Politique

Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 11:21

peuple.jpg Le problème est simple en apparence : nul ne peut gagner l'élection présidentielle s'il n'est capable de mobiliser la majorité des suffrages des catégories populaires.

C'est le cas pour toute élection présidentielle, en raison notamment de la forte participation populaire qui distingue ce scrutin des autres. Mais c'est plus encore le cas cette année. Le peuple ayant fait un retour inattendu sur le devant de la scène politique française à l'occasion de la campagne.

"Retrouver le sens du peuple !" Voilà en effet le cri de ralliement de tous les candidats à l'élection présidentielle. Non tant parce que le Général de Gaulle a voulu en 1962 qu'elle soit cette fameuse rencontre entre un homme (il ne pensait pas à une femme à l'époque...) et le peuple français que parce que face à une crise sans précédent depuis un demi-siècle, chacun sent bien que la lassitude et le mécontentement populaire pourraient tourner à la révolte dans les urnes. Abstention bien sûr mais aussi vote de protestation pour des candidats vite qualifiés de populistes.

C'est donc entre injonction populaire et menace populiste que se joue une bonne partie de la campagne présidentielle de 2012.

Ce "peuple" qui renvoie les politiques à leur impuissance sondage après sondage, ce sont d'abord et avant tout les catégories populaires - même si une partie de l'insaisissable "classe moyenne" n'est pas loin. Ce sont ces ouvriers, ces employés et ces retraités issus des deux CSP précédentes de l'Insee qu'il faut majoritairement conquérir pour gagner l'élection présidentielle. Ce qu'a fait précisément Nicolas Sarkozy en 2007, en les mobilisant fortement (alors qu'elles s'abstiennent plus que d'autres) et en les arrachant, en grande partie, au vote FN qui avait été leur premier choix en 2002 - à l'époque Lionel Jospin avait obtenu un piètre 12% chez les ouvriers et 13% chez les employés, loin derrière Le Pen et Chirac. C'est d'ailleurs le soutien de ces catégories qui manque cruellement à la gauche depuis 1988 pour gagner une élection nationale, présidentielle bien sûr mais encore législative - à l'exception, toute relative, de la victoire aux législatives "de la dissolution" en 1997.

Cette année, chacun des candidats se bat donc pour la (re)conquête de cet électorat-clef. A juste titre puisqu'il représente encore, n'en déplaise aux faux experts ès-élections du think tank Terra Nova notamment, une large majorité des électeurs inscrits. Et, devrait-on ajouter, qui dans le contexte de crise que nous traversons, voit ses conditions sociales se dégrader plus vite que n'importe quelle autre catégorie sociale. Ce qui crée non pas une identité collective, comme ce fut le cas au temps de la classe ouvrière, mais à tout le moins une condition commune : celle de la France des fins de mois qui commencent de plus en plus tôt, d'une France largement invisible dans les médias, qui souffre en silence, comme l'a d'ailleurs souligné la quasi-totalité des candidats.

C'est pour le président sortant que le problème se pose avec le plus de difficulté. Il ne pourra pas réitérer son exploit de 2007. Il doit cette année défendre son bilan. Celui du président des riches et des privilégiés qui a trahi la promesse faite il y a 5 ans à la "France qui se lève tôt", celle de lui redonner du pouvoir d'achat et un avenir pour ses enfants. La crise historique que nous traversons n'explique pas tout de cette faillite ; les Français, les plus modestes en particulier, le savent. Les attaques répétées contre la gauche, ses 35 heures et sa retraite à 60 ans ne portent pratiquement pas. Le seul espoir de réélection de Nicolas Sarkozy tient à la faiblesse potentielle de ses adversaires.

Ceux de la droite et du centre évidemment au premier chef. Ainsi un François Bayrou qui arriverait assez haut dans les intentions de vote pourrait-il menacer directement la qualification du président pour le 2nd tour. La multiplication des candidatures à sa droite pouvant lui faire perdre de précieux points, à la manière de ce qui est arrivé à Lionel Jospin à gauche en 2002. Sans une part significative du vote populaire, le président de la République ne peut pas surmonter ces aléas. Sans son socle de 2007, il peut donc tout perdre.

C'est aussi tout l'enjeu de la campagne pour François Hollande. Il a un boulevard devant lui mais encore faut-il qu'il sache dans quel sens l'emprunter ! Pour ramener vers lui le vote populaire, il n'a guère d'autre choix que d'aller de l'avant... sur deux jambes. D'une part, en proposant un programme économique et social ambitieux, celui d'une rupture à la fois effective, visible et lisible, avec le désordre et l'inégalité régnantes. C'est la réforme fiscale qui est l'arme principale d'une telle révolution. Profonde, radicale et égalitaire, elle est en effet dernier outil dont dispose l'Etat national dans un cadre européen et mondial aussi incertain que difficile à infléchir. D'autre part, en prononçant un discours d'autorité et de rassemblement du peuple, de la nation précisément, autour d'un projet républicain réaffirmé et renouvelé. Celui-là même que la gauche a oublié et perdu depuis tant d'années, entre pouvoir et opposition, entre dilution locale et errements doctrinaux.

Cette élection est un moment privilégié pour la gauche pour se réapproprier ces dimensions matérielles et symboliques. Il reste 3 mois à son principal candidat - les autres, Jean-Luc Mélenchon, Eva Joly ou Jean-Pierre Chevènement notamment ne pouvant en rien lui disputer ce statut - pour non seulement gagner mais pour le faire dans les meilleures conditions possibles. Celles qui lui seront indispensables s'il veut gouverner dans la durée, et pas seulement pendant quelques courtes semaines d'état de grâce, si tant est qu'il y en ait un.

Ce qui complique sérieusement l'affaire, c'est qu'en face il y a désormais Marine Le Pen. Et c'est elle qui pour le moment possède la clef du vote populaire, composante essentielle de ses 20% d'intentions de vote régulières. Un tel capital ne la conduira certainement pas à la victoire mais peut l'emmener suffisamment loin, et pourquoi pas au second tour, comme son père en 2002, pour faire trembler l'ensemble de l'édifice politique français. Si une telle situation devait se produire, contre François Hollande en particulier, celui-ci ne connaîtrait qu'une victoire à la Pyrrhus. Le pays serait ingouvernable. Et dès les législatives, la véritable "barrière d'espèce" construite dans la douleur parfois (souvenons-nous des régionales de 1998 !) entre droite de gouvernement et FN pourrait bien disparaître, définitivement. Les triangulaires qui ont si souvent profité à la gauche depuis des années ne seraient plus alors qu'un souvenir.

Quoi qu'il arrive, l'élection de 2012 marquera la fin du système politique mis en place depuis plus de 20 ans, celui qui a tenu le FN à sa lisière. Ce qui lui a d'ailleurs permis de prospérer, de devenir le refuge des votes contre ce système justement. Aujourd'hui, si une partie de la droite se lepénise à grande vitesse, le FN se banalise aussi, en grande partie. De ce double mouvement pourrait bien naître, dès l'élection du printemps, un casse-tête politique bien plus douloureux encore pour la gauche que l'échec national qu'elle subit depuis des années.

Laurent BOUVET

Professeur à Sciences Po PARIS

Source Le HuffingtonPost.fr

Par SD32 - Publié dans : Politique
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Mardi 29 novembre 2011 2 29 /11 /Nov /2011 21:40

dsk-29112011.jpg Socialisme & Démocratie 32 publie ce texte de Gaël Tchakaloff ( Le Nouvel Economiste ) dans lequel il nous parle du nouvel état d’esprit de Dominique Strauss-Kahn, de ce qu’il est, de ce qu’il ressent, de ce qu’il a décidé de faire, de ses interrogations.

Un texte poignant où l'on découvre un homme dont on mesure trop l'absence aujourd'hui, dans le débat politique et la gestion de cette crise qu'il avait su juguler, en son temps, par des réponses lumineuses et des actions pertinentes.

Dominique avait fait fi des vieilles recettes, bousculé les théorèmes dépassés et affronté le spectre spéculatif avec l'intelligence d'un joueur capable de découvrir ses pions pour mieux anéantir l'adversaire.

 

Le vrai DSK par Gaël Tchakaloff

 

Héros contemporain du mythe camusien, il a refusé les codes politiques, sociaux et sociétaux, au nom de la liberté individuelle. En armant contre lui ceux qui poursuivent sa chute, il semble avoir appliqué, à la lettre, la théorie de l’absurde. Retrouvant son tempérament révolté, il décide désormais d’arracher une à une les griffes de sorcières médiatiques et politiques qu’il n’avait pas suffisamment vues pousser.

