Partager l'article ! Martine Aubry : «Ségolène Royal sait que je n’ai pas triché»: Martine Aubry, la première secrétaire du PS, a répondu hier à six de ...
Martine Aubry, la première secrétaire du PS, a
répondu hier à six des lecteurs du Parisien. Thèmes majeurs : sa rivalité avec Royal, la crise économique, la politique de Sarkozy.
STÉPHANIE BOURBOUSE. Ségolène Royal vous a demandé de porter plainte contre les auteurs de ce livre. Allez-vous le faire ?
STÉPHANIE BOURBOUSE. Quels sont aujourd’hui vos rapports avec elle ?
Jusqu’à La Rochelle, ils étaient très bons. Nous avions réussi à retrouver des relations normales et j’étais très heureuse de cela. On peut ne pas être d’accord sur tout, être différentes, et débattre en toute sérénité. Dernièrement, les choses se sont un peu distendues. Il y a eu sa prise de position sur la taxe carbone puis sa réaction sur le livre. J’espère, comme tous ses amis, que tout cela va rapidement se dissiper. Nous avons une feuille de route à suivre pour répondre aux attentes des Français : la rénovation du parti, le projet de société, le rassemblement de la gauche. Il n’y a pas une seconde à perdre.
VINCENT BOLUS. Ségolène Royal est sur tous les médias, aborde tous les sujets… A quel titre s’exprime-t-elle ? Qui est vraiment le chef au PS ?
Elle est légitime à s’exprimer, à dire de ce qu’elle pense.
Je proposerais de remettre l’économie devant la finance. En défendant par exemple la taxation des revenus des sociétés en fonction de l’utilisation de leurs bénéfices. La fiscalité doit être beaucoup plus lourde pour celles qui font des placements financiers et qui redistribuent à leurs actionnaires au lieu de réinvestir dans l’entreprise, la recherche, la formation des salariés. Nous sommes également favorables à la limitation des bonus, à la suppression des stock-options, sauf dans les petites entreprises où des hommes et des femmes ont parfois pris des risques pour les développer. Les parachutes dorés pour les dirigeants doivent aussi être supprimés. Il faut mettre en place une hiérarchie des rémunérations beaucoup plus juste. Moi je ne me contente pas, comme le fait Nicolas Sarkozy, de grands discours à coups de slogans du type « patrons voyous ». Contrairement à ce qui s’est passé dans d’autres pays, le chef de l’Etat n’a jamais fait voter de texte pour mettre fin aux abus. Depuis le mois de mai, le CAC 40 a augmenté de 40 % : ceux qui nous ont amenés à la crise recommencent comme si de rien n’était. L’Etat est responsable ! La France aurait pu adopter des règles : les députés socialistes ont déposé une proposition de loi sur les bonus et les stock-options qui sera examinée le 15 octobre à l’Assemblée nationale.
GRÉGOIRE MILOT. Pour lutter contre le chômage, quelles mesures fortes préconise le PS ?
Il n’y a pas de fatalité, même s’il y a des périodes plus ou moins difficiles. Quand Lionel Jospin est arrivé au gouvernement en 1997, on nous disait : cela fait vingt-cinq ans que la gauche et la droite échouent sur le chômage. Nous en avons fait une priorité nationale et nous avons réussi à le faire baisser fortement. Quand il y a une réelle volonté politique, il y a des résultats. Aujourd’hui, malgré la crise internationale, on peut agir. Il aurait fallu, comme nous l’avons proposé, un plan de relance de 50 milliards d’euros agissant sur l’investissement et la consommation. Celui du gouvernement est vraiment riquiqui. Nous proposons de nouvelles mesures de même nature que celles qu’Angela Merkel a prises en Allemagne ou Zapatero en Espagne : un remboursement de TVA de 200 € pour les 16 millions de familles les plus modestes. Cela coûterait 3,2 milliards d’euros : autant que la baisse de la TVA dans la restauration qui, elle, n’a eu qu’un effet très limité. Temporairement, nous demandons le maintien des allocations familiales aux familles dont les enfants atteignent 20 ans. Enfin, la relance des emplois jeunes dans les secteurs où de nombreux besoins existent : environnement, services à la personne, etc.
EDOUARD TINAUGUS. Le gouvernement envisage d’augmenter le forfait hospitalier à la charge du patient et de moins rembourser certains médicaments. Les Français sont-ils condamnés à payer toujours plus pour se soigner ?
