Elections US

Lundi 2 mars 2009 1 02 /03 /Mars /2009 22:30

Au cours du siècle écoulé, seules deux élections présidentielles ont réellement bouleversé le paysage politique américain. La victoire de Franklin Roosevelt en 1932, qui donna l’avantage aux démocrates pendant toute une génération, et l’élection de Ronald Reagan en 1980, qui plaça le pays sous hégémonie républicaine pendant l’essentiel des vingt-huit années qui allaient suivre. Même s’il est trop tôt pour l’affirmer avec certitude, l’accession de M. Barack Obama à la Maison Blanche marque le début d’une période à nouveau propice aux démocrates.

Certes, M. Obama ne l’a emporté que de sept points environ (52,7 % contre 45,9 %), ce qui ne constitue pas un raz de marée. Mais une victoire écrasante n’est pas forcément le signe annonciateur d’un changement social susceptible de donner l’avantage à un parti sur le long terme. En 1964, Lyndon Johnson écrasait Barry Goldwater de vingt-trois points (61 % contre 38 %) ; en 1972, Richard Nixon battait George McGovern avec la même avance (60,6 % contre 37,5 %). Mais quatre ans après ces deux triomphes électoraux, c’est un candidat du parti adverse qui a occupé la Maison Blanche.

A l’inverse, une élection gagnée avec une marge plus modérée peut amorcer une révolution du paysage politique. L’exemple le plus parlant est celui de Reagan, qui, après une victoire de neuf points, reconfigura entièrement la politique américaine en posant le gouvernement fédéral comme « le problème et non la solution ».

Pendant un quart de siècle, les idées néolibérales qu’il incarna dominèrent le paysage idéologique et, lors de chaque élection, les démocrates furent contraints d’affronter les républicains sur leur terrain. M. William Clinton, le seul démocrate élu entre 1980 et 2008, le reconnut implicitement lorsqu’il déclara en 1996 qu’il fallait cesser de « toujours compter sur l’Etat ». En ce sens, M. Obama avait raison d’affirmer en janvier dernier, au grand dam de membres de son parti, que « Ronald Reagan a eu une influence bien plus profonde que Bill Clinton sur l’ensemble du pays ».

Cependant, l’importance de la victoire de Reagan ne devint évidente que quatre ans plus tard, lorsqu’il battit M. Walter Mondale de dix-huit points (59 % contre 41 %). C’est donc au terme du premier mandat de M. Obama que l’on saura si son élection a constitué un tournant. Plusieurs éléments semblent déjà l’indiquer. En effet, bien plus qu’une réaction à la crise financière, cette victoire est le résultat de tendances lourdes, qui suggèrent l’émergence d’une majorité démocrate capable de conserver le pouvoir sur le long terme. Six aspects sont à souligner en particulier.

Les jeunes

Ils ont voté pour M. Obama dans des proportions jamais vues jusqu’alors, celui-ci recueillant 66 % des suffrages de la tranche d’âge 18-29 ans contre 32 % pour M. John McCain. Or les grands réalignements politiques ont toujours pris leur élan dans ces classes d’âge, le rattachement à un parti se décidant très tôt et ne se modifiant que rarement par la suite. Ainsi, la génération qui porta Roosevelt au pouvoir en 1932 continua à favoriser les démocrates jusque dans les années 1960. C’est l’émergence de la génération Reagan au début des années 1980 qui permit aux républicains de dominer si longtemps la vie politique du pays. Le vote de 2008 semble confirmer une tendance longue favorable aux démocrates : le dernier candidat républicain à avoir emporté les suffrages des jeunes était M. George H.W. Bush en 1988, et son avance n’était que de cinq points.

La population hispanique

Connaissant une très forte croissance démographique, elle a basculé dans le camp démocrate. M. Obama l’emporte là aussi avec 66 % des suffrages contre 32 %, en très nette progression par rapport au précédent candidat démocrate, M. John Kerry (58 % contre 40 %). Cette population ayant été choquée par la manière dont les républicains ont abordé la question de l’immigration, ce basculement a de fortes chances d’être durable. Et le vote hispanique va prendre plus d’importance encore dans la vie politique américaine. La proportion de citoyens d’origine hispanique, qui était déjà de 12,5 % en 2000, devrait atteindre 20 % en 2020, et peut-être 30 % en 2050. Le choix électoral des jeunes Hispaniques, qui ont voté pour M. Obama à plus de 76 %, est donc particulièrement inquiétant pour les républicains.