Le mythe de Sisyphe


L’humour, la joie, l’enthousiasme, la capacité à transformer un instant banal en situation exceptionnelle. Cela, c’est ce qu’il était avant. Plus provocateur que léger, il avait décidé de se faire aimer tel qu’il était. Tant pis pour les autres, ils resteraient sur le bas-côté. Recherchant le bonheur au gré de ses amitiés tribales, de la musique, des jeux de go, d’échecs ou de poker, des bonnes tables, du travail intellectuel, de sa capacité à séduire les hommes autant que les femmes…

Il refusait les codes établis : psychologiquement, ils contraignaient sa liberté ; philosophiquement, ils rétrécissaient le champ des possibles ; intellectuellement, ils induisaient des raisonnements étriqués. Mêlant l’hédonisme au besoin d’être aimé, il s’arrangeait toujours pour jouer à armes égales avec son interlocuteur (à condition qu’il ne soit pas son adversaire). Il avait autant de plaisir à fréquenter l’élite du pouvoir que le bistrotier du coin de la rue.

Il admirait ceux qui accumulaient les excellences variées. Il avait autant le goût des mots que celui des chiffres, celui du chocolat que celui de la vodka. Mais tout cela, c’était avant. Avant que ne surgissent trois questions lancinantes : Pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ? Comment a-t-il pu ? Nous ne détenons pas tous les réponses à nos interrogations les plus profondes. Il n’est pas question de revenir ici sur des faits qui ne pourront être précisément retracés que par le travail commun de la justice et des parties impliquées dans les affaires. On peut néanmoins se demander pourquoi une telle déferlante médiatique s’est abattue sur Dominique Strauss-Kahn depuis le mois de mai.

Son tempérament peu précautionneux, son mode de vie et les conditions de son arrestation aux Etats-Unis n’expliquent qu’une partie du raz-de-marée. Plusieurs présidents français ou étrangers ont été des maris volages, plusieurs grands managers internationaux ont négocié des gros contrats entre deux libertinages, sans que les médias choisissent d’étaler tout cela sur la place publique. Contre toute attente, cela a été fait plus que de mesure, notamment dans le cadre de l’affaire du Carlton. Personnellement, je ne sais pas de quelle manière John Fitzgerald Kennedy faisait l’amour avec Marilyn Monroe.

Mais je sais désormais précisément, et sans le vouloir, l’intimité supposée d’un homme qui n’a pas encore été entendu dans le cadre d’une procédure judiciaire. Un homme dont le nom et les agissements potentiels ont fait grimper le chiffre d’affaires d’une presse économiquement condamnée à un cortège funèbre qui lui fait perdre la tête, cherchant à tout-va les ventes dont elle se sait bientôt privée.

Résolument, le prisme de la crise économique a également modifié ce que nous demandons à ceux qui nous gouvernent. La rationalité des personnalités doit l’emporter sur le reste de leur ADN. La compétence et la vision sociétale passent après la morale. Et depuis le 14 mai 2011, la morale est devenue le synonyme de la responsabilité. Il semble entendu qu’un homme aux mœurs dissolues ou un mauvais mari est un irresponsable politique.

Et cela a été implicitement revendiqué par les médias (notamment sur le plateau de France 2, fin mai 2011), bien avant l’issue pénale de l’affaire Diallo. Par extension, un mauvais père de famille serait-il aussi un irresponsable politique ? Paradoxalement, la pression qu’induit le pouvoir conduit les hommes politiques à décompresser ou décompenser, plus que de raison. Ils sont nombreux à le faire, pour le moins en France.

Que les journalistes politiques féminines qui n’ont pas été poursuivies par une drague assidue de certains membres du pouvoir exécutif actuel lèvent le doigt. Je crains qu’elles soient peu nombreuses.

Le malentendu


Les amalgames nuisent à la vérité, mais il semble que les médias n’en aient cure. Du Sofitel au Carlton, en passant par l’affaire Tristane Banon, la liste des agrégats hasardeux est longue. Si bien que la différence n’est plus faite entre un violeur maladif et un séducteur libertin qui drague avec insistance, s’organisant une vie personnelle marginale… Développé par les médias, l’amalgame s’est propagé jusqu’au cercle rapproché de Dominique Strauss-Kahn.

Le triple choc correspondant à l’accumulation des trois affaires sus-citées, a entraîné la désertion des troupes sur le thème de la trahison. “Il aurait dû nous dire”, clament certains, qui se sont engagés de près à ses côtés l’année d’avant. C’est vrai, il aurait dû, mais peut-être ne pouvait-il ou ne voulait-il pas, soit par honte, soit parce qu’il n’avait pas pris la mesure des répercussions et des risques induits.

A cet endroit s’opère le tri sélectif entre ceux qui appartiennent au cercle de l’amitié, envers et contre tout, et ceux qui se sont présentés comme étant ses amis, quittant pourtant la route au troisième virage. Le problème réside dans le fait que nombre de ses amis travaillaient à ses côtés. Affaire d’opportunisme pour ceux-là, affaire judéo-chrétienne pour d’autres, considérant qu’ayant fait des bêtises, l’homme doit tout assumer.

Et tout seul. Le paradoxe entre l’hyper-réalisme d’un manager international gérant des problématiques économiques et financières planétaires et la déconnexion des comportements à risques dans le monde réel en a choqué plus d’un. Quoi qu’il en soit, ce comportement reste commun à beaucoup de gens de pouvoir, quand s’opère la bascule de la surpuissance, liée aux contenus traités, aux personnalités rencontrées et à la disparition de l’espace temps, réduit aux heures passées dans les avions autour de la planète. Ceci n’excuse pas cela. C’est un fait communément répandu. Voilà tout.

L’homme révolté


A qui profite le crime ? C’est, semble-t-il, la question que se pose aujourd’hui Dominique Strauss-Kahn. Jusqu’au-boutiste, décidé à prouver qu’aucun de ses agissements n’est pénalement répréhensible, en dépit d’égarements relevant de sa vie personnelle, il a choisi de ne pas négocier. Ni dans le cadre de l’affaire américaine, ni – on pourrait le supposer – dans le cadre de l’affaire Banon.

Même scénario pour l’affaire Carlton, puisqu’il demande à être entendu, ce qui laisse présager de la ligne défendue. La question qui demeure en suspens reste celle de l’étalage judiciaire à tiroirs qui a suivi le scandale new-yorkais, à propos duquel on peut, à ce jour, penser que la théorie du piège est devenue l’hypothèse de travail privilégiée. En ce qui concerne Tristane Banon, son avocat ayant annoncé envisager de déposer une plainte dès le 16 mai 2011 – c’est-à-dire deux jours après l’arrestation de DSK -, il semble entendu que la connexité médiatique des dossiers ait pu motiver la jeune romancière. Quant à l’affaire du Carlton, reste encore à découvrir le cadre précis du déclenchement de cette instruction, voire, si les langues se délient, quels en sont les commanditaires. La question n’est plus de savoir si l’homme avait des faiblesses.

La question ne consiste plus à se demander s’il les a suffisamment encadrées ou contrôlées. La seule question appartenant à la sphère publique qui demeure sans réponse aujourd’hui est celle de l’organisation du déroulé médiatico-judiciaire, dont l’avalanche ne peut être naturelle, tant sont concomitantes les superpositions de faits potentiellement reprochés. Le Parti socialiste est affaibli, l’homme traqué cherche les maîtres d’œuvre des révélations en cascade autant que la vérité de leurs mobiles.

Il a connu le pire à l’époque de Rikers Island. Il a connu des jours meilleurs, au mois de juillet, caressant l’espoir d’une procédure accélérée, avant que ne surgisse le tournant racial de l’affaire new-yorkaise. Rentré à Paris au mois de septembre, il a retrouvé l’envie de vivre normalement. Mais, très vite, un nouveau rebondissement l’a affaissé… Dans L’Etranger, le héros est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu de la société dans laquelle il vit.

Il ne montre pas d’émotions, se contentant de regarder avec distance l’enchaînement des faits. Pour ceux qui ouvrent les yeux, l’émotion de Dominique Strauss-Kahn est visible, autant que sa volition à faire émerger la vérité. De gré ou de force, l’homme est confronté à lui-même autant qu’à l’humanité réelle ou défaillante de ceux qui l’encensaient, encore récemment. Pendant plusieurs semaines au mois d’octobre, les interventions de ses avocats se sont raréfiées.

Puis, il est parvenu à en convaincre d’autres de l’aider. Pendant plusieurs semaines, ce même mois, les visites se sont espacées, la barbe a poussé, le regard s’est égaré, certainement lié à la déception qu’il a de son proche entourage autant que du comportement des amis de toujours qu’il avait dans la presse, ceux-là n’ayant pas su le contacter pour vérifier certaines informations… L’homme n’est plus à terre. Il s’est redressé.

Comme dans Camus, il n’est pas question de quitter la vie, il est question de démontrer sa vérité. Et cela, d’abord et avant tout, par des voies juridiques et judiciaires. On est bien loin du concept marketing de la “faute morale” que les communicants lui ont fait réciter, cherchant trop tôt la réconciliation avec l’opinion, alors que les procédures en cours interdisaient la formulation de la réalité passée.

Peut-être la livrera-t-il plus tard ou peut-être jamais. Car il appartient à la justice seule de décider du caractère pénalement répréhensible des faits reprochés. Si ce n’est pas le cas, personne n’a à connaître les dessous d’une vie privée et intime qui n’appartiennent qu’à Dominique Strauss-Kahn. Qui aurait osé demander à Nicolas Sarkozy de venir publiquement expliquer les hypothétiques tromperies dont la presse se faisait l’écho à l’égard de sa précédente épouse ? Qui aurait eu l’audace d’en livrer le détail ? Personne. Et c’était louable.