EDOUARD TINAUGUS. Concernant la taxe carbone, les Français n’auront pas le choix. Pour protéger l’environnement, il faudra payer ?
GREGOIRE MILOT. Estimez-vous que le pouvoir gère bien le dossier de la grippe A ?
Quand le gouvernement fait quelque chose de bien, je le dis, et là c’est le cas. Je pense qu’il fait son travail. En fait-il trop ? S’il en faisait moins, on le lui reprocherait. Le
gouvernement explique les risques, prend les mesures de salubrité nécessaires et prévoit la vaccination. J’ai l’impression que les choses sont bien prises en main.
LOUISA JOVANOVIC. Que pensez-vous d’une éventuelle interdiction du port de la burqa, vous qui aviez instauré à Lille des horaires de piscine réservés aux femmes musulmanes ?
Ne mélangeons pas tout. J’avais ouvert ce créneau horaire de façon temporaire. Depuis il est fermé. Cela ne concernait pas que les musulmanes. C’était dans un quartier où beaucoup de femmes ne sortaient pas de chez elles. Les premières qui ont demandé cette mesure étaient des femmes souffrant d’obésité. Puis, des femmes maghrébines se sont jointes à elles. Je suis une féministe absolue : j’ai fait un détour par rapport à mes principes, ceux de la République, pour permettre à ces femmes de faire du sport, de sortir de chez elles et tout simplement d’exister. Lorsque ce créneau horaire a été supprimé, plus de la moitié des femmes ont continué à aller à la piscine en même temps que tout le monde. Chaque fois que je vois une femme en burqa, cela m’indigne au plus haut point. Comment peut-on leur laisser croire que leur religion leur impose cela ? Faut-il une loi pour interdire la burqa ? Je suis extrêmement hésitante. Je suis convaincue que c’est par la raison et l’éducation qu’on la fera reculer. Mais aussi en luttant contre les discriminations qui humilient et replient les femmes sur elles-mêmes.
VINCENT BOLUS. Vous défendez le non-cumul des mandats dans votre parti. Mais comment allez-vous le faire respecter ?
Nous allons changer nos statuts avant l’été 2010. Les militants du PS voteront le 1
e r octobre pour nous dire par exemple s’ils sont d’accord pour interdire qu’un parlementaire, député ou sénateur, soit président ou vice-président de région ou de département, ou maire, ou
adjoint au maire. Lors des élections sénatoriales, certains de nos sénateurs qui sont président de région ou maire vont donc devoir choisir. Lors des renouvellements suivants, municipales et
législatives, la même règle s’appliquera. D’ici quatre ans, il n’y aura plus de cumul des mandats dans notre parti. C’est une condition sine qua non pour renouveler le PS, mais aussi pour
accroître la démocratie dans la vie politique.
GRÉGOIRE MILOT. Le meilleur moyen de rénover n’est-il pas de donner l’exemple en choisissant entre votre mandat de maire, celui de présidente de la communauté urbaine de Lille et votre
poste de première secrétaire du PS ?
Je n’ai jamais cumulé les mandats. Concernant ma fonction de première secrétaire, comment pourrait-on diriger un grand parti en France si on n’est pas sur le terrain ? On me reproche souvent ma présence à Lille, mais c’est d’abord dans ma ville que je comprends la vie des Français et que j’essaie de la rendre plus facile ! Si j’étais enfermée dans mon bureau rue de Solferino à Paris, comment pourrais-je parler de la France et agir ?. Je crois essentiel de ne pas être une technocrate de la politique. J’ai besoin d’être au contact des gens. La communauté urbaine de Lille est la continuité naturelle de l’action dans ma ville et sur le territoire. Et si demain, il fallait choisir entre les deux, je le ferais.
STÉPHANIE BOURBOUSE. Pour les régionales de mars prochain,
envisagez-vous des alliances ? Avec le PC ? Avec le MoDem ?
La priorité, c’est le rassemblement de la gauche et nous y travaillons fortement avec l’ensemble de nos partenaires : le PC, les Verts, les radicaux et les Citoyens. Nous sommes ouverts aux humanistes et aux démocrates si cela se fait dans la clarté, sur les alliances comme sur le projet. Que François Bayrou dépose des listes aux régionales ou qu’il veuille se présenter à la présidentielle, c’est son droit, il est chef de parti. Mais il doit nous dire ce qu’il fera par exemple au soir du premier tour des élections régionales : appellera-t-il à voter pour le mieux placé entre la gauche et le MoDem ? Et puis, il faut parler du fond. J’accepte volontiers de le rencontrer pour discuter de ses propositions. Vous savez, lui et moi, nous nous connaissons depuis longtemps, il est béarnais, je suis basque... Cela peut créer des liens !
