Samedi 14 novembre 2009
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Convaincus de l'importance d'une crise qui n'était pas perçue d'emblée comme « passagère » et devait donc se prolonger inéluctablement, Esprit publiait
il y a un an deux numéros intitulés « Dans la tourmente (1) » avant de poursuivre une réflexion sur les soubassements économiques de notre monde dans « Les mauvais calculs et les déraisons de
l'homme économique » (juin 2009).
Aujourd'hui, un peu plus d'un an après la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008, l'événement qui fut le déclencheur historique, nous continuons à interroger ce que nous nous refusons à
nommer simplement une « crise » cyclique puisque nous pensons qu'elle revêt un caractère inédit et qu'elle est l'indice de mutations en profondeur (2).
En effet, parler de crise est ambigu, le recours à ce terme revient à souscrire à l'approche économique entendue jour et nuit depuis des mois, qui nous annonce que la crise économique va se finir
ou bien qu'une autre crise risque déjà d'éclater. Parler ainsi de crise, cela reviendrait à considérer que nous n'avons d'autre outillage que la grille économique dans sa version financière,
l'annonce des hauts et des bas du CAC 40, la Bourse et ses krachs successifs pour saisir l'actualité. Ce serait également accepter une représentation « économico-financière » de la vie politique
qui fait passer de bulles en bulles, de phases d'emballements à des phases de dépression dont le sarkozysme est d'ailleurs l'expression la plus impitoyable qui soit.
Plus largement, ce serait céder à l'idée que la mondialisation à l'œuvre ne serait qu'un phénomène économique lié à l'ouverture du marché, alors qu'elle est aussi un phénomène technologique,
migratoire, géopolitique (3)... Mais la crise continue, en dépit de la bonne santé retrouvée du système bancaire, le chômage est devant nous et plus personne ne peut ignorer les urgences
écologiques...
Qu'on le veuille ou non, qu'on l'affirme ou non, nous voilà pris dans une crise qui n'est pas au sens strict un « moment décisif » mais un état continu. La crise continue... mais comment éviter
justement de faire comme si elle ne devait jamais finir ? Il faut tout d'abord chercher ce que cette crise cristallise des phénomènes hétérogènes qui affectent en profondeur nos « prises »,
doublement entendus comme la compréhension et l'action sur et dans le monde.
Lire la suite :une crise qui n'est pas seulement économique
Source Revue
ESPRIT