Par SD32 - Publié dans : Politique
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Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 11:06

dsk-chronique-d-une-execution.jpg Dans cette Chronique d’une exécution, Ivan Levaï, journaliste mais aussi Président de l’association Presse- Liberté, décrit le rôle "infamant" joué par la télévision et témoigne des dérives d’un système médiatico-judiciaire où le lynchage d’un homme de pouvoir précède le procès.  Ni avocat ni procureur , il s’efforce de dépasser le temps de l’émotion pour mieux souligner un nouvel échec de la justice des hommes.

Ironie de l’histoire, Ivan Levaï vient d’accorder une interview, sans concession mais d’une franchise redoutable, à L’Express, hebdomadaire tant décrié pour son manque d’objectivité et qualifié  de "tabloïd " par Dominique Strauss-Kahn.


Au fil des mots, Ivan Levaï prononce cette phrase terrible qui fait froid dans le dos " Dominique est toujours vivant mais, chaque fois que je le vois, je ne peux m'empêcher de penser à Pierre Bérégovoy... ". Elle résume, à elle seule un sentiment de profond désarroi et d'inquiétude qui entoure cette affaire. Au moment où se déroulent les primaires, qui auraient du voir Dominique Strauss-Kahn largement plébiscité, cette similitude avancée  entre les deux hommes par Ivan Levaï devrait conduire les politiques, la presse et une certaine opinion publique à défaut d'autocritique, à plus de retenue.

Philippe PUGNET

 

L'interview

 

L'Express : Comment fait-on pour ne pas tomber dans le piège du parti-pris, quand on sait vos liens de proximité étroits avec le couple DSK-Sinclair?

Ivan Levaï: Une longue pratique journalistique, vieille de 45 ans, suffit. Ce métier m'a principalement appris à me mettre à la place de l'autre. On sait que le lecteur ou l'auditeur vous lit ou vous écoute avec des passions et des positions diverses. Or dans cette affaire, je me suis mis d'emblée non seulement à la place de Dominique, cet homme emporté dans un toboggan infernal, mais également à la place de ceux qui suivaient chaque jour ce feuilleton. De la même manière, je me suis mis à la place d'Anne, qui a été ma compagne durant 15 ans. Et je n'ai pas eu plus de difficulté à me mettre, sans efforts, à la place de cette jeune femme africaine, qui s'est trouvée embringuée, pour mille et une raisons, dans une histoire qui la dépasse.

Vous faites le récit d'un emballement médiatique généralisé. C'est oublier l'emballement policier et judiciaire qui le précéda...

J'ai considéré que je n'étais pas suffisamment armé pour pouvoir juger des mécanismes d'une justice américaine complexe. J'aime l'Amérique, de manière irraisonnée, mais je déteste ses moeurs. Je déteste son puritanisme et j'ai, bien sûr, durement vécu la condamnation à mort de ce pauvre Troy Davis! Quelle société lamentable, faite d'inquisition et d'exécutions sommaires! Et que n'a-t-on fait subir à Bill Clinton en son temps! Evidemment, il y eut un coup de canif dans le contrat. Evidemment, il y eut Monica Lewinsky. Et alors? Je me suis retenu pour ne pas dire, dans le cadre de l'affaire DSK, que la police de ce grand pays s'était comportée de manière dégueulasse. Et que Dominique Strauss-Kahn avait été exécuté bien avant d'être jugé. Guillotiné oui, et guillotiné sèchement! Et nous tous, vous, moi, les médias, ont assisté au spectacle de sa mise à l'encan. Robert Badinter me racontait, il y a peu, que la dernière femme condamnée à mort en France, sous le régime de Pétain, avait été jugée pour avoir aidé une femme à avorter! Et ce dont il me parlait avec effroi ne date pas d'un siècle. C'est à se demander si nos sociétés ont vraiment progressé... Je n'en veux pas à la presse française, qui s'est abreuvée à la même source, c'est-à-dire aux informations délivrées par la police de Manhattan. En revanche, j'en veux terriblement aux chaînes de télévision de notre pays d'avoir diffusé les images d'un Dominique menotté et jeté en pâture tel un chien. Toutes ces images étaient à pleurer et à vomir. Car lorsque l'on vous a vu une seule fois ainsi entravé, vous êtes mort. Dominique est toujours vivant mais, chaque fois que je le vois, je ne peux m'empêcher de penser à Pierre Bérégovoy...

Et en quoi cette affaire est-elle révélatrice des travers de la presse française? 

Elle a magistralement démontré que ce métier était emporté dans une spirale où la vitesse prime : le politique va trop vite, le médiatique va trop vite, le judiciaire cherche tragiquement son rythme et le monde de la finance dicte le sien. Hubert Beuve-Méry, l'ancienne figure du Monde, disait: "Le journalisme, c'est le contact et la distance ". Qu'en reste t-il ? Toute la presse française fonce à tombeau ouvert sur le tapis roulant de l'information, sans nuances, ni recul. Pire que cela, la presse française, faute de moyens, s'abreuve à la même source, Internet. Et elle participe à ce que j'appelle le tribunal de l'opinion. Tout a basculé dans la vie de notre planète, le jour où l'on a fait pénétrer le sexe sale dans le bureau ovale de la Maison Blanche, quand le cigare de Bill Clinton est devenu un sujet et que les dernières digues ont sauté. C'est dingue. Et j'entends déjà les questions: "Mais, Ivan Levaï, savez-vous ce qui s'est passé dans cette fameuse suite du Sofitel ?" Ma réponse est oui ! "DSK vous l'a dit, Nassifatu Dialo vous l'a dit ?" Non, ils ne m'ont rien dit, ni l'un ni l'autre, mais j'imagine ce qui s'est passé dans cette suite, ayant eu tout le temps de bien examiner cette affaire, depuis. Et j'ai eu honte quand j'ai lu dans la presse française qu'il y avait sur la moquette de cette chambre du Sofitel des traces de sperme, avant que l'on découvre, dans le rapport du procureur, qu'elles n'émanaient pas toutes de Dominique Strauss-Kahn ! 

Nous vivons les derniers soubresauts d'une Cinquième République moribonde: On est sorti d'une période de dissimulation, qui a permis à François Mitterrand d'organiser sa vie privée comme il l'entendait, pour entrer dans une époque où tout doit être mis sur la table. Demain, les candidats à la magistrature suprême devront se soumettre, au nom d'une obligation de transparence implacable, au feu roulant des questions les plus déplacées, posées par une presse inquisitrice. Et c'est celui qui vient d'écrire un livre distancié sur une affaire qui touche le second mari de son ex femme, lequel est devenu un ami, qui vous parle. Le contact et la distance... Moi, je ne suis pas allé à TriBeCa... 

Pourquoi?

Je ne voulais pas les soumettre à mon regard. Mais je sais ce qu'ils ont vécu : Anne et Dominique lisaient la presse française et on les informait. C'est le rôle des communicants, et je suis journaliste. Si on m'avait posé la question, je lui aurais déconseillé cette prise de parole sur TF1. Mais je comprends aussi son désir farouche de clore ce chapitre. 

Comment l'avez-vous trouvé? 

Il a été taureau et il est entré bravement dans l'arène. Les aficionados n'ont pas applaudi et le torero, Chazal, s'est pris quelques coups de corne, au passage. Et si encore une fois, on m'avait demandé mon avis, ce que je ne recherchais pas, j'aurais dit: "On va chez Delahousse". Mais tout cela est bien secondaire. En revanche, je suis hors de moi quand on attaque Anne. Or il y a maintenant une certaine presse qui commence à écrire que, " C'est de sa faute ". C'est proprement scandaleux. Quel choix lui laisse-t-on entre le portrait d'une imbécile et celui d'une épouse abimée, déstabilisée, mais heureuse? Tout cela est ignominieux. Vous savez, j'en veux bien moins à ceux qui n'ont vu "que" Nassifatu Dialo et Tristane Banon, qu'à tous ceux qui se sont gobergés sur les pâtes aux truffes de DSK et sur la Porsche Panamera. Ce point d'exclamation sur le train de vie supposé de Dominique et ces sous-entendus insidieux sur l'origine de la fortune familiale d'Anne me mettent en rage. 

Comment avez-vous vécu la prise de distance avec DSK de certains de ses amis politiques au sein du PS, jusque parmi certains strauss-kahniens ?

Ils ont fait de la politique : soutien et compassion d'abord, distance ensuite. C'est la vie. La classe politique, comme les médias, a surfé en permanence sur l'état de l'opinion en ajustant souvent son discours en fonction des évènements: c'est une forme de clientélisme. Je pourrais les nommer sur les doigts d'une main ceux qui, à gauche, sont restés solides et fidèles: les autres, je les appelle les curés, mieux, les ayatollahs roses. 

Etes-vous de ceux qui pensent que l'affaire DSK, lors de son démarrage, a pu être orchestrée de Paris par des officines proches de l'Elysée? 

