières s’appuyèrent sur une unité syndicale qui concerna la totalité des centrales - de SUD à la CFTC - ce qui est inédit dans le contexte de l’après-guerre.

Mais dans le même temps, cette stratégie avait des limites. Elle masquait mal les divisions existantes sur le terrain des pratiques et sur celui des propositions. Si l’unité permet d’atteindre le plus haut niveau possible de mobilisation face aux pouvoirs publics, ses résultats demeurent peu probants si elle ne s’incarne pas aussi sur le terrain des propositions. À l’automne 2010, l’unité syndicale n’était pas seulement mise en cause par les appels répétés de FO et de SUD en faveur d’une grève générale déclenchée de façon centralisée, ce que refusaient la CGT et la CFDT.


Elle l’était surtout par le fait qu’elle ne débouchait pas sur des propositions communes face aux initiatives du gouvernement. À cet égard, entre la CGT et la CFDT qui constituaient l’axe du front syndical d’alors, les divergences étaient patentes notamment sur le plan de l’allongement de la durée des cotisations. Or, faute de propositions (réellement) communes, faute d’une sorte de « programme syndical commun », la mobilisation ne s’arrête-t-elle pas aux portes de la négociation, alors que c’est précisément là où elle devrait porter tous ses fruits ? En d’autres termes, fautes de propositions communes, l’unité d’action se limite à l’action immédiate et ne débouche que rarement sur des résultats tangibles.

D’une manière générale, c’est l’une des raisons qui explique la désaffection des salariés par rapport aux syndicats même s’ils rallient à l’occasion telle ou telle mobilisation, un ralliement par définition éphémère. Mais c’est aussi ce qui explique plus globalement le faible crédit des syndicats au sein de l’opinion comme le montre le Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF.


À l’automne 2011, à peine un peu plus du tiers des interrogés (35%) disaient faire globalement confiance aux syndicats. Ce chiffre était égal à celui relatif à la confiance accordée aux grandes entreprises privées et il se situait en deçà de ceux concernant l’Union européenne (39%), les grandes entreprises publiques (44%), la police (65%) ou les hôpitaux (80%)4.

À l’évidence, le faible crédit des syndicats constitue pour eux un réel handicap dans le cadre d’une élection présidentielle particulière à cause d’une conjoncture de crise et de rigueur. Comme il risque aussi de les handicaper dans l’après-présidentielle surtout lorsque l’on sait que la faiblesse de leur crédit est liée à leurs divisions organisationnelles et à leurs divergences sur le terrain des propositions.

Source SciencesPo CEVIPOF CNRS

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Vendredi 25 novembre 2011 5 25 /11 /Nov /2011 21:31

la-poste-2.jpg La dégradation de la qualité des services publics rendus à la population, le désengagement de l'Etat de certaines missions essentielles, l'abandon d'une vision du service public comme facteur de développement et de solidarité, la délégation par les collectivités territoriales de leurs missions au secteur privé, l'absence d'association des usagers aux prises de décision et à la gestion : autant d'évolutions qui contribuent aujourd'hui à délégitimer le service public en France. Il est urgent de rebâtir en la matière une stratégie ambitieuse et réaliste. Le rapport de Terra Nova "Pour une République des services publics" dégage certains principes et formule des propositions pour faire des services publics un pilier du projet politique porté par la gauche, en partant des besoins de la population, pour en assurer la légitimité et la qualité.


Partant du constat que les "services publics, dans tous les domaines, se sont dégradés" ces dernières années, Terra Nova estime que "la situation aujourd'hui n'est plus acceptable", tant dans "les services publics les plus régaliens" comme la police ou la justice, qu'à l'école, dans la santé ou les services dits en réseau (postes, transports, énergie, etc.) en grande partie ouverts à la concurrence.

 

Le think tank affirme que "pour une part, ce résultat est celui de la majorité sortante et du président de la République" qui "a appliqué une politique de gestion des ressources humaines marquée par le dogmatisme, que manifeste la règle absurde du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite".

Par conséquent, Terra Nova estime que "2012 sera pour les services publics un point de rendez-vous historique" et souligne que "le candidat de la gauche en 2012 doit être le candidat du service public" et ne pas "se contenter de défendre le statu quo".

