Partager l'article ! François Bayrou ou le mirage à gauche: J’ai beau avoir lu et relu le discours de François Bayrou, je n’ai rien vu si ce n’est cette horr ...
J’ai beau avoir lu et relu le discours de François Bayrou, je n’ai rien vu si ce n’est cette horrible formule d’offre publique de débat qui sous-entend, je
suppose, d’achat. Non, en l’écoutant ou plutôt le regardant car maintenant entre la poire et le fromage, nous sommes en direct live partout. Donc, j’ai constaté que François Bayrou avait mis sa
cravate. Là, je me suis dit : il s’est préparé. Mais sa proposition de débat me fait irrémédiablement penser « au dialogue idéologique » proposé par Guy Mollet au PCF à la fin des années 60 quand
ce dernier voulait refuser le programme commun.À part cela, François Bayrou veut combattre Sarkozy, ce qui est bien, tout en restant à droite, ce qui l’est moins. On aurait pu imaginer un geste fou : une demande de rencontre avec Martine Aubry. Nenni. François Bayrou veut rester l’antisarko de l’autre rive. Subordonnant sa tactique à l’objectif stratégique, rappelé par Marielle de Sarnez il y a quelques jours : François Bayrou doit être au 2e tour de la présidentielle.
Il a suffi d’une phrase. La main tendue est bienvenue, un tacle par derrière de l’UMP : « Bayrou a trahi ». Et François Bayrou sans bouger était déjà à gauche.Le président du Modem a raté une occasion de clarifier sa position renvoyant à un Congrès l’aggiornamento idéologique mais déclinant en 12 points son « et et » et de droite et de gauche, verrouillant les primaires, évitant les régionales.
Nous ne sommes pas plus avancés. Si le dialogue doit être une vertu démocratique, la clarté est une éthique républicaine.
L’alternance n’a de sens que si c’est une alternative aux politiques de droite. Le sectarisme est évidemment à condamner, mais les faux-semblants aussi. Au passage, François Bayrou fait du PS l’interlocuteur principal de l’alternance. Merci mais ce n’est charitable ni pour les Verts ni pour les autres. Bon, on a compris, François Bayrou ne change pas. C’est toujours la stratégie de V. Giscard d’Estaing : rassembler deux Français sur trois. Ce dernier s’était distingué des gaullistes puis avait réussi à capter une partie du désir de changement dans les deux camps.
Tout cela ne nous avance pas beaucoup. C’est le mirage à gauche de François Bayrou.
Jean Christophe CAMBADELIS