Non. Tout comme je pense que Dominique et son entourage se trompaient quand ils disaient qu'ils auraient à gérer trois sujets sensibles une fois la campagne engagée : l'argent, les femmes et la judaïté du candidat. Sur ce dernier point, c'est oublier Léon Blum ou Pierre-Mendes-France et chacun était convaincu que DSK, juif ou non, allait l'emporter. Quant aux deux premiers points, c'est tout aussi absurde, car j'ai toujours été convaincu qu'il existe, sur ces deux questions, entre la gauche et la droite, un Yalta non écrit : je te tiens, tu me tiens... 

Fallait-il que DSK qualifie L'Express de tabloïd sur le plateau de Claire Chazal ?

Que Dominique et Anne aient un compte à régler avec votre journal, c'est évident. Mais je pense que les politiques ont tort de s'en prendre de la sorte à la presse, dans un pays où le pluralisme doit être préservé. C'est nul. J'aurais préféré qu'il réserve ses flèches aux télévisions qui ont jeté en pâture les images dégradantes d'un DSK entravé. Ou à France Soir, dont j'ai encore en travers de la gorge ce titre infamant: Il s'en sort bien!

Par SD32 - Publié dans : Politique
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Lundi 19 septembre 2011 1 19 /09 /Sep /2011 23:50
DSK 18 septembre 20100:30 Claire Chazal :Notre invité Dominique Strauss Kahn, bonsoir Dominique Strauss Kahn !
00:31 Dominique Strauss-Kahn: bonsoir !
 
00:32 Ce sont ce soir vos premières déclarations après l’affaire du Sofitel de Manhattan. Il y a quatre mois, vous étiez arrêté à New York après la plainte pour agression sexuelle déposée par Nafissatou Diallo. Finalement les poursuites pénales ont été abandonnées, ce qui vous a permis de rentrer en France. Il subsiste une procédure civile aux États-Unis, mais aussi une plainte déposée en France par Tristane Banon, on va y revenir au cours de cet entretien. Vous n’avez pas donné votre version des faits alors qu’on a écouté la plaignante, Nafissatou Diallo, ses avocats, les vôtres. Pouvez-vous dire ce soir ce qu’il s’est passé dans la suite 2806 le samedi 14 mai.

01:10 Beaucoup de gens se sont exprimés sur cette affaire. Sauf moi. Parce que j’avais dit que je voulais parler d’abord devant les français. J’ai toujours clamé mon innocence. Et je suis content ce soir, alors que les charges qui étaient énoncées contre moi sont tombées, de pouvoir m’exprimer. Alors, qu’est-ce qu’il s’est passé ?
Ce qui s’est passé ne comprend ni violence, ni contrainte, ni agression. Ni aucun acte délictueux, c’est le procureur qui le dit, ce n’est pas moi.
Ce qui s’est passé, c’est une relation, non seulement inappropriée mais plus que ça. Une faute.
Une faute vis-à-vis de ma femme, mes enfants, mes amis. Mais aussi une faute vis-à-vis des Français, qui avaient placés en moi leur espérance de changement.
Et de ce point de vue là, il faut bien le dire, j’ai loupé mon rendez-vous avec les Français.
 
02:20 Vous dites “pas de violence”. Le procureur parle de rapport précipité. Est-ce qu’il faut entendre par là un rapport tarifé ?

02:28 Non, ce n’était pas un rapport tarifé. Est-ce que c’était une faiblesse. Je crois que c’est plus grave qu’une faiblesse…, je crois que c’est une faute morale dont je ne suis pas fier. Et je la regrette infiniment. Je l’ai regrettée tous ces jours. Au long de ces quatre mois. Et je crois que je n’ai pas fini de la regretter.
 
02:47 Alors le rapport médical a dit qu’il y avait tout de même des traces de violence en tout cas c’est sur la foi des déclarations de Nafissatou Diallo.

02:53 Il faut lire ce que dit le rapport du procureur (il le prend à la main et le brandit, une première fois). Et il faut le lire attentivement. (il repose le rapport). Le rapport du procureur ne m’accuse en rien en matière de traces de blessures. Ce tabloïd qu’est devenu l’Express, avec beaucoup d’acharnement, a voulu présenter comme un rapport médical ce qui n’était qu’une fiche d’entrée à l’hôpital de Nafissatou Diallo. Et ce qu’elle avait elle-même déclaré. Mais dans le rapport du procureur (il le reprend une deuxième fois) le rapport officiel, il n’y avait ni blessure, ni griffure, il n’y avait aucune trace de violence, ni sur elle, ni sur moi.

20:12:29 Et comment expliquez vous, s’il n’y a pas eu de violence, qu’elle ait porté plainte, au fond, que les choses aient dérapées ainsi.

03:53 Ça c’est une question à laquelle il faut répondre. Et c’est plus à elle d’y répondre. Certains ont évoqué plusieurs hypothèses, des hypothèses financières par exemple, je ne veux pas pour ma part me prononcer trop là-dessus mais on y reviendra peut être tout à l’heure.

04:07 Et certains ont dit que vous aviez voulu quitter peut être très rapidement, voire précipitamment de l'hôtel

04:09 On a dit beaucoup de choses fausses là-dessus. On a dit que j’avais voulu fuir. Alors qu’il est très facile de vérifier. Il aurait été facile de vérifier immédiatement, que mon billet pour l’Europe avait été pris depuis des jours. Et que donc l’horaire n’avait en rien changé. On a dit que je voulais fuir alors que j’allais simplement déjeuner avec ma fille.
04:39 On a dit que j’avais quitté précipitamment l’hôtel, comme vous venez de le rappeler. Alors que les caméras mêmes de l’hôtel, montrent que ce n’est absolument pas le cas. Mais voyez-vous, ce à quoi il faut se référer c’est le rapport du procureur. Ce procureur (le doigt droit pointé vers le haut) qui m’a accusé qui m’a fait passer les menottes sur les seules déclarations qu’il avait reçues.

04:56 On a écrit qu’il y avait des traces matérielles d’agression ? vous le rappeliez ! (reprenant le rapport) Le rapport du procureur dit qu’il n’y en a aucune.
05:05 Et ce rapport du procureur, ce procureur qui abandonne les poursuites pénales à votre encontre il ne s’agit pas, en tout cas “pour nous, Français” de non-lieu est-ce que vous estimez qu’il vous blanchit.

05:09 Le rapport du procureur dit quoi ? Ce procureur qui a enquêté avec des moyens considérables. Ce ne sont pas ses avocats qui disent ça, ce n’est pas moi. Il dit “Nafissatou Diallo a menti sur tout. Pas seulement sur son passé. Ça, ça n’a pas beaucoup d’importance. Elle a menti sur les faits. Il dit, ce rapport, c’est écrit dedans, “Elle a présenté tellement de versions différentes… de ce qui s’est passé… que je ne peux plus en croire un mot”. Il dit “dans pratiquement chaque entretien qu’on a eu avec elle, elle nous a menti”.Et à l’audience, de la cour, celle qui a finalement renoncé aux charges, il dit “c’était surréaliste”, surréaliste, c’est son mot. “C’était surréaliste de voir comment à un entretien elle niait nous avoir dit ce qu’elle nous avait dit à l’entretien précédent”. Donc toute cette histoire qu’elle a raconté est un mensonge.
06:14 Alors j’en reviens à votre question. Les charges ont été abandonnées, qu’est-ce que ça veut dire. Est-ce que ça veut dire qu’on ne sait pas si celui qui était accusé est coupable ou ou innocent, mais qu’on peut rien prouver ?

06:28 Claire Chazal : J’imagine qu’elles ont été abandonnées parce qu’il y a un doute !

06:29 Dominique Strauss Kahn : Non ! Elles ont été abandonnées parce qu’il n’y avait pas lieu de poursuivre. Et vous évoquiez le “non lieu” à la française, c’est exactement la même chose. Il n’y a pas lieu de poursuivre, pourquoi ? parce que toutes les accusations sont tombées. Parce qu’il ne reste plus d’accusation. S’il était resté la moindre accusation qui tienne, alors il y aurait eu un procès. Il n’y a pas eu de procès parce qu’il n’y avait plus aucune accusation qui tienne et que le procureur, c’est son rôle a dit “puisqu’il n’y a plus aucune accusation qui tienne, ni preuve matérielle, ni déclaration crédible alors, on ne peut que renoncer !”

07:04 Mais Dominique Strauss Kahn il y a maintenant une procédure civile. Est-ce qu’elle va se dérouler maintenant est-ce que vous souhaitez, ou est-ce que vos avocats souhaitent négocier avec la plaignante ?