 

Les 21 propositions


Refaire des services publics des vecteurs de progrès économique et social
 
Proposition 1 : Mettre fin à la baisse de la part de l'investissement dans les dépenses publiques, en investissant dans les services publics porteurs d'innovation et favorables au développement durable
 
Proposition 2 : Mettre fin à la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux et à la fermeture d’éléments-clés du service public (classes, hôpitaux, tribunaux, commissariats, etc.), ouvrir immédiatement avec les partenaires sociaux une phase de concertation, d’évaluation des compétences et des carrières des agents publics, et lancer un débat public national sur les besoins des services publics
 
Proposition 3 : Renforcer la mixité sociale parmi les agents des services publics dans les quartiers, en envisageant des voies particulières de recrutement
 
Proposition 4 : Assurer un financement suffisant pour des services publics efficaces et développés, avec un niveau de redevances reflétant les coûts réels, et en utilisant tous les modes de financements autorisés par le droit européen : compensations publiques, fonds de compensation, système dit « play or pay »
 
Proposition 5 : « Piloter » la tarification de manière plus fine, plus progressive, et conformément aux objectifs sociaux et environnementaux des services publics
 
Proposition 6 : Généraliser la tarification sociale des services publics, en privilégiant l’attribution automatique des tarifs sociaux, et envisager la gratuité sociale dans certains services publics
 
Proposition 7 : Mettre en place un système permettant le « fléchage » des différentes sources de financement des services publics, cohérent et compréhensible par les usagers-contribuables
 
Réaffirmer la responsabilité du politique dans l'amélioration des services publics
 
Proposition 8 : Organiser un grand débat annuel au Parlement consacré aux services publics en France
 
Proposition 9 : Créer un « Secrétariat général aux services publics nationaux », structure interministérielle rattachée au Premier ministre, en interface avec le Secrétariat général aux affaires européennes (SGAE) pour les enjeux européens, avec tous les ministères concernés et avec l’agence nationale d’évaluation
 
Proposition 10 : Identifier et exploiter les marges de manœuvre laissées par le droit communautaire et non utilisées en droit interne pour tous les services en réseau, notamment en ce qui concerne la définition du service universel, la mise en œuvre des objectifs d'accessibilité et de qualité, et le financement des missions de service public
 
Proposition 11 : Améliorer le cadre juridique européen en matière de services publics, en utilisant les potentialités ouvertes par le Traité de Lisbonne, notamment en ce qui concerne l’application du droit de la concurrence, le principe de subsidiarité, et les conditions de financement des SIG
 
Proposition 12 : Garantir la liberté de choix des modes de gestion des services publics, et mettre l'accent sur l'exercice de leurs prérogatives par les autorités politiques afin de s'assurer que les besoins des usagers sont satisfaits, que le service public soit exploité directement ou délégué
 
Proposition 13 : Mieux définir les missions de service public dans chaque loi sectorielle et, lorsqu'elles ne sont pas assurées directement par la collectivité publique, les décliner dans les conventions conclues entre l’autorité politique responsable et la structure chargée du service public
 
Proposition 14 : Renforcer, dans les conventions de délégation de service public, les clauses portant sur la définition des missions de service public, leur contrôle, avec des pouvoirs de sanction, et leur évaluation. A cette fin, élaborer des conventions - ou clauses conventionnelles - types, sur la base des meilleures pratiques
 
Proposition 15 : Redéfinir les relations entre les collectivités publiques et les associations exécutant des missions de service public, en les encadrant systématiquement par des conventions définissant ces missions et contrôlant et évaluant leur exécution
 
Refonder les services publics en partant des besoins des citoyens
 
Proposition 16 : Transformer une partie des 17.000 points de contacts de La Poste en « maisons de services publics » rénovées, dans le cadre de ce que prévoit la loi du 12 avril 2000
 
Proposition 17 : Créer des conseils des usagers des services publics, dotés de pouvoirs de décision ou de blocage, avec une composition renouvelée, en envisageant de nouveaux modes de désignation
 
Proposition 18 : Renouveler les procédures de débats publics et d'enquêtes publiques, en les généralisant à toutes les décisions stratégiques en matière de services publics, et en modernisant les outils de participation, notamment par la voie numérique
 
Proposition 19 : Créer, par la loi, une agence pour l’évaluation et la qualité des services publics
 
Proposition 20 : Créer un service public national de médiation et du règlement de différends chargé d'apporter des réponses aux litiges individuels des consommateurs-usagers
 
Proposition 21 : Créer de nouveaux services publics sectoriels répondant aux nouveaux besoins essentiels, tels qu’un service public de la petite enfance, un service public de l’information scolaire et universitaire et de l’orientation, et l’accès à des services bancaires universels
Source TERRA NOVA
Par SD32 - Publié dans : Problèmes économiques et sociaux
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Jeudi 24 novembre 2011 4 24 /11 /Nov /2011 11:49

1608737 5 5fef repartition-de-la-masse-totale-de-patrimoine C'est plus une confirmation qu'une révélation : les inégalités de patrimoine se sont accrues entre 2004 et 2010, et surtout par le haut, autrement dit par l'enrichissement des plus riches. L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) l'établit dans sa nouvelle enquête sur le patrimoine des ménages, étendue pour la première fois aux départements d'outre-mer, dont les résultats ont été rendus publics jeudi 24 novembre.