Les fiefs historiques

M. Obama a rompu avec une tendance structurelle dangereuse pour les démocrates, dont les bastions électoraux perdaient peu à peu leur importance (1). Du fait de leur faible croissance démographique, les Etats de New York, de Pennsylvanie, de l’Illinois, du Michigan et du Massachusetts ont toutes les chances de perdre des grands électeurs en 2012. En l’absence de progrès électoraux notables dans les Etats républicains, ce déclin risquait de saper les bases du Parti démocrate. Mais M. Obama a fait bouger les frontières électorales en remportant la Floride, la Virginie, le Colorado et le Nevada, des Etats à forte croissance démographique. Et il a également obtenu des scores prometteurs dans d’autres fiefs républicains, comme le Montana. Les démocrates ont ainsi montré qu’ils étaient capables de progresser et de gagner partout, notamment dans le Sud et dans la région des Rocheuses. On ne peut pas en dire autant des républicains, largement battus dans tout le Nord-Est et sur la Côte ouest.

Les retraités

Le phénomène que les démographes désignent sous le terme pudique de « remplacement générationnel » va également éroder la base électorale des républicains. M. McCain a fait son meilleur score chez les plus de 65 ans, où il a battu M. Obama par 53 % des voix contre 45 %. Mais le temps va réduire inexorablement le poids de cette génération, et la suivante, les 45-64 ans, correspond à celle du baby-boom. Malgré la tendance des personnes plus âgées à voter davantage à droite, le Parti républicain craint de ne pas trop pouvoir compter sur les baby-boomeurs.

L’électorat flottant

M. Obama a fait une percée chez les indécis (les swing voters), dont les démocrates ont besoin pour rassembler une coalition. Il a convaincu 52 % des indépendants (qui constituent aujourd’hui 29 % de l’électorat) et 60 % des « modérés » (2). Il dépasse donc la performance de Reagan, qui, en 1980, avait rassemblé 55 % des indépendants mais seulement 49 % des « modérés ». Si ces résultats sont confirmés en 2012 et au-delà, ils contribueront à renforcer la majorité démocrate.

Les diplômés

Depuis plusieurs élections, les républicains perdent du terrain auprès des électeurs ayant suivi des études supérieures. La tendance s’est accentuée en 2008, M. Obama remportant 53 % des voix dans cet électorat. En 1988, les républicains dominaient cette catégorie de treize points (56 % contre 43 %), la partie la plus favorisée de la classe moyenne votant traditionnellement républicain. Mais les choses ont évolué au cours des vingt années écoulées, jusqu’au basculement constaté aujourd’hui. Comme les diplômés du supérieur participent beaucoup plus au scrutin que le reste de la population, au point de représenter aujourd’hui 45 % des suffrages exprimés, s’il y a un électorat que les républicains ne peuvent se permettre de perdre, c’est bien celui-ci.

Ces six tendances de fond suggèrent que la majorité qui s’est retrouvée autour des démocrates en 2008 a de bonnes chances de se renforcer lors des prochaines échéances électorales. Bien sûr, certains facteurs ayant contribué à la victoire de M. Obama — l’extrême impopularité du gouvernement Bush, le gigantisme de la crise financière, la guerre en Irak, le charisme du candidat — ne profiteront pas aux prochains postulants démocrates. Mais alors surgit un autre facteur, d’une importance capitale : la crise idéologique à laquelle est dorénavant confronté le Parti républicain, dont la méfiance instinctive envers l’Etat s’est transformée depuis Reagan en haine irraisonnée. Les événements récents, et les catastrophes mondiales qui vont en découler, ne peuvent que mettre à mal le dogme néolibéral. Les ravages de l’ouragan Katrina et la débâcle de Wall Street l’ont prouvé, les Etats-Unis ont plus que jamais besoin d’un gouvernement puissant et efficace, principe fondateur du progressisme américain depuis plus d’un siècle.

