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Que la fête commence ! Enfin, la fête... Le plus grand show planétaire depuis Seattle, en 1999, ou Rio de Janeiro, en 1992, va s'ouvrir, lundi 7 décembre,
pour quinze jours d'âpres discussions : Copenhague s'apprête à recevoir près d'une centaine de chefs d'Etat. Barack Obama, d'abord annoncé en vedette... américaine le 9 décembre, assistera
finalement à la fin du sommet. Près de 15 000 diplomates, politiques, journalistes, activistes, lobbyistes, y sont attendus, ainsi qu'un nombre imprévisible de manifestants, le samedi 12
décembre.
Le monde semble cependant arrivé, en 2009, à un point d'arrêt. Car la conférence de Copenhague s'ouvre sous le signe de deux décalages. D'une part, celui entre les engagements des pays et ceux que recommande la communauté scientifique, réunie dans le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). Alors que celui-ci indique que, pour limiter le réchauffement planétaire à 2 °C en 2050, il faudrait réduire de 50 % les émissions mondiales, les engagements concrets sont très en deçà de cette perspective. Au contraire, les émissions ont augmenté, depuis 2000, plus rapidement que jamais auparavant, à 3,4 % par an.
D'autre part, le décalage entre la responsabilité peu disputée des pays du Nord (du fait de leur expansion précoce lors du XIXe siècle) et leur incapacité à maîtriser leurs émissions. Seuls quelques pays européens ont réussi à respecter réellement les engagements de Kyoto, tandis que les Etats-Unis, le Canada, l'Australie les ont largement dépassés. Cela explique la radicalisation des pays en développement, réunis au sein du groupe dit du G-77 : sensible depuis un an, elle s'est accentuée tout au long de 2009, alors qu'il devenait clair que la magie Obama n'opérait pas et que la récession économique limitait les marges de manoeuvre des pays occidentaux.
Cependant, la négociation ne peut se lire selon le seul prisme de l'opposition Nord-Sud. D'abord, parce qu'il ne s'agit pas de l'emporter sur les autres, mais de répartir équitablement un effort ou des nuisances auxquelles aucun pays n'échappera. Ensuite, parce que la rapide croissance des grands pays émergents fait que plusieurs de ceux-ci (Chine, Inde, Brésil) sont devenus des émetteurs massifs de gaz à effet de serre dont la responsabilité ne peut plus être niée. Deux éléments nouveaux sont aussi apparus, qui pourraient contribuer à faire évoluer une situation apparemment bloquée. Le premier est que la contestation grandit contre les mécanismes de marché prévus par le protocole de Kyoto.
La crise économique, liée au comportement irresponsable du système financier, conduit à douter de l'efficacité des marchés des émissions. L'intérêt revient pour des méthodes, qualifiées de "politiques et mesures" par le protocole, et qui sont applicables par chaque Etat séparément. Ensuite, le mouvement écologiste, qui a toujours influencé la négociation climatique, évolue lui aussi dans son analyse : pour la première fois, il soulignera l'importance des politiques sociales menées au sein même des pays, en mettant en avant le concept de "justice climatique" conduisant à la "justice sociale".
Les manifestations du samedi 12 décembre permettront de mesurer la force de cette nouvelle interrogation. Rarement négociation aura été aussi imprévisible que celle-ci. Une simple déclaration politique serait un échec. Les jeux sont ouverts.
Source LeMonde.fr