Partager l'article ! Jean Christophe Cambadélis "Il ne faut pas être simplement une alternance, mais une alternative": La fin de campagne est marquée par l'abondan ...
La fin de campagne est marquée par l'abondance des sondages. La plupart d'entre eux donne une nette avancée au PS. Pourtant,
Jean-Christophe Cambadélis, membre du bureau national du parti, interrogé par leJDD.fr, reste prudent.
Les sondages vous donnent une belle avance. Avez-vous mis le champagne au
frais?
Non. Nous fêtons les victoires que lorsqu’elles arrivent. Non pas quand elles sont annoncées par voie de sondage. Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir
tué.
A quoi attribuez-vous l’avance donnée par les sondages ? Au bilan des régions
socialistes ou à l’anti-sarkozysme?
Les présidents socialistes de région et leur majorité de gauche ont un bon bilan, alors que le gouvernement Sarkozy et l’UMP ont un mauvais bilan. Ce qui conduit la gauche à se mobiliser derrière
les socialistes et la droite à se démobiliser devant le spectacle de l’UMP.
Vous parlez de présidents socialistes et de majorité de gauche.
Parviendrez-vous à vous unir après le premier tour, en deux jours?
Je pense que oui. Il suffit d’avoir le souci de l’union et le respect des chiffres du premier tour.
Ce sera de la cuisine politique en ajoutant un peu de communistes, un peu
d’écologistes en fonction des résultats…
Il faut gagner. Pour gagner, il faut être tous ensemble. Chacun le sait et il faut être responsable. Il faudra le souci de l’unité et le respect de ce que le peuple de gauche aura dit au premier
tour.
Mais y aura-t-il une cohérence sur les programmes?
Il y avait incohérence à opposer les programmes car nous sortons de cinq ans d’action commune. J’ai vu des écologistes critiquer l’action des socialistes alors qu’ils en étaient les dépositaires.
Dans leur programme ils citaient en exemple ce qu’ils avaient fait sous un magistère socialiste.
Ne craignez-vous pas que la France ne s’installe dans une cohabitation
durable, avec un pouvoir national à droite et un pouvoir régional à gauche?
C’était une possibilité que Nicolas Sarkozy a cassé en indiquant qu’il instaurerait une réforme des collectivités locales, tant sur le mode d’élection que sur la répartition budgétaire. S’il est
réélu dans deux ans, celle-ci s’appliquera dans la durée et les prochaines élections se feront sous la loi Sarkozy. S’il est battu, nous pourrons modifier. Nicolas Sarkozy, par cet acharnement
stratégique, a modifié la donne et a cassé la cohabitation. Sans être cruel, on pourrait presque le remercier.
Pourquoi?
Il a quelque part obligé tous les élus régionaux et locaux à s’engager dans la bataille présidentielle et à ne plus être spectateur de cette réforme territoriale.
Comment éviter le syndrome 2004, avec une gauche qui remporte un large succès
et ne parvient pas à se mettre en ordre de marche pour la présidentielle?
C’est tout l’enjeu. Il faut travailler et travailler encore. Il ne faut pas être simplement une alternance, mais une alternative. Il faut construire à la fois une dynamique d’union et une
dynamique de projet pour que la France donne la victoire à la gauche.
On ne voit pas cette dynamique d’union avant le premier tour des régionales.
Ce scrutin peut-il toutefois servir de tremplin?
Oui. Il peut servir de révélateur. Le message pourra être qu’ensemble, on gagne et divisés, on perd.
Il y a un an, le PS était en déliquescence, aujourd’hui on lui promet un
triomphe. Comment expliquer ce retournement?
On a peut-être été vite en l’enterrant. Le Parti socialiste est en partie implanté nationalement et ses idées sont toujours présentes dans une crise économique majeure. Deuxièmement, la crise à
droite et son impuissance sont beaucoup plus fortes que ne le pensaient les commentateurs. Et l’infini entre la résistance socialiste et l’inexistence d’une politique de droite a fait le
reste.
Sur le terrain, avez-vous mesuré les effets de l’affaire Frêche?
Les gens d’un seul coup se sont dit: "Pour leurs principes, ils sont capables de perdre une région" et "ce qu’ils disent à Paris, ils le font en région". Ce sens politique a été
très favorable au Parti socialiste. Cela veut dire qu’on n’est pas simplement là pour gagner des postes ou des positions, mais qu’on est prêt à défendre, même dans l’adversité, ce qu’on estime
nécessaire à gauche.
Source JDD.fr