Rien ne prouve que M. Obama et les démocrates réussiront à saisir cette occasion historique, mais la possibilité de redonner une place centrale aux idées progressistes est désormais réelle. S’ils remportent leur pari, les historiens pourront comparer 2008 à 1980, année au cours de laquelle une victoire électorale qu’on ne peut pourtant pas qualifier de raz de marée marqua le début d’une réorientation fondamentale de la politique américaine.

(1) Lors de chaque recensement, les Etats dont la population augmente proportionnellement gagnent des élus à la Chambre des représentants et pour le collège électoral pendant que ceux dont la population diminue en perdent. La Chambre des représentants compte un nombre fixe de membres (435) et le collège électoral aussi (538). Au Sénat, en revanche, chaque Etat conserve ses deux élus, quelle que soit sa population.


(2) Les indépendants sont les Américains qui, au moment de s’inscrire sur les listes électorales et de choisir une affiliation politique (ce choix leur est demandé afin de déterminer la primaire du parti — républicain, démocrate, ou autre — à laquelle ils participeront), n’en déclarent aucune. La catégorie des « modérés », comme celle des « conservateurs » ou des « progressistes », est constituée lors de sondages d’opinion.


Jerome Karabel

Professeur de sociologie à l’université de Californie, Berkeley

Source Le Monde Diplomatique
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Samedi 8 novembre 2008 6 08 /11 /Nov /2008 19:42

Le président élu Barack Obama a affirmé samedi lors de sa première allocution à la radio qu'il n'y avait "pas un instant à perdre" face à la crise mondiale.

Le sénateur démocrate qui a remporté brillamment mardi l'élection présidentielle, a assuré aux Américains que son gouvernement "se mettra(it) au travail dès (sa prise de fonction) le 20 janvier parce que nous n'avons pas un instant à perdre".

A côté des mesures prises par l'administration de George W. Bush, notamment une aide de 700 milliards de dollars au secteur financier, les Etats-Unis "auront besoin d'autres actions pendant la période de transition et les mois suivants", a estimé le futur chef d'Etat.

Il a ainsi jugé indispensable "un plan de sauvetage de la classe moyenne (comportant) des efforts immédiats pour créer des emplois et soulager les familles qui voient leurs salaires se réduire et les économies de toute une vie disparaître". Face à une chute accélérée de la consommation aux Etats-Unis, les entreprises licencient à tour de bras. Le taux de chômage a atteint 6,5% en octobre, son niveau le plus élevé depuis 14 ans.

Le Congrès dominé par les démocrates pousse à l'adoption d'un plan de relance d'entre 60 et 100 milliards de dollars, prévoyant des investissements dans les infrastructures, créateurs d'emplois, et des aides aux propriétaires incapables de rembourser leurs emprunts, avant même l'investiture de M. Obama.

Pour le président élu, le gouvernement doit prendre des mesures pour stopper la propagation de la crise du crédit à l'économie réelle et s'assurer de l'efficacité du plan de sauvetage des banques de 700 milliards en préservant les intérêts des contribuables et en épaulant les propriétaires endettés.

A plus long terme, M. Obama a promis "un ensemble de politiques qui vont renforcer la classe moyenne et l'économie". Son programme électoral prévoyait de grands chantiers (routes, transports, réseaux de télécommunication), des investissements dans l'éducation et une extension de l'assurance maladie dont sont dépourvus 46 millions d'Américains.

"Certains des choix à faire seront difficiles, mais l'Amérique est un pays fort et capable de résistance", a-t-il poursuivi. "Je sais que nous réussirons si nous écartons l'esprit partisan et travaillons ensemble comme une seule nation", a-t-il encore dit.

Le New York Times a pour sa part souligné que Barack Obama, tout en prenant soin de dire que M. Bush était toujours le président en exercice, a déjà endossé l'habit présidentiel, semblant "aussi grave, expérimenté et prudent qu'un président qui aurait déjà franchi le cap des 100 jours".

Source L EXPRESS

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Mercredi 5 novembre 2008 3 05 /11 /Nov /2008 19:20
Un jour on contera les 60 jours qui ont changé le monde. C’est la concomitance de la crise du système libéral financier mondial, de la déroute des néo-conservateurs à la présidentielle Américaine et de l’élection de Barack Obama qui scelle ce moment d’Histoire. Il y a tout à la fois du symbolique et de l’économique qui rend le moment historique. L’Amérique blessée par le 11 septembre 2001, humiliée par le bourbier Irakien et déboussolée par la crise financière, a décidé de donner tous les moyens au changement… Une majorité démocrate au Sénat, à la chambre des représentants et bien sûr à la présidence.