En 2010, le patrimoine brut, c'est-à-dire l'ensemble des actifs détenus par un ménage (biens immobiliers, professionnels, patrimoine financier mais aussi matériel...), détenu par les 10 % les mieux dotés est en moyenne 35 fois plus élevé que celui dont disposent les 50 % de ménages les moins dotés. Ce rapport était de 32 en 2004. Comme les économistes Thomas Piketty et Camille Landais l'ont constaté pour les hauts revenus, les inégalités de patrimoine se creusent par le haut, tirées par les ménages les plus fortunés. L'indice de Gini, qui est une mesure du degré de disparité des patrimoines pour une population donnée, a augmenté de 1,4 % entre 2004 et 2010 mais de 13,9 % pour la population des plus riches, alors même qu'une partie de la période observée par l'Insee correspond à la crise.

 LES 10 % LES PLUS DOTÉS POSSÈDENT 48 % DU PATRIMOINE GLOBAL

Quelques chiffres donnent la mesure de la situation. Début 2010, la moitié des ménages vivant en France déclarent plus de 150 200 euros de patrimoine brut global. Les 10 % de ménages les plus fortunés possèdent au minimum 552 300 euros d'actifs, alors que les 10 % les plus modestes détiennent au maximum 2 700 euros chacun, soit 205 fois moins. Ces inégalités sont beaucoup plus marquées que celles des revenus. Collectivement, les 10 % de ménages les mieux dotés concentrent 48 % de la masse totale de patrimoine brut, les 1 % les mieux dotés en détenant même 17 %, contre seulement 7 % à la moitié des ménages les moins dotés.

Le montant du patrimoine, brut comme net (une fois déduite la charge des remboursements d'emprunts), croît jusqu'à l'âge de 70 ans avant de décroître ensuite. Toutefois, prévient l'Insee, les effets liés à l'âge "sont difficiles à estimer précisément car les niveaux moyens de patrimoine résultent de contextes économiques qui ont différé d'une génération à l'autre". Les Trente Glorieuses n'ayant pas grand-chose à voir, par exemple, avec les années 1990. Au-delà de ces effets, les logiques d'accumulation patrimoniale et d'épargne diffèrent nettement entre salariés et indépendants en activité, elles s'estompent avec la retraite. Entre salariés en activité, les disparités patrimoniales selon la catégorie socioprofessionnelle sont très marquées : le patrimoine médian des cadres est 35 fois supérieur à celui des ouvriers non qualifiés.

Acheter un bien immobilier, a fortiori sa résidence principale, est une étape importante dans la constitution d'un patrimoine. Ainsi les ménages propriétaires de leur résidence principale détiennent un patrimoine brut moyen 8,3 fois plus élevé que celui des locataires et des ménages logés gratuitement.

C'est parmi la frange la plus riche de cette France des propriétaires que se trouvent les redevables de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), dont le rendement s'est envolé avec le boom immobilier.

 LES HAUTS PATRIMOINES SE PORTENT TRÈS BIEN

Cette année encore, comme l'ont révélé Les Echos du 21 novembre, l'ISF, même avec 300 000 redevables en moins – ceux qui étaient imposés à la première tranche supprimée en juin – devrait rapporter 4,2 milliards d'euros, soit 10% de plus que ce que le gouvernement prévoyait. Bercy y voit notamment le fruit de sa politique de lutte contre l'évasion fiscale.

Malgré la crise, les hauts patrimoines se portent très bien en France et restent détenus par une minorité d'héritiers, une concentration amplifiée par les allégements fiscaux sur les successions et que la suppression de l'impôt sur la fortune devrait encore aggraver.

Selon l'enquête de l'Institut national de la statistique et des études économiques, diffusée jeudi, les inégalités entre Français en matière de patrimoine se sont fortement accrues entre 2004 et 2010. L'écart entre les 10 % de ménages les plus pauvrement dotés et les 10 % de ménages les plus riches a augmenté de plus de 30 % au cours de la période. Quand les 10 % les mieux lotis possèdent au moins 550 000 euros de patrimoine, les 10 % les moins bien lotis n'ont pas plus de 2 700 euros chacun, soit 205 fois moins. Quant au 1 % des ménages les plus riches, ils détiennent chacun 1,8 million d'euros d'avoirs financiers, immobiliers ou professionnels. "Les inégalités de patrimoine sont beaucoup plus marquées que celles des revenus", reconnaît l'Insee, le revenu disponible des 10 % des ménages les plus modestes étant 4,2 fois moins élevé que celui des 10 % les plus aisés.

