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Lancé à l’initiative d’Éric Besson, secrétaire général adjoint de l'UMP et ministre de l’Immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du
développement solidaire, le « grand débat » sur l’identité nationale est attaqué dans son principe par de nombreux intellectuels et hommes politiques. Certes, les visées politiciennes
sont cousues de fil blanc et le thème de la nation a connu bien des vicissitudes au XXe siècle. Les termes mêmes du débat peuvent prêter à discussion en invitant d’emblée à réfléchir sur des
« valeurs ». Faut-il pour autant refuser de mener ce débat ?Écartons d’emblée toute naïveté. Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour deviner que le lancement inopiné de ce « grand débat » a pour premier enjeu de reprendre la main sur l’agenda public, au terme d’un mois d’octobre où la majorité a connu quelques remous avec l’affaire Jean Sarkozy et les discordances sur la taxe professionnelle et la réforme des collectivités locales. Suivant une méthode qui a souvent réussi à Nicolas Sarkozy, son ministre de l’Immigration lance à l’opinion et à la presse un thème suffisamment « chaud » pour faire oublier ceux qui l’ont précédé.
Par ailleurs, on sait que les stratèges de l’Élysée observent d’un œil soucieux la possibilité d’une remontée du Front national dans les sondages. On sait que la victoire de M. Sarkozy en 2007 a été rendue possible, notamment, par sa remarquable capacité à élargir son espace sur sa droite, asséchant littéralement le FN en empruntant quelques-uns de ses thèmes favoris, articulés dans un langage politique plus présentable. L’ouverture à gauche, les résultats modestes des promesses sur la sécurité et l’immigration, l’usure du pouvoir et un certain nombre de maladresses enfin semblent avoir contribué à éroder l’attrait de l’UMP pour une partie de ces électeurs. En se repositionnant sur un terrain qu’elle avait semblé délaisser, la majorité prend date pour les élections régionales et au-delà pour les présidentielles de 2012.
Enfin, en plaçant le débat sur les « valeurs », les stratèges de l’Élysée renouvellent un tour de passe-passe politique dont le cas d’école est la victoire des Républicains américains en 2000 : George W. Bush avait construit son succès sur un déplacement du débat politique des questions économiques et sociales, où les Démocrates pouvaient lui tenir tête, aux « valeurs » américaines et à des questions envisagées d’un point de vue moral, comme l’avortement, où les Républicains étaient beaucoup plus à l’aise que leurs adversaires.
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Source Telos