Chacun a perçu le triple message d’Obama. Une nouvelle Amérique travaillant au multilatéralisme, quittant l’Irak, cherchant la régulation économique, voire travaillant à Kyoto II. Un Président reconquérant son pays et le réconciliant avec le monde.

La tache sera rude et d’abord financière. La quasi-désintégration du système bancaire, la recherche d’actifs sûrs, le resserrement du crédit pour l’économie réelle, l’effondrement des prix, des actions, la fragilité du marché des devises, l’affaissement du prix des logements aux USA, l’affolement des hedges funds.

Les risques sont grands… La récession est là… Et elle peut empirer au cas où la montagne de dettes privées - elle équivaut aux USA à trois fois le Produit Intérieur Brut - s’écroulerait. Elle entraînerait des faillites en cascade.Et nous connaissons les conséquences en terme de chômage, de chute des prix, la baisse des salaires, réelle. La mondialisation provoquerait une véritable pandémie récessive aux conséquences politiques incalculables faites de nationalisme et de populisme. Elle bousculerait la géopolitique, les oligarques Russes sont pris à la gorge par l’assèchement du crédit et la crise aura une onde de choc en Chine, sans oublier la grande dépression au Sud.

C’est dire que la victoire de Barack Obama indépendamment des questions géopolitiques, Irak et Afghanistan, Chine, Afrique etc. est la croisée des chemins.Les décisions qui vont être prises le 15 novembre au sommet du G 20 ainsi que celles que nous prendrons en Europe vont façonner l’avenir d’une génération. Et c’est dans ce contexte qu’il faut analyser le contenu de la victoire de Barack Obama. Pour amplifier le mouvement, ce dernier a petit à petit repris une partie du discours de Hillary Clinton.

Sous l’effet de la crise… il a été de plus en plus critique avec la « philosophie économique de Bush », comme le rapporte avec justesse Patrick Jarreau dans le Monde. Ila condamné la dérégulation financière. Il a attaqué cette idée défendue par notre ministre de l’économie, Mme Christine Lagarde que ce sont les riches qui font la croissance. Il s’est même démarqué du centrisme de Bill Clinton tout en endossant la ligne des démocrates sur les problèmes de société.

Il y a là une inflexion qui en France serait jugée de gauche. Les soixante jours qui ont changé le monde vont créer un nouveau contexte idéologique pour la gauche. Hier les théories politiques néo libérales discréditaient l’Etat au nom de l’efficacité du marché, de la valeur argent, un gigantesque « enrichissez-vous » dominait le monde. Une formidable pression à la concurrence entre les salariés était légitimée comme le meilleur moyen de maximiser l’activité économique pendant que le système bancaire fantôme et les marchés s’activaient sans frontière, spéculant sur une formidable bulle de capitaux fictifs pour mieux prospérer rapidement.

Tout ceci avait mis la gauche sur la défensive, entre acceptation ou résistance sans espoir de peser. Devant l’urgence économique et sociale du monde, la gauche n’est plus sur la défensive. Elle peut être à l’offensive, non pas pour défendre ou promouvoir le social libéralisme d’hier ni même la gauche socialiste et social démocrate d’avant-hier. Mais pour fonder un cour nouveau, une nouvelle gauche qui se fixe pour objectif la domestication écologique et sociale de l’économie de marché.

Les temps sont à gauche, saurons nous le saisir en France ? Quant aux USA maintenant « il » peut, mieux « il » doit.

Jean Christophe CAMBADELIS
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Mercredi 5 novembre 2008 3 05 /11 /Nov /2008 10:05
Barack Obama, 47 ans, est désormais le 44e président des Etats-Unis et le 4 novembre 2008 fera date dans l'histoire du pays. Il était juste après 5 heures, heure de Paris, lorsque les médias américains ont annoncé la victoire du candidat démocrate face à John McCain. Le sénateur de l'Illinois devient ainsi le premier président noir des Etats-Unis.