VINCENT BOLUS. Vous avez discuté dimanche avec Marie-George Buffet. Lui
avez-vous parlé des droits de l’homme en Chine et en Corée du Nord, pays communistes ?
Je suis évidemment opposée à des régimes communistes totalitaires. Mais la Chine, vous savez, c’est plus compliqué que cela... Avec les partis de gauche, nous avons des valeurs communes en France et de proximité dans nos combats et nos projets.
GRÉGOIRE MILOT. Vous parlez des Verts. Justement, si Cécile Duflot devance le
PS au soir du premier tour en Ile-de-France lors des prochaines régionales, vous vous rangerez derrière elle ?
Je ne pense pas que cela se produira. Je souhaite que chacun d’entre nous fasse le
plus haut score possible.
Bien évidemment, si un de nos partenaires de gauche est devant nous, c’est lui que nous soutiendrons, il n’y a aucun doute. C’est la règle du désistement républicain que la gauche doit
appliquer.
NICOLAS STUBERT. Le PS devrait organiser les primaires pour désigner son candidat en 2012. Comment cela va-t-il se passer ? Et vous, serez-vous candidate à ces primaires ? Y pensez-vous le matin ?
Je ne me rase pas le matin... C’est peut-être pour cela que je n’y pense pas ! Il faut être un homme pour ne penser qu’à la présidentielle. Même s’il y a quelques exceptions chez les femmes quand même ! Pour les modalités des primaires, on ne peut pas décider à la place de nos partenaires de gauche. Je propose des primaires pour nous, les socialistes, même si nous serons ravis d’accueillir ceux de nos partenaires, tels les radicaux, qui souhaiteraient se joindre à nous. Chaque parti est bien evidemment libre de son propre choix. Il n’y pas de volonté d’hégémonie de notre part. Concernant la participation, je la souhaite la plus large possible. Mais je veux que les Français nous rejoignent d’abord sur un projet et non pas pour soutenir telle ou telle personne. Nous ne cherchons pas à avoir des supporteurs mais des citoyens engagés.
STÉPHANIE BOURBOUSE. Plusieurs responsables politiques comme Brice
Hortefeux, Eric Besson ou avant, Manuel Valls, se sont fait piéger par des vidéos diffusées sur Internet. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Je suis très choquée que des personnalités politiques critiquent Internet parce que le Web diffuse leurs propos inacceptables. Quand on est un homme ou une femme politique, votre parole est publique et elle vous engage. Personnellement, j’ai été outrée par les propos de Brice Hortefeux. Ces propos sont graves, exprimés sur un ton goguenard et méprisant. Quand on est ministre de l’Intérieur, c’est d’autant plus inacceptable.
STÉPHANIE BOURBOUSE. Frédéric Mitterrand sifflé à la Fête de l’Humanité parce
qu’il est un ministre de l’ouverture, est-ce que ça vous gêne ?
D’abord, Frédéric Mitterrand ne s’est jamais revendiqué comme un homme de gauche. Mais c’est quelqu’un que je respecte pour ses compétences et sa culture. Je n’aime pas que l’on siffle les
gens. Au-delà de sa personne, quand on est de gauche, on ne va pas dans le gouvernement Sarkozy. Ceux qui y sont allés ne sont pas des hommes ou des femmes de gauche.
LOUISA JOVANOVIC. On sait très peu de choses sur votre vie privée et on ne
vous voit jamais dans les journaux people. Comment arrivez-vous à rester aussi discrète ?
Quand on parle de soi, on ne parle pas des Français, ni de leurs problèmes. Nous ne sommes pas des stars ! Moi par exemple, j’aurais tout intérêt à me montrer avec mon père (NDLR : Jacques
Delors) que les Français adorent. Et ma mère est tout aussi bien ! J’ai un mari formidable, une fille adorable, mais ils font partie de mon jardin secret et je n’accepterai pas qu’on les
utilise. Concernant mes passions, tout le monde sait que j’aime la cuisine, les bons repas entre amis, la culture et que je ne fais pas de sport, malheureusement ça se voit (rires) . Ma place
n’est pas dans le people !
Source Le Parisien