 "LE PROBLÈME N'EST PAS SON NIVEAU, MAIS SA RÉPARTITION"

Pour Thomas Piketty, spécialiste de la fiscalité et des hauts revenus, cette enquête confirme que "les patrimoines se portent très bien. Il faut revenir à la Belle Epoque pour trouver un niveau aussi élevé". Le patrimoine global des ménages s'élève à près de 10 000 milliards d'euros. Aux yeux de cet économiste proche du Parti socialiste, "le problème n'est pas son niveau, mais sa répartition".

Ainsi, les 10 % les plus riches possèdent à eux seuls la moitié du patrimoine total et ont en moyenne plus de 1 million d'euros chacun. A l'inverse, les 50 % les plus pauvres ont en moyenne 30 000 euros, ce qui correspond à une "voiture et deux, trois mois d'avance sur leur compte en banque". Et s'ils sont propriétaires de leur appartement, ils ont contracté un emprunt, si bien que leur patrimoine net est très faible. Autre enseignement de l'enquête : "Il n'y pas de fuite des patrimoines importants hors de France", souligne M. Piketty.

Une étude récente de la banque Crédit Suisse a d'ailleurs montré que la France comptait plus de millionnaires que n'importe quel pays européen. Pour Thibault Gajdos, du CNRS, cette enquête illustre le rôle déterminant de l'héritage dans la constitution du patrimoine. Ainsi, le patrimoine médian des ménages héritiers est de 241 300 euros, contre 63 100 euros pour les non-héritiers.

A ses yeux, ce n'est donc pas la hausse des prix de l'immobilier qui est responsable de cette "dérive des inégalités", mais "la simple transmission du patrimoine" opposant les héritiers, qui ont pu accéder à la propriété, à ceux qui ne disposent pas d'un patrimoine initial. En outre, relève-t-il, du fait du vieillissement de la population, "on hérite plus vieux". L'héritage ne bénéficie pas à ceux qui en auraient le plus besoin. L'écart entre le patrimoine des 20-29 ans et celui des 60-69 ans est de 1 à 10.

 

Source LeMonde.fr

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Mardi 22 juin 2010 2 22 /06 /Juin /2010 12:44

logo_colloque_foot_100px-fc464.jpg Si on a l’habitude d’associer les termes football et citoyenneté, peut-on dire pour autant qu’ils s’accordent ? Je serais tenté de vous dire oui et non. Je vais commencer par le non.

Le non parce qu’aujourd’hui, autour de l’image du football, il n’est pas évident que la première relation que l’on fera d’emblée c’est la citoyenneté. On fera plus de parallèles entre l’image, les médias, l’argent, et il est vrai qu’entre les pratiques du football amateur et l’image du football en général, il y a un grand décalage. Nous avons donc la mission que ce football soit de plus en plus accolé à l’idée de citoyenneté.

Sur le oui, comment acquiert-on la citoyenneté ? Cela peut être plus ou moins difficile selon les origines et les difficultés que l’on peut trouver dans son milieu familial. Elle s’acquiert par l’école, le quartier, la cité, la ville et dans certaines de nos pratiques sociales, sportives, culturelles ou de loisirs. Quand on sait qu’aujourd’hui, bon nombre de jeunes-plutôt garçons que filles-pratiquent le football dès l’âge de 6-7ans, et souvent jusqu’à 17-18 ans, on a là un enjeu important.

Le football doit en effet avoir comme seconde mission, après la simple pratique sportive, de contribuer avec l’école, la famille et toutes ces pratiques de cité, de ville, de quartier, à former le citoyen. C’est donc un enjeu important, car au-delà de l’apprentissage du football, il y a tout un apprentissage autour du respect de soi, de l’hygiène corporelle et alimentaire, du respect porté à l’autre, aux règles, et à l’environnement. Le lien entre football et citoyenneté est donc pour moi très étroit, et c’est autour de ces thématiques que la fédération du football a travaillé, plus précisément sur l’idée suivante : comment peut-on sensibiliser les jeunes, les enfants de 7 à 13 ans, autour de ces valeurs qui comprennent le respect de soi, de l’autre, de l’arbitre, de l’environnement, et de manière générale, de ce qui permet l’existence de la société ?

Nous sommes très satisfaits d’avoir vu 220 clubs répondre à notre appel le 1er mai, le jour de la finale de la coupe de France, et présenter des projets particulièrement intéressants dans tous les domaines, que ce soit par rapport au respect de soi, au respect de l’arbitre et de l’environnement. Cela montre à quel point les éducateurs et les bénévoles qui portent le football amateur ont conscience qu’au-delà de l’apprentissage d’un sport, il y a tout un autre type d’apprentissage, celui de la vie, du respect, et, plus important, d’un lien social. Ce type d’apprentissage est sans doute encore plus important que la pratique sportive elle-même.