Moins d'une heure plus tard, il était sur la scène du Grant Park de Chicago,son fief, pour fêter sa victoire et assurer aux Américains que "le changement est arrivé". "Il a fallu longtemps. Mais ce soir, grâce à ce que nous avons accompli aujourd'hui et pendant cette élection, en ce moment historique, le changement est arrivé en Amérique", a-t-il lancé devant les quelque 240 000 personnes qui s'étaient rassemblées.

"Si jamais quelqu'un doute encore que l'Amérique est un endroit où tout est possible, se demande si le rêve de nos pères fondateurs est toujours vivant, doute encore du pouvoir de notre démocratie, la réponse lui est donnée ce soir", a ajouté le nouveau chef d'Etat américain, qui a rendu hommage à son rival et qui s'est dit "impatient de travailler avec eux".

"Il y aura des revers et des faux départs, a néanmoins prévenu Barack Obama. Nous n'atteindrons peut-être pas notre but en un an ou même en un mandat, mais il n'y a jamais eu autant d'espoir que ce soir, mais le peuple américain y arrivera (...)
"Il y aura des revers et des faux départs. Nombreux sont ceux qui ne seront pas d'accord avec chaque décision que je prendrai en tant que président et nous savons que le gouvernement ne peut résoudre tous les problèmes. Mais je serai toujours honnête avec vous quant aux défis auxquels nous sommes confrontés. Je vous écouterai, particulièrement lorsque nous serons en désaccord". 

Enfin, il a eu un mot pour la communauté internationale, qui attendait fébrilement le changement de régime à Washington.
"A ceux qui nous regardent ce soir au-delà de nos frontières, des parlements aux palais en passant par ceux qui sont assemblés autour d'une radio dans les coins oubliés du monde, nos histoires sont singulières, mais nous partageons le même destin".

"
A ceux qui voudraient détruire le monde, nous vous battrons. A ceux qui aspirent à la paix et à la sécurité, nous vous soutenons."

Puis le nouveau Président a rendu hommage à son adversaire "
John McCain a bataillé dur et longtemps au cours de la campagne, et il s'est battu plus durement et plus longtemps encore pour le pays qu'il aime. Il a enduré des sacrifices pour l'Amérique que la plupart d'entre nous ne peuvent même pas imaginer, et nous avons profité des services rendus par ce dirigeant courageux et altruiste".

"Je le félicite, ainsi que la gouverneure Palin ", et "je suis impatient de travailler avec eux".

S'adressant aux électeurs républicains, il a affirmé: "Je n'ai peut-être pas remporté votre vote, mais je vous entends, j'ai besoin de votre aide, et je serai également votre président".
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Mercredi 5 novembre 2008 3 05 /11 /Nov /2008 09:26

C’est fait, Obama est élu, et dans leur grande majorité, les Français se réjouissent, à juste titre. Les années Bush sont terminées, et l’espoir est de mise, même si bien des commentateurs nous expliquent que l’avenir ne sera pas un long fleuve tranquille –la crise américaine, financière, économique et sociale, est profonde, la guerre en Irak demeure un problème majeur...

Pourtant, la joie française présente quelque chose de troublant. Que veulent dire, en effet, cet enthousiasme, cet engouement électoral par procuration, en quelque sorte, alors même que de notre côté de l’Atlantique, nous sommes incapables de prendre les initiatives qui permettraient d’envisager des changements comparables à ceux qu’incarne Obama?

Ceci est vrai d’abord, et surtout, en matière de diversité et de reconnaissance des différences. Obama vient nous dire que les Etats-Unis sont entrés dans une ère post-raciale, où ce n’est pas un problème décisif que de voir la plus haute charge politique confiée à un Noir.

Ce passage a été préparé de longue date, par le bas, par l’arrivée à des postes de responsabilité de nombreux Noirs, maires, élus locaux, au Congrès, dans la haute administration, au gouvernement, mais aussi par une présence médiatique désormais entrée dans les mœurs, qu’il s’agisse d’informer ou de distraire.

Chez nous, les médias, malgré quelques progrès, sont loin du compte, et le volontarisme politique d’un Nicolas Sarkozy, imposant par le haut, au gouvernement, quelques personnalités issues des "minorités visibles" ne doit pas faire oublier les immenses résistances qui se jouent dans la société civile et les partis politiques, là où par exemple il faudrait ouvrir les conseils municipaux, généraux ou régionaux à des élus issus des minorités en question.