07:10 C’est un peu curieux pour nous français quand toutes les charges ont disparues au pénal on puisse néanmoins mener une procédure au civil. Mais c’est le cas aux États-Unis.
Au demeurant, l’existence de cette procédure au civil montre bien les motivations financières qui sont derrière tout ça et que j’évoquais tout à l’heure en réponse à votre interrogation “qu’est-ce qui a bien pu se passer ?”.
07:34 Ce n’est d’ailleurs pas le seul moment que ces motivations financières apparaissent. Peut-être vous rappelez-vous l’épisode qu’il y a eu de la phrase qui avait été prononcée entre Nafissatou Diallo et son ami en prison dans l’Arizona où elle disait “je sais, cet homme a de l’argent, je sais ce que je fais !” .
Kenneth Thompson, l’avocat de la plaignante a prétendu que la traduction ~ parce que ça avait été dit en Fulani (ndlr en version guinéenne du dialecte des peuls) ~ “la traduction était mauvaise !”. Alors le procureur il le dit ici (rebrandissant le rapport du procureur à la main droite) a fait venir un deuxième traducteur. Et le deuxième traducteur a confirmé ce que disait le précédent. Que c’était bien une affaire d’argent.
08:09 La procédure civile va se dérouler, je n’ai pas l’intention de négocier, elle prendra le temps qu’il faudra.

08:16 Vous parliez Dominique Strauss Kahn des images violentes qu’on a perçues nous, évidemment, Français des menottes, la prison. Est-ce que vous estimez que la justice américaine a été particulièrement violente à votre égard.

08:24 (temps de silence, regard vers le bas). Comment vous dire ? J’ai eu peur. (silence). J’ai eu très peur. Quand vous êtes pris dans cette sorte de… (fermant le poing) les mâchoires de cette machine, vous avez l’impression qu’elle peut vous broyer (reposant la main sur la table). J’ai eu le sentiment (silence)… j’étais piétiné. Humilié. Avant même de pouvoir dire un mot. Et dans cette affaire, j’ai vécu des choses violentes, oui. Des attaques terribles. Et j’ai beaucoup perdu, même si d’autres, dans d’autres circonstances ont pu parfois perdre plus que moi.

09:09 Et vous pensez qu’il y a eu, pour cela, des interventions extérieures, des pressions, des actions, est-ce que vous avez pensé à un piège, ou à un complot ?

09:14 Un piège, c’est possible… un complot, nous verrons ! Mais, voyez-vous, il y a des zones d’ombres, il y a des zones d’ombre, je vous donne un exemple de zone d’ombre. À la page 12 de ce rapport (le reprenant une nouvelle fois), le procureur dit, que des informations ont été données à Kenneth Thompson, l’avocat de Nafissatou Diallo, sur les circulations dans l’hôtel, et il dit, “c’est pas nous, nous procureurs qui l’avons donné”…

09:48 Ça veut dire que vous pensez qu’il y a eu des complicités, notamment au Sofitel.

09:50 Quelqu’un a bien du la donner, parce que moi je les avais demandées ces informations, et elles m’ont été refusées. Et donc, je voudrais bien savoir pourquoi on a choisi d’aider celle qui m’accusait, et pas de collaborer avec moi.

10:03 Et ce soir, pour le moment vous n’accusez pas ?

10:04 Nous verrons.

10:06 Le rôle de votre femme, Anne Sinclair, a été déterminant. Est-ce que sans son soutien à la fois personnel, moral, évidemment, et financier tout ça se serait passé de la même façon ?

10:15 (Levant les mains de la table puis le reposant à plat). C’est une femme exceptionnelle. J’aurais pas résisté. Je n’aurais pas résisté à tout cela, sans elle… J’ai eu une chance folle de l’avoir… à mes côtés. (Silence, mâchoire serrée, menton contrit, yeux baissés, lèvres pincées, voix errailée). Je lui ai fait du mal. Je le sais. (redressant la tête, regard embué). Je m’en veux. (geste de recul), mais vous savez ? Elle n’aurait pas été comme cela à mes côtés. (Silence) elle ne m’aurait pas soutenu de cette façon là, si dès la première seconde, elle n’avait pas su que j’étais innocent.

10:50 Est-ce que vous avez pu comprendre que les moyens employés, ou en tout cas utilisés à ce moment là, à la fois pour votre défense et aussi les cautions versées, tout cet argent versé, est-ce que vous avez pu comprendre que ça ait choqué (opinant du regard et du chef) l’opinion pensant qu’il y avait une justice à deux vitesses.

11:08 Mais bien sûr, le rôle de l’argent pour nous français, le rôle de l’argent dans la justice américaine est très choquant. Et face aux difficultés quotidiennes de la vie des français les sommes en question ont choqué, c’est sûr. (silence). Qu’est-ce qu’il fallait faire ? Quand vous avez quelques heures, pour vous loger ou bien vous retournez à Rykers Island. Vous n’hésitez pas. Si vous avez la chance de pouvoir ne pas hésiter.
11:36 Je vais vous raconter ce qui s’est passé. Lorsque, après le 1er juillet, on a levé les premières sanctions, on a laissé aller habiter quelque part sans contrainte et plus tôt que ça, dès la sortie de Rykers Island lorsqu’il a fallu choisir un logement. Anne avait loué un deux pièces. On a pas pu y rester. Trois cent journalistes dans la rue, les locataires ont fait une pétition pour nous sortir. On peut les comprendre. On a trouvé un studio d’une vingtaine de mètres carrés temporaire, pour six jours, on y est resté trois jours. Les 400 journalistes cette fois-ci qui augmentaient, qui étaient en bas rendaient la vie à l’immeuble impossible.
12:14 Il fallait en sortir. Et il ne restait plus de temps, il fallait trancher. Il fallait trouver quelque chose sinon je retournais… (silence, l’index droit levé vers le ciel)… là bas. Alors, il fallait une maison. Parce que dans un immeuble, les locataires nous auraient jamais acceptés à cause des troubles créés par la presse.

12:29 Et vous avez trouvé cette maison ?

12:31 Alors, il y avait pas beaucoup de maisons possibles, il fallait une maison qui satisfasse les conditions de sécurité, imposées, par le juge et réalisées par une société privée. Alors on a trouvé cette maison, je l’ai pas aimée cette maison (outragé), elle a coûté cher. Mais c’était ça ou bien retourner à Rykers Island.

12:45 Alors Dominique Strauss Kahn vous êtes à Paris aujourd’hui, il y a une plainte pour viol aussi qui est déposée contre vous en France par Tristane Banon, vous avez été entendu à votre demande par la police en début de semaine. Quel est votre version des faits, et comment cette affaire va se dérouler selon vous ?

12:58 Écoutez, j’ai été entendu comme témoin, j’y ai dit la vérité, que dans cette rencontre il n’y avait eu aucun acte d’agression, aucune violence, je n’en dirais pas plus. Je l’avais déjà dit, je dit exactement la même chose. La version qui a été présentée, est une version imaginaire, c’est une version calomnieuse, et d’ailleurs j’ai déposé une plainte, pour dénonciation calomnieuse. Mais c’est une affaire en cours, donc je ne la commenterais pas plus.

13:32 Est-ce que vous redoutez aujourd’hui que d’autres affaires similaires ne sortent ?

13:36 Non. Mais, si vous appelez d’autres affaires similaires d’autres affaires toutes aussi inventées, construites de toutes pièces, on ne peut jamais savoir.

13:45 Alors Dominique Strauss Kahn vous êtes allé après au FMI, vous avez voulu rencontrer le personnel, d’une certaine façon présenter des excuses. Au fond, est-ce que la question qui se pose, n’est pas celle du décalage, entre certains aspects de sa vie privée, certains comportements privés, et les responsabilités énormes à la fois politiques, professionnelles, sociales, que vous exerciez. Est-ce qu’il ne faut pas se poser la question des responsabilités, quand on brigue la magistrature suprême ou quand on exerce des responsabilités majeures.

14:17 Oui, vous avez raison, c’est pour ça que je disais tout à l’heure, ce n’est pas (silence, contrition) juste une faiblesse. C’est une faute morale. Une faute morale dont ne peut pas être fier.
13:36 Mais la question que vous posez va plus loin. La question que j’ai vu poser mille fois dans la presse. Mes relations avec les femmes. Et il faut aborder les choses franchement.

14:45 Vous savez le choc à la fois les femmes…

14:46 Je comprends (fermant les yeux)

14:46 … les féministes…

14:47 Je comprends que vous abordiez ce point. J’ai lu, j’ai entendu, j’ai vu ce qui avait été dit. Au portrait qui avait été fait de moi. En sus de dizaines de mensonges et je mesure bien l’impression que ça a donné. Ce portrait (mine dégouttée), moi je ne l’aime pas, je le récuse. Même si j’y ai ma part de responsabilité.
15:11 Ce qui m’a blessé le plus, c’est le point que vous évoquez. C’est que (visage contri et triste), toute ma vie était présentée comme si, parce que j’ai eu du pouvoir et c’est vrai que j’ai eu du pouvoir, j’ai exercé des fonctions d’autorité, mes relations avec les autres, hommes ou femmes, devaient toujours passer par cette relation de pouvoir. C’est tout le contraire de moi. Jamais, jamais, une relation avec quelqu’un n’a voulu se traduire, ou j’ai essayé de la traduire, de l’entraîner, de la mettre sur le terrain d’un rapport de pouvoir. C’est tout le contraire, j’ai du respect pour les femmes, je comprend leurs réactions vous me demandiez si je comprenais leur réaction, bien sûr.