Pour vous raconter une anecdote, j’ai été enseignant pendant 20 ans, et je savais très bien que si je donnais une leçon d’instruction civique au tableau noir, comme cela se faisait dans le temps, il y avait un faible nombre de chances que ma leçon porte ses fruits. Par contre quand on fait une leçon de morale ou d’instruction civique en situation, c’est-à-dire par rapport à des faits et à des événements, l’impact est beaucoup plus important. Sur toutes les actions qui ont été présentées et sur lesquelles on a eu à débattre afin de choisir un lauréat-Epinal était l’un d’entre eux-ce qu’il est très intéressant de remarquer, c’est que ces actions sont toutes des actions concrètes : elles se situent dans la réalité et au quotidien.

Je crois que c’est quelque chose de déterminant. Nous avons, je pense tous essayé de faire le lien entre cette activité et ce qu’est la citoyenneté aujourd’hui, c’est-à-dire ce qu’est l’idée du rapport de l’homme et de la femme avec l’autre au sein de la cité. Il est évident que nous avons, avec le football, un lieu tout à fait propice pour développer la question de la citoyenneté dans la ville ou au niveau national.

 

Patrick BRAOUEZEC, Président de la Fondation du Football, Député de Seine Saint-Denis et Président de la Communauté d’agglomération de la Plaine Commune

Source Intervention prononcée lors du colloque « Football, entre mondialisation et citoyennée » organisé par l’IRIS et la Ville d’Enghien-les-Bains, avec le soutien du Ministère de la Santé et des Sports, la Fondation du Football et le groupe Lucien Barrière, le 29 mai 2010.

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Jeudi 10 juin 2010 4 10 /06 /Juin /2010 16:41

logo_liberation.jpg Nous publions cette tribune parue dans Libération et co-signée par MICHEL DESTOT, Député-maire PS de Grenoble, AURÉLIE FILIPPETTI Députée PS de Moselle , JEAN-MARIE LE GUEN Député PS de Paris et MICHEL SAPIN Député PS de l'Indre.

 

Soyons francs : la gauche peine à affirmer une position clairement réformiste sur la question des retraites. Nous devons nous y atteler d'urgence, en proposant une refonte globale de notre système de retraites, qui repose sur des idées nouvelles. Le débat prend aujourd'hui une drôle de tournure. La crispation du gouvernement sur l'âge légal de départ à la retraite n'est pas à la hauteur de l'enjeu : l'âge moyen de départ en retraite s'élève déjà à près de 62 ans. Certains, principalement les cadres, peuvent travailler au-delà de leur soixantième année ; d'autres ont déjà cotisé suffisamment de trimestres pour pouvoir prendre leur retraite à taux plein avant d'atteindre l'âge de 60 ans. L'âge légal de départ à la retraite à 60 ans doit être maintenu. Il est un acquis non négociable. Il constitue une garantie de justice sociale, notamment pour tous ceux qui ont débuté tôt leur carrière. Il doit aussi rester une possibilité de départ pour ceux qui le souhaitent.

 
Nous devons en revanche affirmer le principe d'un allongement de la durée de cotisation. Face à une espérance de vie qui s'accroît et devant le grave déficit de la branche vieillesse (- 10,7 milliards d'euros prévus pour 2010), cette solution nous semble être la mesure à la fois la plus juste socialement et la plus efficace économiquement sur le moyen et long terme. Actuellement l'espérance de vie augmente d'environ deux ou trois mois par an, il n'est donc pas déraisonnable de consacrer une partie de cette augmentation à la période de la retraite et une fraction à la poursuite de la vie professionnelle. Mais il faut aussi élargir la discussion : l'âge légal de départ en retraite, la durée de cotisations ou le calcul des pensions ne peuvent suffire. Les discussions doivent porter sur une série d'autres questions (l'emploi des jeunes et des seniors, la formation tout au long de la vie, les trajectoires professionnelles, les différences de niveaux de vie entre retraités).