Notre pays aime bien mettre en avant ses valeurs universelles, il est fier de saluer l’élection d’Obama. Mais que fait-il, concrètement, pour aller dans le même sens? Où sont les élus issus de notre diversité? Où sont les journalistes issus des "minorités visibles"? De ce point de vue, on ne dira jamais assez à quel point la création du Cran (Conseil représentatif des associations noires de France), au sortir des émeutes d’octobre-novembre 2005, a constitué un important progrès, et qui appelle à être soutenu.

Considérons maintenant la victoire d’Obama pour ce qu’elle signifie du point de vue de la gauche américaine: la fin d’une période où les idées néo-libérales triomphaient, où la gauche semblait à court d’idées ou de programme; l’affirmation claire et nette que gauche et droite correspondent à des visions distinctes, et opposées, une conception de ce que doivent être le rôle de l’Etat, la solidarité, la prise en compte des inégalités.

Là aussi, la distance est énorme si nous considérons le système politique français. Le PS, car c’est de lui qu’il s’agit avant tout, a donné durant les années Hollande l’image de l’incapacité à penser l’avenir, et s’il ne se dote pas à Reims d’un leadership bien différent, il continuera à laisser au pouvoir actuel un véritable boulevard pour déployer sa politique.

Ne boudons pas notre plaisir: c’est une grande joie que d’assister ainsi au succès de Barack Obama. Mais nous ne sommes pour rien dans cette réussite, et nous ne pouvons pas nous contenter d’applaudir avec frénésie.

Si nous voulons donner tout son sens au résultat de l’élection américaine, nous devons agir pour reconnaître la diversité de notre propre société, contrer le racisme et les discriminations par des mesures volontaristes, et, en ce qui concerne le PS, nous devons peser pour qu’il se dote d’une direction efficace et inventive –ancrée à gauche, mais pas gauchiste; ouverte à l’Europe et au monde, mais ayant le sens de l’Etat et de la solidarité; intéressée par la culture, mais mobilisée contre les inégalités et les injustices sociales.

Le meilleur hommage que nous puissions rendre à Obama n’est-il pas de tenter de tirer de tels enseignements de la campagne qu’il vient de conduire à son terme?

 

Michel WIEVIORKA - Sociologue EHESS -

Tribune parue dans RUE89

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Mercredi 5 novembre 2008 3 05 /11 /Nov /2008 08:45

Il est cinq heures. Paris s'éveille et il pleut. Avec des dizaines d'amis, nous avons assisté à une des soirées électorales pour vivre en direct, malgré le décalage horaire, un moment que nous serons fiers d'avoir vécus quand nous feuilletterons les livres d'histoire dans quelques années. L'élection de Barack Obama. A ce stade, tous les résultats ne sont pas encore connus, mais la tendance est là, irréelle encore un peu. Les démocrates gagnent les élections et c'est un Afro-américain qui, pour la première fois sera président.

On reviendra sur les conditions, les conséquences, l'analyse du vote. Il y aura des milliers de pages et de commentaires sur cela. Laissons la politique de côté pour prendre la mesure des choses. Si Obama est un métis, sa victoire est celle d'un Noir et alors qu'on regardait les écrans pour voir si la Louisiane, la Virginie, l'Alabama ou la Géorgie voteraient pour lui ou non, il m'était impossible de ne pas penser à ceux qui n'auront pas vécu assez longtemps pour voir cela arriver.

Il y a une émotion réelle quand on pense à Rosa Parks, à Martin Luther King, à Malcolm X... Billie Holliday qui chantait Strange fruit, John Coltrane qui avait composé Alabama après l'incendie d'une église. Huey P. Newton, Fred Hampton, Bobby Hutton, Stokely Carmichael... Frederick Douglass, W.E.B. DuBois ou Booker T. Washington, Alex Haley, Paul Robeson, Nina Simone, Duke Ellington, Dorothy Dandridge, Curtis Mayfield, Marvin Gaye ou Isaac Hayes, tous ces artistes, militants, intellectuels ou anonymes qui sont morts trop tôt, assassinés parfois, qui ont chacun dans son style ou dans son époque lutté pour la fierté d'un peuple et l'égalité des droits. Ceux qui sont encore vivants se souviennent.