15:48 Les réactions notamment violentes, même chez… dans votre… chez vos amis, Martine Aubry, Michel Rocard…

15:53 Je comprends ces réactions. Je comprends que cela ait choqué. Je l’ai payé lourdement. Je le paye toujours. J’ai beaucoup perdu dans cette histoire.

16:07 Et vous n’avez jamais cherché à changer, assez conscient de ça…

16:10 Vous savez, depuis quatre mois, j’ai vu la douleur, que j’ai créée autour de moi. Et j’ai réfléchi. (silence). J’ai beaucoup réfléchi (long silence). Et cette légèreté, je l’ai perdue. Pour toujours.

16:38 Vous saviez Dominique Strauss Kahn que vous étiez très observé, vous étiez en campagne, vous étiez sur cette trajectoire énorme, importante, est-ce qu’au fond et on l’a dit certain, vous n’avez pas fait un acte manqué, ces dérapages, qui tout d’un coup, font s’écrouler, une carrière, font basculer la vie d’un homme

16:57 Non, je ne crois pas à cela, je ne crois pas à cette thèse psychologisante. (l’air amusé).

17:05 Alors je reviens à cette carrière politique qui a été brutalement interrompue, est-ce que vous pouvez confirmer que vous, vouliez être candidat à la présidentielle, et que vous y avez renoncé.

17:13 Oui. (avec étrangement le même air et le même ton que François Mitterrand annonçant sa candidature en février 88). Je voulais être candidat. Je pensais que ma position au FMI me donnait un regard aigu sur la vérité de la situation française, sur ses difficultés, et aussi ses atouts dans la mondialisation, et que je pouvais être utile, apporter des réponses. Alors, tout ça est derrière moi, je ne suis évidemment pas candidat, même si je continue de penser, que la victoire de la gauche est nécessaire dans notre pays.

17:45 Ça veut dire que vous allez vous impliquer dans la campagne, d’une façon ou d’une autre ? pour les primaires, et ensuite auprès du candidat, ou de la candidate socialiste ?

17:51 Écoutez, je dis que je souhaite la victoire de la gauche, donc je souhaite le succès des primaires, dont d’ailleurs il me semble depuis le débat de l’autre soir, que c’est plutôt bien parti. Mais je ne crois pas que ce soit mon rôle de m’immiscer dans la primaire.

18:04 C’est à dire que vous ne vous ne soutiendrez pas, Martine Aubry par exemple, puisqu’il semble que vous ayez passé un pacte avec elle ?

18:10 Nous avons en effet un pacte, Martine Aubry est une amie. Pendant toute cette période elle a très présente. Et j’ai été sensible à cette présence. Mais je ne veux pas m’immiscer dans la primaire.

18:24 C’est à dire que vous ne prendrez pas position ? jusqu’à la fin ?

18:30 (Soulève les mains et relève la tête pour signifier, j’ai déjà répondu.)

18:31 Vous avez été directeur du Fond monétaire international, votre voix a toujours beaucoup compté sur les questions économiques et financières, aujourd’hui nous sommes en pleine crise est-ce que selon vous l’euro est en difficulté ?

18:41 Non, je ne crois pas que l’Euro est en difficulté, mais je crois que la situation est très sérieuse. Avec le défi écologique, le défi que nous rencontrons-là dans cette crise, est sans doute celui qui est le plus sérieux pour les générations qui sont présentes, les plus jeunes, les plus vieilles, celles du milieu et si nous ne réagissons pas vite, dans vingt-cinq ans, l’Europe sera une terre de désolation, avec des hauts taux de chômage, des systèmes de protection sociale à la dérive. Et donc il faut réagir maintenant. Et pour ça, il faut bien comprendre, ce qui s’est passé.
19:17 Qu’est-ce qui s’est passé ? La crise de 2008, qui est partie d’une sorte d’étincelle, vous vous souvenez, dans les subprimes, mais qui finalement était périphérique. La crise profonde de 2008, a montré que des économies qu’on croyaient dominantes, les États-Unis, le Japon, mais aussi l’Europe, n’étaient plus aussi dominantes que ça. Qu’elles étaient gangrénées, par la dette. Qu’elles étaient déstabilisées par un système financier tout à fait hors de contrôle, qu’elles n’avaient plus le monopole de la technologie, et j’ajouterais qu’elles avaient des démocraties vieillissantes.

19:49 Et est-ce qu’on peut remédier à tout ça aujourd’hui ?
19:50 Oui…

19:51 Est-ce que par exemple, le plan pour la Grèce vous paraît suffisant ?

19:55 Non. On peut y remédier. Mais puisque vous me parlez de la dette de Grèce, c’est le sujet que je vois tous les jours dans les journaux, aujourd’hui à la télévision. Et on voit bien qu’elle est massive. Et il faut la réduite à tout prix. À tout prix, sauf, au prix de la stagnation, voire de la récession. Alors, le chemin de crête est difficile.Comment réduire la dette et ne pas entraîner les économies dans la stagnation. Et ce chemin de crête, les européens ont du mal à le suivre. Ils ont du mal à le suivre, pourquoi ? parce qu’ils ne veulent pas prendre la mesure de l’ampleur du problème. (nidlr : en même temps, c’est habituel pour la Grèce, alors que le régime crétois, les européens ne sont pas encore habitués).

20:33 Il faudrait par exemple rayer la dette de la Grèce, purement et simplement ?

20:35 C’est un peu l’idée. La Grèce s’est appauvrie, dans cette histoire. Elle a perdu de la richesse. Pas seulement la Grèce, se serait vrai pour d’autres pays européens, aussi, mais prenons l’exemple de la Grèce. Je ne veux pas focaliser dessus mais c’est un bon exemple, ça été le premier. Elle s’est appauvrie. On peut dire, les Grecs paieront tout seuls. Mais ils peuvent pas. Ou on peut dire, parce que nous sommes dans une Union, que nous allons partager cela. Et il faut le faire ! C’est la convergence budgétaire. Comme on a eu de la convergence monétaire, au moment de l’Euro. Le problème c’est que pour ça, il faut accepter de reconnaître qu’il faut “prendre sa perte”. Il y a une perte, il faut la prendre.

21:07 Est-ce que les banques françaises par exemple, peuvent le supporter, est-ce que vous diriez comme Christine Lagarde, qu’elles sont fragiles et qu’il faut qu’elles soient recapitalisées ?

21:14 Pour prendre la perte, tout le monde doit la prendre. Les États, vous avez raison, et les banques. Mais pour ça, il faut être capable de dire que l’on va reconnaître l’ampleur du sujet, plutôt que d’essayer de le pousser. Les gouvernements, ne le résolvent pas, ils poussent le problème devant eux. La boule de neige grossit, et rend la difficulté de plus en plus grande, et la croissance est de moins en moins là.

21:33 Nicolas Sarkozy n’est pas à la hauteur selon vous prendre la mesure du problème et le résoudre ?

21:38 (amusé, remuant la tête de gauche à droite). Claire Chazal, le piège est un peu évident. Je crois que les dirigeants européens, ont besoin, ils ont des élections tous, ça les gène, peut être. Mais la réalité aujourd’hui est d’une autre ampleur. Et il faut prendre la mesure de cette ampleur et couper les pertes maintenant, pour pouvoir repartir de l’avant parce que bien sûr on peut repartir de l’avant. À condition qu’on ne prenne pas des décisions tardives, et qu’on les mette en œuvre de façon aussi lentes. Rappelez-vous, le 21 juillet, grand sommet. Décision. Pas si mal. On est deux mois après, et toujours pas à l’œuvre. Le temps de l’économie est plus rapide, que ce temps de la politique. Et donc, une action politique est nécessaire, elle est possible, mais il faut accepter de prendre des pertes, quand la Grèce n’a pas fait ce qu’il fallait, les Européens n’ont pas suffisamment surveillé, les gouvernements Européens n’ont pas été assez vite pour s’en occuper.
22:30 Le problème des gouvernements européens, c’est qu’ils font, soit trop peu, soit trop tard, soit souvent trop peu et trop tard.

22:37 Alors avant de conclure Dominique Strauss Kahn, revenons peut-être à vous même, comment imaginez-vous maintenant votre avenir ? vous avez renoncé, vous nous le dite ce soir, à toute candidature. Est-ce que vous avez renoncé à toute carrière politique ?

22:50 Ces problèmes m’intéressent, on a parlé de la dette. Le système financier qu’il faut réguler, et qui ne se régulera pas tout seul, qui est devenu fou. Les problèmes de technologies, et les alliances avec les nouveaux pays émergents, qu’il faut mettre en place. L’Europe a un rôle à jouer là dedans, à condition qu’elle le veuille. Nous ne sommes pas perdus, loin de là, à condition qu’on soit capable de s’insérer dans le nouveau monde. Dans un monde où on est plus les maîtres tout seuls de la technologie, les vieux pays, où les autres ont cette technologie, en plus eux, ils n’ont pas de dette, ils n’ont pas de problème démographique, ils ont pas trop de problème de système financier, et donc, il faut s’allier avec eux, c’est à ça que je veux travailler. Et aussi aux problèmes de démographie, parce que nous vieillissons, et ça pose le problème inévitable de l’immigration, qu’il faut pas esquiver. On va pas en parler ce soir. Ça veut dire qu’il faut une immigration organisée et accueillante, sinon, nos pays deviendrons trop vieux. Donc tous ces sujets sont des sujets qui me passionnent…

23:41 Donc vous exercerez dans le privé ?