Nous ne pouvons admettre une réforme qui ne conçoit la question des retraites qu'à travers le prisme de l'équilibre des comptes sociaux. Oui, le financement des retraites n'est pas assuré, mais nous ne pourrons pérenniser son financement qu'avec des critères et des considérations de justice sociale qui répondent aux aspirations des Français et aux spécificités de notre économie. Nous devons bien entendu mobiliser d'autres sources de financement en mettant à contribution les revenus du capital (stock-options, bonus...), les banques et les sociétés financières. Cela ne sera malheureusement pas suffisant. Les périodes d'inactivités forcées qui deviennent régulières, pour ne pas dire malheureusement récurrentes, méritent d'être mieux prises en compte. Il en va de même des emplois précaires (stages successifs, temps partiel subi, contrats à durée déterminée) ou des phases d'intérims qui conduisent à accumuler des droits à retraite très incomplets. Les carrières sont de moins en moins linéaires, notre système de retraite doit donc être repensé et même transformé. Dans le cadre de cette réforme globale, nous devons viser à renforcer l'employabilité à tous les âges. Elle n'est que de 38% pour les 55-64 ans ! Nous devons aménager le temps de travail tout au long de la vie ; donner corps à la sécurité sociale professionnelle en alliant emploi, formation et transition professionnelle ; accorder des trimestres de cotisations retraites pour les études universitaires, les années de congé parental et le futur service civique.


Nous devons mieux prendre en compte les périodes de chômage non indemnisées, les périodes de stage et de revenu de solidarité active (RSA) ; bonifier les années de cotisations pour les fonctionnaires, en particulier les enseignants, qui œuvrent dans les établissements scolaires difficiles, où les missions de service public peinent à être assumées. Nous devons profondément réformer la santé au travail, mener des politiques de prévention de l'usure des travailleurs, et surtout veiller à une prise en charge collective de la dépendance. Le projet de loi déposé, prochainement au Parlement, devra en conséquence intégrer ces différents aspects. Il n'en prend malheureusement pas le chemin.

 

Cinq pistes complémentaires méritent d'être explorées


Premièrement, nous devons tenir compte de la pénibilité de certaines professions en intégrant des trimestres de cotisations supplémentaires pour les salariés effectuant des travaux pénibles. Nous ne sommes pas favorables à un allongement uniforme de la durée de cotisation, il mériterait d'être proportionné à l'espérance de vie à la retraite.

Deuxièmement, il convient de réfléchir à un rapprochement des systèmes de retraite afin de prendre en compte les passages - de plus en plus fréquents - entre le secteur public et le secteur privé. Il est anormal qu'une personne ayant travaillé moins de quinze ans dans le public ne puisse faire valoir ses droits à pension dans la sphère publique, et rencontre des difficultés à faire reconnaître ses droits au sein du régime général.

Troisièmement, il est nécessaire de faire évoluer le taux de remplacement net pour une carrière entière au niveau du Smic. Et passer ainsi, après la réforme, d'un taux de remplacement de 85%, à 90%, puis à 95%.

Quatrièmement, il faut reprendre la réflexion sur la question des départs progressifs en retraite : ne pourrait- on pas envisager de liquider sa pension plus tardivement, tout en effectuant moins d'heures par semaine? Si le salarié l'envisage, il pourrait prolonger son activité professionnelle en passant d'un emploi à temps plein, à un emploi a temps partiel à 80 % puis à 50 % en étalant progressivement son départ en retraite, c'est-à-dire travailler moins, mais plus longtemps. C'est une stratégie positive pour l'entreprise ou l'administration qui ne perd pas subitement les compétences et l'expérience du salarié ; ce dernier, en retour, subit moins le passage immédiat de la vie active à la retraite.

Cinquièmement, à terme, il faudra certainement faire évoluer la comptabilisation des cotisations retraites en privilégiant un système par points ou par comptes notionnels, comme la Suède le pratique déjà.


Il s'agit donc d'engager une refonte globale. Celle-ci sera longue et progressive, mais devra être durable et consensuelle. Elle doit être l'occasion de renouer la confiance entre la sphère politique, les représentants syndicaux et nos concitoyens. La réforme des retraites passe de ce point de vue par une véritable négociation avec les organisations syndicales. Le gouvernement ne peut se contenter d'une simple concertation. Nous avons besoin d'un compromis social avec ces organisations, sinon cette réforme sera incomprise et inopérante. Il manquera une occasion unique de redonner confiance en notre système de retraite par répartition.


Ne nous laissons donc pas enfermer par la réforme proposée par le gouvernement qui est essentiellement comptable, et proposons une démarche et des finalités alternatives, sociales, économiques et humaines.

Par SD32 - Publié dans : Problèmes économiques et sociaux
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Mercredi 7 avril 2010 3 07 /04 /Avr /2010 10:21

crise--co-1.jpg En 1976, les travaux de Milton Friedman, le père du monétarisme, sont couronnés par le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel, le Nobel d'économie. L'approche néolibérale s'impose dans la pensée économique, puis dans les politiques de Margaret Thatcher (premier ministre britannique de 1979 à 1990) et Ronald Reagan (président des Etats-Unis de 1981 à 1989). "L'Etat est le problème et pas la solution du problème", répète le président américain.