Ont-ils jamais douté que ce jour viendrait ? Muhammad Ali, Jesse Jackson, Andrew Young, Maya Angelou, Tommie Smith, Spike Lee, Public Enemy ou Cornell West... Ceux qui étaient courbés dans les champs de coton ou sur les chaînes de montage ont-il imaginé qu'un jour, il y aurai à la Maison Blanche, un Noir dans le Bureau ovale ? Pas pour le nettoyer, mais pour l'occuper comme 44e président ?

Mais cette victoire est aussi celle d'un peuple. Le peuple américain qui vient de donner au monde entier une leçon de démocratie et d'humanité d'autant plus grande que tout a semblé naturel. Oui, les hommes peuvent changer le monde et c'est aussi parce que je crois en cela, que je crois dans la politique.

Enfin, comme aurait dit Léon Blum, les difficultés commencent.

Pierre KANUTY
Source  http://pek.blogs.com/pek/
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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /Nov /2008 10:42



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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /Nov /2008 10:29

Il y a les sondages, toujours plus favorables à Barack Obama. Il y a ce désarroi du camp républicain qui désespère tant de sa victoire qu’un de ses idéologues les plus mordants commençait, hier, un éditorial par cette phrase : « Barack Obama remportera probablement l’élection présidentielle de 2008 ». Il y a, surtout, cette atmosphère d’évidence qui entoure le candidat démocrate, partout perçu, par anticipation, comme le vainqueur de ce soir parce qu’il est – l’adjectif revient dans toutes les bouches – « brillant », exceptionnellement brillant, ce qu’il est effectivement.

Une élection n’est jamais jouée d’avance mais pourquoi celle d’aujourd’hui le parait-elle à ce point ? La réponse a un nom, Bush, Georges Bush, qui apparaît aujourd’hui à ces mêmes Américains qui l’ont, pourtant, élu deux fois comme le plus catastrophique de leurs présidents. Les trois quarts d’entre eux considèrent tout simplement qu’il a nui à leur pays car les faits sont là, indéniables et reconnus.

Georges Bush a engagé les Etats-Unis dans deux guerres, l’Irak et l’Afghanistan. Il les a si mal conduites que la seconde apparaît perdue tandis que la première a considérablement renforcé l’Iran. Ces guerres ont creusé les déficits américains, occasionné d’innombrables pertes et causé d’effroyables destructions sans apporter le moindre bénéfice. Elles ont, au contraire, valu aux Etats-Unis, sur les cinq continents, une impopularité, voir une haine, qu’ils n’avaient jamais connues et, pire que tout, après la crise financière, c’est la récession qui attend, maintenant, l’Amérique.

L’étonnant, dans ces conditions, serait que les Démocrates n’aient pas le vent en poupe, que l’alternance ne joue pas, mais ce n’est pas un simple changement de majorité que ce pays devrait vivre ce soir. C’est bien plutôt une révolution qui s’annonce.

Une révolution pacifique mais rien de moins. Au siècle passé, l’Amérique en avait connue trois – celle du New Deal et de l’Etat providence ; celle des années soixante, bataille pour les droits civiques, débuts du féminisme et libération sexuelle ; celle enfin du reaganisme, la « révolution conservatrice » qui avait proclamé que « l’Etat n’était pas la solution mais le problème », sans cesse réduit la redistribution par l’impôt et massivement diminué les aides sociales comme les investissements collectifs.

Ce fut l’ère libérale mais, si le candidat démocrate est bel et bien élu, les nécessités du moment et le discrédit de cette période changeront tout. Ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton et proche de Barack Obama, Robert Rubin exposait, hier, dans le New York Times, les mesures qui lui semblent s’imposer désormais. Il faut, disait-il, recourir au déficit budgétaire ; stimuler la demande par l’investissement public dans l’éducation, l’énergie, la santé ; revenir sur les réductions d’impôt accordées aux plus riches ; permettre aux syndicats de négocier d’égal à égal avec les entreprises afin que les salariés reçoivent une part équitable de la croissance et admettre que la protection des travailleurs n’est pas du protectionnisme.

C’est le retour à Keynes, un programme social-démocrate et c’est celui que Barack Obama s’efforcerait d’appliquer dans une Amérique qui y est prête.

 

Source Bernard GUETTA

Chroniqueur Géopolitique France Inter


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