23:42 Je vous l’ai dit, je ne suis candidat à rien. Et dans ces conditions, je vais d’abord me reposer. Je vais retrouver les miens. Je vais prendre le temps de réfléchir. Mais, toute ma vie, a été consacrée à essayer d’être utile au bien public. Et, on verra !

 

Propos retranscrits par Vianney CIER, avec son aimable autorisation

Par SD32 - Publié dans : Politique
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Lundi 19 septembre 2011 1 19 /09 /Sep /2011 23:12

dsk-place-des-vosges.jpg"Je ne suis candidat à rien (...) Je vais prendre le temps de réfléchir. Mais toute ma vie a été consacrée à essayer d'être utile au bien public et... on verra." Silence. Paupières fermées. Au 20h de TF1, devant 13 millions de téléspectateurs, un record d'audience pour la chaîne privée depuis les émeutes urbaines de 2005, l'ex-patron du FMI a laissé la porte ouverte à un retour en politique.

"Ca dépendra pour une partie des circonstances, commente un proche de DSK, et pour une autre de ce qu'il aura envie de faire."

En rien, il n'a donc renoncé à intervenir sur la scène publique si les conditions se présentent.

 "Avec la clôture des poursuites pénales américaines, poursuit ce même soutien, il retrouve un avenir possible. A un moment, il n'avait même plus d'horizon!"

Comme Alain Juppé, il y a quelques années, après ses démêlés judiciaires. Le chiraquien était alors enterré par tous les siens. Aujourd'hui, il est plus populaire que jamais dans sa famille politique. Alors qui sait pour DSK. "Les Français ont une relation passionnelle à lui", commente un de ses proches, le socialiste François Kalfon. "Il fallait dépassionner cette relation faite de tous les excès, d'où la nécessité qu'il s'explique. Il fallait purger tout ça comme on purge un radiateur quand on arrive dans une maison. Au début, il reste des bulles d'air dans la machine, ça bloque, il faut faire refonctionner le système. Ensuite, cela prend du temps pour que la température soit équilibrée dans toutes les pièces."

Laisser du temps au temps... Et voir si l'opinion publique peut accepter le retour de DSK sur la scène publique. Dimanche soir, après son intervention sur TF1, l'ex-patron du FMI s'est retrouvé avec une dizaine d'amis dans le Quartier latin. Il s'est enquis de leurs premières réactions. Comme un échantillon de ce que le grand public pouvait penser. Mais celui qui a reconnu avoir voulu "être candidat" à la présidentielle ne sème plus de petit caillou sur sa route. Pour le reste, il verra.

"Mais il n'a pas annoncé qu'il se retirait de la vie politique", complète son ami Christophe Borgel." Il ne veut pas être dans ce rapport : 'j'ai déconné, on m'a attaqué et bien qu'ils se débrouillent!' Ce n'est pas son genre."

Et de poursuivre : "S'il pense qu'il peut être utile à la victoire de la gauche, peut-être qu'il pourrait intervenir. Mais lui-même n'en sait rien pour le moment. Et il n'a pas l'intention de s'exprimer tous les matins ni de refaire une émission dans les prochaines semaines. Ce qui l'importe c'est la victoire de la gauche." Dès lors, il sera présent à la primaire du PS pour voter dès le premier tour, le 9 octobre, à Sarcelles. Ensuite "on verra", comme le dit DSK.

"On voit plus un engagement public, même si on ne peut peut présager pour le moment la forme que ça prendra", commente François Kalfon. "Ministre, cela paraît difficile", estime un autre de ses amis députés : "car il avait un autre destin."

Mais si jamais l'après-primaire se durcissait, si Nicolas Sarkozy se refaisait une santé, si les attaques de la droite se multipliaient à l'égard du candidat PS et si l'opinion publique lui pardonnait, qui sait si DSK n'interviendrait pas plus clairement dans la campagne.

Certes, beaucoup de si...

D'ici là, avec Anne Sinclair, DSK part se reposer à Marrakech. Car à Paris, entouré d'une nuée de paparazzis, l'ex-patron du FMI a du mal à être libre de ses mouvements. Au lendemain de son retour en France, il s'est rendu dans un magasin d'informatique du XIIème arrondissement. Du banal pour le quidam. Un événement pour lui, vue l'agitation médiatique que cela a suscité. Comme tout geste de sa vie quotidienne. A tel point qu'il a envoyé à ses voisins du 13 place des Vosges un petit mot pour s'excuser de la gêne occasionnée. Une manière de se faire discret et de ne pas gêner avant d'essayer de revenir... par la grande porte.

Source Les Inrocks - Marion Mourgue

Par SD32 - Publié dans : Politique
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Lundi 19 septembre 2011 1 19 /09 /Sep /2011 10:30

wolton.jpgPour Dominique Wolton, directeur de l’Institut des sciences de la communication au CNRS, aucun doute : hier soir sur TF1, Dominique Strauss-Kahn s’est montré « convaincant ». Son mea culpa n’avait rien, selon lui, d’un numéro. « Bien au contraire, il a été honnête, sincère et, surtout, très digne.

Car, humainement, ce n’est pas facile de dire cela, de reconnaître ainsi sa faute. » Tout dans la posture, dans la diction, « même dans la moue qu’il a esquissée » lorsque Claire Chazal a évoqué sa stature d’homme puissant, démontrait, aux yeux de Wolton, l’authenticité des regrets et du repentir de DSK. « Il a choisi les mots justes, en parlant notamment de sa légèreté, qu’il a désormais perdue. »

Bref, pour le sociologue, cette confession télévisée fournissait un épilogue à la hauteur du drame de New York. « Strauss-Kahn avait un destin présidentiel programmé, mais il a buté sur lui-même, sur sa folie, sur sa légèreté, comme il dit. J’ai trouvé émouvant de l’entendre affirmer qu’il n’a jamais joué de son pouvoir, de sa posture hiérarchique dans ses relations avec les femmes. Là encore, je le crois sincère. Simplement, les femmes qu’il approchait ne pouvaient pas faire abstraction, elles, de sa toute-puissance. »

Des regrets, des remords peut-être, mais en aucun cas un renoncement. « Ce n’est pas un homme penaud qui est apparu hier, c’est au contraire quelqu’un qui ne lâche rien, qui veut savoir s’il y a eu complot et qui est prêt à repartir en politique, à jouer à nouveau un rôle sur la scène internationale. Hier, il émanait de lui une grande force, une exceptionnelle capacité psychologique à rebondir. Même si ce n’était évidemment pas le sujet, il a prouvé a posteriori qu’il avait bien la stature d’un présidentiable .».Au total, le sociologue y voit carrément un « exercice de démocratie médiatique ».


Dominique WOLTON spécialiste de communication politique

Source Le Parisien

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Dimanche 18 septembre 2011 7 18 /09 /Sep /2011 22:58

DSK-18-septembre-201.jpgLe visage grave , Dominique Strauss-Kahn s’est adressé ce soir, aux français comme il s’y était engagé. Un exercice difficile où le courage ne suffit pas.

Depuis le 14 mai dernier, on a beaucoup entendu parler sur cet homme traité sur simple dénonciation comme le dernier des criminels. Lui, le puissant ,allait servir d’exemple . Qu’importe le rôle qu’il jouait, au sein même de l’économie mondiale, comme Directeur du FMI . Qu’importe son ambition de se mettre au service de son pays en proposant sa future candidature à la présidentielle. Qu’importe d’ailleurs ce qu’il aurait pu dire, sa présomption d’innocence lui ayant été d’emblée refusée par cette pieuvre médiatique qui entoure sa proie pour mieux la détruire.


Nombreux, nombreuses s’en sont donnés à cœur joie , tellement l’aubaine fut imprévisible.


Certains politiques de droite, trop heureux d’en découdre, se sont faits donneurs de leçons, sans oublier, au passage, d’apostropher une gauche qui n’aurait plus, à leurs yeux, le monopole de la morale.


Certains politiques de gauche, enfin débarrassés d’un encombrant concurrent, n’ont eu de cesse de réclamer ses excuses, seules susceptibles de les dédouaner d’une opprobre qui ne les concernait pas.


Certaines féministes, en mal de reconnaissance, n’ont pas hésité à en faire l’otage de leur cause.


Certains journalistes, oubliant toute éthique qu’ils ont déjà rangée, depuis bien longtemps, au placard des serments, n’ont eu de cesse, à son sujet, de tremper leur plume dans l’eau des égouts.


A eux tous, Dominique Strauss-Kahn , profondément blessé par tant de haine, a donné, ce soir, une profonde leçon d’humilité.


L’Homme public, le politique est apparu émouvant dans un exercice de vérité  qui ne laisse place  à aucun échappatoire.


