Vendredi 5 mars 2010
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Nés au XIXème siècle, socialisme et féminisme constituent des corpus d’idées et des pratiques militantes qui se sont incarnés dans des mouvements sociaux et
politiques désormais pensés comme pluriels. Tous deux ont tenté de changer le monde, dénonçant la domination de classe ou celle des hommes sur les femmes. Le féminisme est-il donc soluble dans le
socialisme, voie royale pour l’émancipation des opprimé(e)s ? Le socialisme prend-il vraiment en charge la question des droits des femmes et celle de l’égalité entre les sexes ? Ces questions se
posent aujourd’hui comme elles se sont posées hier. Un détour par l’histoire permet de comprendre la complexité et les enjeux des relations entre ces deux « ismes » fondateurs.
Essai d’historiographie, ce texte a été écrit pour répondre à la question posée par les organisateurs du colloque d’hommage à Madeleine Rebérioux : « Qu’est devenue l’histoire du socialisme ? »
Illustrée par le témoignage de Gerd Krumeich, un collègue allemand qui comparait l’assistance à un séminaire sur la Commune de Paris en 1973 – cent vingt personnes – et en 2007 – trois personnes
–, la question mérite incontestablement d’être posée. L’histoire s’écrivant toujours au présent, elle se fait sans doute l’écho du déficit de légitimité culturelle et politique que connaissent
aujourd’hui les valeurs et organisations de gauche. Travail d’historien ou d’historienne, la réponse peut à cet égard alimenter la réflexion citoyenne.
L’histoire des femmes, qui a fait des femmes et du féminisme de nouveaux objets-sujets historiques, s’écrit en France depuis plus de trente-cinq ans. Les ouvrières et les militantes féministes y
furent les premières figures explorées par une jeune recherche enthousiaste. L’analyse peut cependant partir de l’année 1978, où Madeleine Rebérioux s’engage plus fermement dans cette direction,
dans le prolongement de l’enseignement qu’elle a assuré à l’Université de Vincennes avec Béatrice Slama et Christiane Dufrancatel (1973-1978) . Cette année-là, elle organise avec d’autres
le colloque « Les Femmes et la Classe ouvrière » qui, resté inédit, abordait les thématiques suivantes : « Travailleuses, ménagères et classe ouvrière au XIXème siècle » ; « Les Femmes
et le Travail pendant la Première Guerre mondiale » ; « Femmes et syndicats depuis 1945 » ; « L’Inscription politique du féminisme et le Rapport à l’État ». Cette même année, elle préface
longuement l’ouvrage de l’Américain Charles Sowerwine Les Femmes et le Socialisme, histoire des femmes oubliées qui ont contribué au développement du socialisme au cours de la
Troisième République et de leur échec. La préface s’interroge sur les définitions des termes et sur les chronologies des rapports entre féminisme et socialisme ; elle compare aussi la situation
française avec celle, plus favorable, de la socialdémocratie allemande. L’année 1978 voit également la parution en livre de la thèse deMarie-Hélène Zylberberg-Hocquard sur les rapports entre
féminisme et syndicalisme en France avant 1914.
Colloque et parutions de l’année 1978 permettent de dégager, du point de vue de l’histoire des femmes, trois thématiques principales qui organisent cet essai. La première se focalise sur le
travail des femmes, la deuxième sur la structure partisane (au pouvoir ou pas),la troisième sur le féminisme et ses liens complexes avec le socialisme. Ces thématiques ont bien évidemment des
zones d’intersection, mais les séparer facilite la perception d’évolutions historiographiques.
À propos de chaque thème seront dégagées quelques caractéristiques générales, mentionnés quelques travaux récents, et développés quelques exemples. L’accent sera mis sur les inflexions
historiographiques qui répondent à la question initiale concernant l’histoire actuelle du socialisme.
Pour télécharger l'essai : socialisme femmes et féminisme.pdf
Source
Fondation Jean Jaurès
Par SD32
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Publié dans : Faits de société
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