La lutte contre l'inflation, l'indépendance des banques centrales, la déréglementation, la flexibilité du marché du travail, etc., s'imposent tout autour de la planète. La révolution conservatrice bouleverse aussi les institutions financières internationales - Banque mondiale et Fonds monétaire international (FMI) - : le "consensus de Washington" prescrit l'ouverture totale des économies en développement, la réduction des budgets publics et sociaux, la suppression des institutions de régulation, la priorité aux exportations...

Pourtant, face à la répétition des crises financières et aux excès de la mondialisation, des électrons libres font entendre des voix dissonantes, comme Maurice Allais - seul Français récompensé par le Nobel, en 1988. Le prix est aussi attribué à des économistes hétérodoxes, comme l'Indien Amartya Sen en 1998 ou les Américains Elinor Ostrom et Oliver Williamson en 2009. Ainsi qu'à Joseph Stiglitz en 2001 et Paul Krugman en 2008, qui remettent au goût du jour les thèses keynésiennes.

Aujourd'hui, la crise mondiale, l'intervention publique qu'elle a rendue nécessaire et la montée en puissance des pays émergents donnent une forte légitimité à ces nouveaux courants. Mais le modèle économique qu'ils proposent n'est pas encore achevé. Et leur influence politique reste faible.

L'idée que les marchés sont efficients et qu'ils peuvent s'autoréguler, celle que les agents économiques agissent rationnellement et recherchent leur propre intérêt, ou encore la thèse selon laquelle la monnaie est un "voile" dont la quantité n'influence pas la production mais seulement le niveau général des prix, ont longtemps été présentées comme des vérités premières.

Ces thèses dites néolibérales ou néoclassiques se sont cependant fracassées sur la réalité économique. La crise a montré leurs présupposés idéologiques. Le champ des questions s'est ainsi rouvert dans la communauté scientifique. "Les options keynésiennes avaient été balayées du champ universitaire dans les années 1970-1980 par le versant académique des "révolutions" thatchérienne et reaganienne, et aussi du fait de certaines de leurs faiblesses théoriques intrinsèques. Depuis lors, les options keynésiennes ont été retravaillées, aussi bien en macroéconomie, par Olivier Blanchard (l'économiste en chef du FMI), qu'en théorie de l'équilibre général, par Pradeep Dubey, Jean Drèze, John Geanakoplos ou Herakles Polemarchakis. Elles offrent une représentation de l'économie politique bien plus "réaliste" et "raisonnable" que l'utopie libertarienne. Reste à convaincre les politiques de s'en saisir", explique Gaël Giraud, chercheur au CNRS et membre de l'Ecole d'économie de Paris.

Pour Christian Walter, actuaire agrégé, chercheur au Centre de recherche sur l'analyse des risques financiers (Cefra) de l'Ecole de management de Lyon, la théorie économique néoclassique a privilégié le risque, croyant pouvoir le modéliser et le limiter, mais elle a ignoré l'incertitude, sur laquelle il convient de travailler à nouveau aujourd'hui : "Frank Knight ou Keynes distinguaient, dès les années 1920, le risque - où l'on peut appliquer le calcul des probabilités - de l'incertitude, qui échappe à de tels calculs. Face à l'incertain, Keynes proposait la solution de ce qu'il appelle des conventions, qui permettent d'agir en espérant une certaine stabilité de l'environnement économique. C'est le chapitre 12 de la Théorie générale."

De nouvelles approches émergent, qui répondent à ces problématiques, "par exemple l'école de la régulation, l'école des conventions ou l'économie des singularités. On peut penser que ces courants devraient prendre plus d'importance à l'avenir que la pensée néoclassique. Mais cela ne s'est pas encore traduit dans la politique économique, qui reste fondée sur l'idée d'une double norme classique de rationalité : pratique - celle des agents économiques - et théorique - celle des représentations mentales du risque", ajoute M. Walter.

Il note ainsi avec regret que "la machine à fabriquer des réglementations s'est remise à tourner dans sa logique d'avant-crise". Or "les normes prudentielles - Bâle 2 pour les banques, Solvency 2 pour les assureurs ou Ucits 3 pour les sociétés de gestion - ont été construites sur la seule conception du risque et n'assument pas l'incertitude. Elles s'appuient sur la théorie classique du comportement rationnel en cherchant à structurer les comportements humains réels par une rationalité pratique, mais mettent en place, en réalité, des règles du jeu pathogènes : cette approche, suivie par les régulateurs, a été un facteur très important dans le déclenchement de la crise". Pourtant, les Etats tardent à remettre en question leurs conceptions de politique économique. En dépit des pistes théoriques qui s'ouvrent, explique M. Giraud, "l'obstacle est plutôt politique, comme en témoignent la reculade sur la régulation des hedge funds, sous la pression britannique, et les tergiversations sur la dette grecque, sous la pression allemande".