Et comme un exutoire bienvenu après tant de tension, retrouvant, sur la fin, cette fibre qui anime son engagement depuis toujours, il a su, en peu de mots , nous offrir ses solutions à cette crise financière qui n’en finit plus.


Les français sauront-ils enfin faire la part des choses ?  Sauront-ils lui redonner leur confiance  à un moment où notre pays affronte des heures difficiles ?


L'avenir le dira.

Philippe PUGNET

Par SD32 - Publié dans : Politique
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Mardi 9 août 2011 2 09 /08 /Août /2011 15:33

ecritureNous affirmons depuis le début que les motivations de Me Thompson et de sa cliente ne sont autres que de se faire de l’argent”, viennent de déclarer les deux avocats de Dominique Strauss-Kahn, William Taylor et Benjamin Brafman, dans un communiqué. “Le dépôt de cette plainte fait tomber tous les doutes sur cette question. La plainte au civil n’a aucune valeur et M. Strauss-Kahn va la combattre vigoureusement” ont-ils ajouté.

Enième épisode d’un  mauvais feuilleton qui n’a que trop duré depuis le 14 mai dernier .

Enième rebondissement, si tant est que cette plainte au civil soit tellement imprévisible, d’un cauchemar qui a vu l’ancien directeur du FMI et potentiel candidat en 2012, grand favori au regard de nombreux sondages, sombrer dans un chaos médiatique savamment orchestré, après que la présomption d’innocence lui ait été refusée.


Finalement les seuls que l'on entend parler depuis ce funeste 14 mai , c'est une presse avide de sensationnel et qui sait tout puisque de nombreux journalistes étaient présents dans la chambre du Sofitel au moment des faits présumés ; c'est une présumée victime qui ne sait que répéter ce qu'elle a appris ou qu'on lui a dit d'apprendre, contestant au passage ses propos téléphonés à un prisonnier "inconnu" et supposés mal traduits ; c'est enfin un avocat , procureur refoulé, profondément communautariste ,avide de "fric" et qui voit des victimes présumées de l'ancien directeur du FMI dans tous les hôtels du monde entier, y compris dans les avions ; c'est ...mais j'allais oublier notre triste Anne, sa fille et son avocat, potentiellement candidat aux législatives … mais inutile d'en rajouter.

En attendant une crise sans précédent frappe nos économies et fragilise encore davantage les plus démunis . Et celui qui, par ses compétences, pourrait œuvrer, reste soumis au bon vouloir d'un autre procureur qui tente de sauver sa carrière …ou du moins ce qu’il en reste.

Il y a quelques mois, Gilles Finchelstein publiait  " La dictature de l’urgence " : elle est devenue celle de l’absurde.

 

Philippe PUGNET

Par SD32 - Publié dans : Politique
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Mercredi 6 juillet 2011 3 06 /07 /Juil /2011 11:00

dsk-POUR-NOUS On a abondamment relevé le courage d’Anne Sinclair depuis que Dominique Strauss-Kahn a été arrêté à New-York. Mais bien qu’elle ait eu beaucoup à endurer depuis le déclenchement de l’affaire, elle est ce qu’on appelle une victime collatérale. Au-delà de ses proches, celui qui est frappé le plus durement c’est bien entendu Dominique Strauss-Kahn lui-même.

Dans la mesure où il est innocent, son comportement a été déterminé et extraordinairement digne. A aucun moment il n’a craqué. A aucun moment il ne s’est écroulé. A aucun moment on n’a pu déceler dans son expression de la colère, de l’exaspération, du dépit ou du désespoir. Nous ne savons pas comment les choses se sont déroulées dans le bureau du procureur ou lors de son séjour en prison, mais nul doute que si à un moment où à un autre il s’était effondré, ou au contraire s’était emporté, on l’aurait su grâce aux médias à l’affut de tout ce qui pouvait faire des titres.

Et quand tout a basculé et que le procureur a libéré Dominique Strauss-Kahn sur parole, là aussi il a fait preuve d’une retenue remarquable. En sortant du Tribunal il s’est dirigé d’un pas mesuré vers la voiture qui l’attendait sans exhiber la moindre jubilation. C’était pourtant sur ce même trottoir que quelques semaines auparavant il avait été houspillé par une meute haineuse qui hurlait « honte sur vous » en lui souhaitant de croupir le restant de ces jours en prison. A peine a-t-il esquissé un sourire traduisant son soulagement, mais c’était un sourire paisible, un sourire qui avait l’air de s’adresser surtout à ses proches, qu’ils fussent présents ou lointains, comme pour leur redonner confiance et leur signaler qu’il allait bien.

Si Dominique Strauss-Kahn est blanchi d’ici peu, la question de sa candidature à la Présidence de la République va à nouveau se poser, même si lui-même pourrait souhaiter un répit avant de prendre sa décision. Ce qui apparait à l’évidence, c’est que ses éventuels électeurs auront eu l’occasion d’évaluer en direct la tenue de cet homme face à l’adversité. On peut ne pas être de son bord politique, mais dans la mesure où la fonction de Président requiert une trempe exceptionnelle et l’aptitude à garder son calme en toutes circonstances, Dominique Strauss-Kahn a démontré qu’il était à la hauteur à l’occasion de cette épreuve dont il se serait bien passé.

Quant à son profil d’homme à femmes, il craignait lui-même depuis longtemps qu’il ne le rattrape lors d’une éventuelle campagne électorale. Le destin a voulu qu’il soit rattrapé avant même qu’elle ne commence, or si les sondages montrent qu’il est encore un candidat apprécié il n’aura plus à craindre la bulle à ragots parce qu’elle se sera dégonflée avant la campagne.

Ne pas vouloir voter pour un homme dont on réprouve la sexualité est une chose, mais faire activement campagne contre lui sur base de son penchant sexuel est scandaleux. Il n’y a pas si longtemps, un candidat homosexuel à la mairie de Paris n’aurait eu aucune chance de se faire élire. Maintenant la plupart des électeurs ne font plus de lien entre l’orientation sexuelle et la compétence du Maire de leur ville, et c’est bien ainsi. Lors de l’affaire Monica Lewinsky, le Président Clinton a successivement nié et reconnu une aventure sexuelle extraconjugale à la face de l’Amérique toute entière, mais cette Amérique que l’on dit si puritaine ne l’a pas démis de ses fonctions et a même continué à lui vouer une popularité qui ne s’est pas démentie à ce jour. Peut-être que l’Histoire retiendra que l’affaire Dominique Strauss-Kahn aura imprimé un tournant décisif aux mœurs en montrant que les masses savent désormais que les compétences de leurs dirigeants ne se confondent pas avec la nature de leur sexualité.

Dominique Strauss-Kahn pourrait être lavé de tout soupçon sur base de la perte de crédibilité de son accusatrice suite à la série de mensonges dont elle s’est rendue coupable. Les médias spéculent beaucoup là-dessus, mais il est étonnant que l’on n’entende nulle part exprimer l’exigence que cette tragédie doive déboucher sur des aveux explicites, au moyen desquels l’accusatrice révèlerait sans ambiguïté avoir menti sur toute la ligne, et pas simplement sur ses comptes en banques. Ce serait la moindre des choses. Non pas seulement pour l’honneur de Dominique Strauss-Kahn, mais aussi pour celui de toutes les femmes du monde qui sont réellement violées tous les jours, auxquelles elle aura fait un tort incommensurable.

 

Source : Blog Daniel Horowitz - Nouvel Observateur

Par SD32 - Publié dans : Politique
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Vendredi 1 juillet 2011 5 01 /07 /Juil /2011 10:09

ecriture Un jour nouveau se lève, aujourd'hui sur la vieille Europe et bientôt sur les lointaines Amériques.


Au cœur de la tempête, pas un seul instant, nous n'avons douté à Socialisme & Démocratie 32.


Bousculée au début sous l'effet du choc alimenté par un lynchage médiatique sans précédent méprisant la présomption d'innocence, notre flamme ne s'est jamais éteinte. Les heures et les jours qui viennent vont être importants.


A cet instant , je pense profondément à Dominique et à Anne : quoiqu'il advienne, quoiqu'il soit advenu, nous demeurons à leurs cotés, d’une fidélité sans faille et d’une solidarité exemplaire.

Bien évidemment, ne brûlons pas les étapes et sachons tempérer notre enthousiasme. Dominique a subi ( et subit encore ) une épreuve qui a du laisser des traces considérables.


Dominique est un homme qui a probablement besoin de se reconstruire après avoir été traîné plus bas que terre…

 
Dominique doit être réhabilité dans son honneur, non pas par des renoncements tactiques du procureur “dont le témoin a perdu toute crédibilité” mais par des excuses publiques et la réparation des dégâts monstrueux qui lui ont été occasionnés.


Aux autres, à celles et ceux qui l’ont sali, abandonné, méprisé…ils devront s’expliquer le moment venu.

Oui, un jour nouveau se lève : la flamme est rallumée et les cendres devront être balayées.

 

Philippe PUGNET

Par SD32 - Publié dans : Politique
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