Partager l'article ! Dominique Strauss-Kahn ou le paradoxe socialiste: Le Parti socialiste va gagner les élections régionales et il va les gagner largement. ...
Le Parti socialiste va gagner les élections régionales et il va les gagner largement. Il en aura peu de mérite mais il en tirera grand
profit. Les circonstances lui sont si favorables qu’il ne saurait en aller autrement : la crise pèse de tout son poids sur le moral des Français, le niveau du chômage et le spectre de la
précarité demeurent plus anxiogènes que jamais, la popularité de Nicolas Sarkozy s’affaisse, l’électorat de gauche veut exprimer un vote sanction et l’électorat de droite est tenté d’avouer sa
déception en faisant la grève des urnes. Les réformes à venir (les retraites par exemple) inquiètent plus qu’elles ne créent d’espérance. Dans ces conditions, il aurait fallu accumuler les
fautes et les gaffes pour ne pas remporter la victoire. Le PS n’a pas particulièrement brillé durant cette morne campagne mais il n’a pas commis non plus de bourde manifeste. Le 21 mars,
il sera donc le grand bénéficiaire de cette séquence intermédiaire. Le printemps sera socialiste.
Du coup, Martine Aubry sortira renforcée de l’épreuve. Il y a un an, elle était contestée, critiquée, bousculée.
Aujourd’hui, elle est respectée, estimée, considérée. Elle a gagné sa pleine légitimité de première secrétaire. Elle dispose d’une majorité désormais solide, alors que son opposition
royaliste s’est disloquée. Les trois conventions programmées vont lui permettre d’apposer son empreinte sur ce qui deviendra le projet officiel du PS. Elle met en œuvre sans état d’âme la
méthode traditionnelle inaugurée par François Mitterrand : dans l’opposition, on s’oppose frontalement, systématiquement, sans rien reconnaître de positif, jamais, dans l’action du
gouvernement de droite, sans laisser de répit au président de la République. Comme celui-ci s’exprime beaucoup, les occasions se pressent. Comme il incarne et assume totalement ses choix,
la cible s’offre en permanence aux coups de griffe de la maire de Lille. Ségolène Royal va vraisemblablement effectuer son retour sur la scène nationale au lendemain du vote. François Hollande
travaille d’arrache-pied et produit d’ailleurs à lui seul plus de propositions intéressantes (fiscalité, retraites, régulations financières, bientôt éducation) que le reste du PS réuni. Il
n’empêche : à deux ans de l’élection présidentielle, Aubry a pris de l’avance sur les autres dirigeants du PS. Elle apparaît désormais à sa place, solidement installée dans ce fauteuil de
première secrétaire qui, au départ, semblait si peu la séduire. Même si elle se garde bien d’en parler en public, il n’y a guère de doute : la voilà prétendante légitime à l’investiture
présidentielle. Le fait que son prédécesseur, Hollande, n’ai pas voulu concourir crée d’autant moins un précédent que l’affaire s’est mal terminé pour les socialistes, puisque Nicolas Sarkozy
l’a emporté aisément sur Royal. Aubry est donc en piste.
Le paradoxe socialiste est qu’au moment où sa première secrétaire s’affirme, un autre socialiste apparaît plus que jamais comme
l’homme de la situation : Dominique Strauss-Kahn bien sûr. Jamais dans le passé, à aucun moment de la Ve République on n’a pu assister à une telle adéquation entre un homme
politique d’opposition et les circonstances économiques. La période actuelle, on le voit quotidiennement, dépend toute entière de l’évolution de la crise mondiale et de ses répercussions
sur la France. La question qui domine toutes les autres est de savoir comment mettre en place les régulations nécessaires pour que la confiance, l’investissement et la croissance
reviennent.
Cela soulève des interrogations innombrables. Qui doit être le régulateur
financier mondial ? Quels contrôles et quelles normes faut-il mettre en place ? Quid des règles comptables et prudentielles, des fonds propres des banques, du marché des produits
dérivés, des agences de notation, de la titrisation ? Faut-il accepter plus d’inflation pour diminuer plus aisément la dette ? Faut-il une taxe sur les mouvements de capitaux pour
financer le développement «vert» des pays du tiers-monde ? Faut-il un fond monétaire européen, un nouveau système monétaire mondial, une autre façon de relancer la croissance ? La
France investit-elle ce qu’il faut là où il le faut ? Comment préserver son industrie et son agriculture, quelles filières d’avenir faut-il et peut-on
développer ?
Que doit être dans ces conditions un socialisme de la production ? Personne en France à gauche ne possède, ni de près ni de loin, l’expérience, la compétence, l’autorité, l’imagination de Strauss-Kahn sur tous ces sujets. Un homme de gauche si manifestement qualifié pour résoudre une crise économique et financière, si largement regardé comme tel, cela n’a jamais existé en France, même au bénéfice de Pierre Mendès-France ou de Michel Rocard. Voilà donc le PS avec une candidate légitime, Aubry, et un présidentiable naturel, Strauss-Kahn : alternative ou tandem ?
Source par Alain DUHAMEL
Libération.fr