"Il nous manque les outils pour anticiper avec précision ce que peuvent engendrer les bouleversements en cours des rouages de l'économie mondiale", explique de son côté Véronique Riches-Flores, chef économiste Europe de la Société générale.

"Les modèles économiques qui ont fonctionné depuis vingt ans sont malmenés, mais par quoi les remplacer ? Difficile d'identifier un modèle à l'avance. On ne pourra qu'appréhender dans la durée ce qui est en train de changer", explique-t-elle.

Elle cite l'exemple de la "courbe de Philips", qui décrit la relation inversée entre le chômage et les salaires, en l'occurrence distendue depuis le début de la crise : "L'inertie des comportements des salaires et des prix face à la montée du chômage est indiscutable. De nombreux économistes voient dans cette inertie un phénomène de retard d'ajustement. Je suis, pour ma part, tentée d'y voir les prémices d'un nouveau régime économique, à terme plus inflationniste. En 1969-1970, déjà, les courbes de Philips partaient dans le décor, deux ans avant le choc inflationniste. Je n'exclus pas que tel soit à nouveau le cas."

C'est donc en marchant que s'élaborera vraisemblablement le nouveau modèle économique, qui façonnera aussi les relations sociales. Mais ses prémices sont déjà présentes. "Depuis vingt-cinq ans, la priorité presque universelle a été la stabilité des prix et la lutte contre l'inflation. La crise a bouleversé l'ordre des choses. Le rôle des Etats, réduit à sa plus simple expression, revient au premier plan de la vie économique avec pour priorités la demande, la croissance structurelle, la gestion des dettes publiques engendrées par la crise et la régulation. Nous sommes à une charnière qui devrait aboutir à des changements structurels en profondeur", poursuit Mme Riches-Flores.

Elle juge aussi révélatrice la mise en cause de la stratégie économique allemande par la ministre de l'économie et des finances, Christine Lagarde : "L'Allemagne, perçue comme le modèle de la politique de l'offre, était il y a encore peu présentée comme l'exemple à suivre. On lui dit aujourd'hui : faites de la demande !"

Le poids accru des pays émergents - plus interventionnistes - joue aussi sur les conceptions économiques de la planète. "Le statut de la Chine s'est progressivement modifié au cours des années 2000, devenant au fur et à mesure de son essor, une source de demande plus que d'offre", observe Mme Riches-Flores. L'effet s'en est d'abord fait sentir sur les matières premières, mais s'étend progressivement aux biens de consommation. Les croyances d'hier ont montré leurs limites. Les nouvelles devront repenser un monde en mouvement.

 

Source LeMonde.fr

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Vendredi 5 mars 2010 5 05 /03 /Mars /2010 23:22
CG-Gers.jpg Depuis plus d’un siècle, l’emploi public local joue un rôle clef dans les relations entre l’État et les collectivités. Révélateur des rapports de force entre les différents échelons institutionnels et de l’évolution de l’emploi public, la fonction publique territoriale est aujourd’hui présentée comme l’avant-garde de la modernisation publique, même si les pratiques évoluent moins vite que les discours.

Au moment où le débat sur les rapports entre l’État et les collectivités territoriales se focalise sur les élus, élections régionales et réorganisation des mandats obligent, évoquer la situation des agents publics travaillant au sein des collectivités constitue un détour utile, quoique inattendu, pour analyser les dynamiques actuelles de dé- (ou de re-) centralisation. L’actualité des collectivités n’est en effet pas sans incidence sur les personnels.

Dans chaque région, le président porté au pouvoir après le 21 mars aura la possibilité de renouveler, non seulement les membres de son cabinet, mais aussi son équipe de cadres dirigeants : directeur général des services (DGS), directeurs généraux adjoints, directeurs des services techniques. Quant à la loi relative à la réforme des collectivités territoriales qui vient d’être adoptée en première lecture par le Sénat, elle laisse ouverte la question des personnels qui travailleront dans les huit nouvelles métropoles ou encore dans la « collectivité unique » résultant de la fusion d’une région et des départements qui la composent.

Dans chacun de ces cas, les mouvements de personnels, entre collectivités mais aussi entre administrations centrale et locales (une proportion importante des DGS départementaux et régionaux étant encore issue de corps de l’État), posent la question des spécificités de cette fonction publique, réputée plus politisée et davantage ancrée localement que son homologue nationale.

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l'emploi public local et la réforme de l'Etat

Source La Vie des Idées
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