Partager l'article ! Retraites : le modèle suédois et ses limites: Le nouveau rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR) envisage un changement r ...
Le nouveau rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR) envisage
un changement radical du mode de calcul des pensions, inspiré des « comptes notionnels » suédois. Mise en place en 2001,la réforme des retraites suédoise a apporté davantage de
transparence et corrélé le sort des retraités à la santé de l'économie du pays.
La réforme suédoise des retraites fait beaucoup parler d'elle en France dans la perspective du rendez-vous prévu en 2010 pour revoir le système de retraites hexagonal. Depuis 2001, après quinze années de négociations, la Suède a en effet profondément transformé la logique de son système, introduisant notamment un mécanisme d'ajustement automatique du niveau des pensions qui intéresse tous les pays où, comme en France, la part du produit intérieur brut (PIB) nécessaire pour financer le système de retraite par répartition pourrait s'accroître de manière sensible du fait du vieillissement de la population et de la baisse du nombre d'actifs par rapport à celui des inactifs.
Une évolution qui conduit à s'interroger sur les limites du contrat intergénérationnel : faut-il prélever davantage sur la richesse produite par les actifs pour préserver le système ou réduire les prestations ou bien encore contraindre les salariés à travailler plus longtemps ? La réforme suédoise apporte à ce dilemme des solutions originales, mais néanmoins problématiques . Comme l'illustre notamment la forte baisse du niveau des retraites provoquée aujourd'hui par la crise.
Des droits à retraite plus lisibles
Première innovation introduite par la réforme suédoise : le système de retraite par répartition y semble géré comme s'il s'agissait d'un plan d'épargne individuel administré par une banque. Chaque travailleur accumule en effet ses cotisations sur un compte individuel où son « capital », le « taux d'intérêt » qu'il génère ainsi qu'une estimation de la future pension sont affichés. Il ne s'agit pas pour autant d'une réelle épargne individuelle comme dans un système par capitalisation ou un contrat d'assurance-vie : les pensions d'aujourd'hui demeurent payées par les cotisations d'aujourd'hui. Et celles de demain le seront avec les cotisations de demain.
Les montants affichés sur le compte expriment en réalité une dette virtuelle du système à l'égard de chaque salarié. « Au terme de sa vie active, expliquent les économistes Thomas Piketty et Antoine Bozio, le travailleur a ainsi accumulé un certain capital retraite, qui mesure l'ampleur de ses droits à la retraite. » Mais ce capital ne peut être perçu qu'à travers une pension mensuelle, versée après le départ à la retraite. Comme c'est le cas avec les régimes de retraite complémentaire en France, où chaque salarié accumule un capital de « points » dont le prix d'achat et la valeur (en termes de niveau futur de la pension) sont connus.
Les conditions dans lesquelles le capital accumulé évolue ne résultent cependant pas de règles individualisées. En pratique, l'Etat fixe des règles de valorisation propres à assurer que la charge globale du système s'accroisse au même rythme que la masse salariale. Sur ces bases, chaque année, l'Etat suédois envoie à chaque actif une information sur l'état de son compte – le montant cotisé par lui-même et son employeur, le montant attendu de sa future pension –, ainsi qu'un rapport sur l'équilibre financier du régime dans son ensemble. Une lisibilité que n'offre pas le système français actuel, où il demeure très difficile pour un individu d'estimer sa future retraite.
Cette simplicité résulte également d'un deuxième trait fondamental du système : la retraite est devenue proportionnelle aux revenus accumulés pendant toute la vie professionnelle. Dans l'ancien système suédois, un travailleur devait avoir cotisé au moins pendant trente ans et avoir atteint l'âge de 64 ans pour avoir droit à une retraite pleine. Celle-ci était calculée sur la base des quinze meilleures années de sa vie active. Dans son principe, ce système correspond au mode de calcul actuel en France de la retraite de base de la Sécurité sociale (même si les seuils sont différents). Désormais, en Suède, on peut choisir librement son âge de départ pour autant qu'on ait cotisé au moins quarante ans, sachant que le montant de la retraite est lié au revenu obtenu durant l'ensemble des années d'activité rectifié en fonction de l'espérance de vie moyenne de sa classe d'âge au moment où l'on fait valoir ses droits à pension.
Lire la suite : http://www.alternatives-economiques.fr/retraites-