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Les principaux paramètres de l'élection présidentielle de 2012 se sont mis en place au cours des dernières semaines.
A droite, Dominique de Villepin va sans doute déclencher une nouvelle guerre du centre droit contre son ancien ministre de l'intérieur. Il agira avec raison tant Sarkozy porte atteinte à la tradition républicaine de la droite, mais pour de mauvaises raisons tenant à sa haute estime de lui même. A l'extrême droite, le Front national, que Sarkozy s'enorgueillissait d'avoir terrassé, a de solides chances de lui donner des sueurs froides. Le président paiera ainsi le mélange de nitrate et de glycérine de son discours frontiste et de son inefficacité.
A gauche, Jean-Luc Mélenchon, confondant la faiblesse du Parti socialiste (PS) et sa propre force, a eu la bonne idée de sortir du parti de lui même, épargnant aux socialistes un débat stérile.
Au centre gauche, les écologistes semblent en passe de devenir une véritable puissance électorale et une
force plus stable que par le passé. Ils constituent de ce fait un partenaire idéal pour les sociaux-démocrates pour au moins trois raisons :
- Ils occupent une partie de l'espace politique que l'ego de Bayrou a fait perdre au Modem ;
- S'ils parviennent à éviter le retour aux anciennes querelles et choisissent Eva Joly comme candidate,
l'actuelle députée européenne pourrait devenir une formidable numéro 2 du gouvernement en tant que ministre de la justice-ministre d'Etat. Ce double titre serait un gage vis a vis des partenaires
écologistes et un signe fort de la direction prise par la nouvelle majorité ;
- Les écologistes sont à la fois les partenaires progressistes et européens naturels du PS et la force
capable d'orienter l'économie dans le sens d'une nouvelle croissance fondée sur les technologies vertes et les PME.
Tout semble donc pour le mieux dans le meille ur des mondes. C'est le cas… à peu de choses près. Il reste! encore des erreurs à éviter, un important travail de fond à terminer et un chemin assez clair duquel ne pas dévier.
Trois écueils à éviter :
Première erreur à éviter : poursuivre Mélenchon sur la gauche. Sa force ne tient qu'à la faiblesse du PS. Si le projet socialiste est structuré, conquérant et assume son orientation sociale-démocrate, Mélenchon retrouvera le niveau qui lui revient de droit.
Deuxième risque, développer un projet qui soit insuffisamment crédible et ferme sur la sécurité. Les électeurs de gauche attendent au moins autant de garanties sur ce sujet que sur la justice économique. Une politique républicaine forte en matière de sécurité est nécessaire et évite par ailleurs les tentations d'une nouvelle candidature Chevènement, qui, irresponsable en 2002, serait proche de criminelle en 2012.
Enfin, la direction du parti doit éviter de se laisser dicter son rythme de travail par le binôme Sarkozy-Royal. Les deux anciens candidats ont un intérêt commun bien compris dans l'invective médiatique, permettant à l'un de camoufler son échec et à l'autre de maintenir une existence politique menacée par un travail de fond du PS. Les interventions récentes de Ségolène Royal réclamant une réponse rapide de Martine Aubry sur la sécurité sont dans son intérêt, pas dans celui de la gauche. Si l'ancienne candidate semble jouer l'apaisement à La Rochelle elle multipliera sans doute ce genre d'attaques camouflées dans le futur. Il est important pour les socialistes de garder à l'esprit que le travail de fond nécessaire se passe à Solférino. Une sincère volonté de contribuer au renouveau passe par les idées et non par les commentaires médiatiques. La sécurité doit s'insérer dans un projet global du Parti socialiste. Se précipiter dans une réplique à Sarkozy revient à lui laisser la main et à éloigner le PS du fond. Martine Aubry doit imposer son rythme sur la question de la securité comme elle a su le faire sur d'autres sujets.
PRIORITÉ AU PROJET ET À UNE CANDIDATURE SOCIALE-DÉMOCRATE
Le PS doit en effet, avant tout s'attacher à développer un projet cohérent et crédible. La Convention pour un nouveau modèle de développement a été une première étape intéressante. Un peu mis au second plan par le débat sur le "care", son contenu a été insuffisamment analysé. Sans se déclarer comme tel, le texte contient tous les éléments d'une plate-forme sociale-démocrate par sa vision d'une économie efficace et socialement juste, la volonté d'émanciper les travailleurs par la création d'une sécurité sociale professionnelle, la revalorisation d'une véritable politique fiscale cohérente et juste et la détermination à réguler les activités financières en les remettant au service de l'économie réelle. Ce modèle qui fait également la part belle aux préoccupations écologiques doit se compléter d'une politique républicaine de sécurité, d'éducation et d'intégration solide, qui permette de réparer les dégâts considérables des dernières années et assure la cohésion sociale.
Le Parti socialiste est sur la bonne voie et a la possibilité de remporter la prochaine élection présidentielle. Une candidature de Dominique Strauss-Kahn s'impose clairement comme la meilleure option. D'abord elle éviterait les attaques sur la compétence économique du PS, détruisant d'un coup tout un pan de l'argumentaire de la droite. Par ailleurs la stature internationale de DSK est évidente et permettrait un travail facilité et approfondi avec les pays en développement qui ne s'arrêtent pas – comme certains en France – au sigle FMI et reconnaissent le travail mené par l'actuel président du Fonds. Sa présidence pèserait également d'un vrai poids dans le sens d'une régulation mondiale qu'il défend depuis toujours et renforcerait l'influence européenne de la France.
Le chemin vers cette véritable opportunité, qui est aussi celui vers la meilleure seconde option, une
candidature de Martine Aubry, implique plusieurs prérequis :
- Le maintien des primaires au second semestre 2011 : dans le système actuel de fonctionnement du PS (qui !
mérite s ans doute une évolution post 2012), l'avancement du calendrier serait une catastrophe, qui détournerait des enjeux réels, mettrait a mal la cohérence du projet et ouvrirait de nouvelles
querelles de personnes dans lesquelles Segolène Royal s'engouffrerait ;
- Le maintien de Martine Aubry comme première secrétaire au moins jusqu'en juin 2011 : Martine Aubry a
effectué un travail remarquable à son poste et est la seule à pouvoir maintenir une discipline allant dans le sens de la construction du projet. Ce maintien peut bien sûr apparaître comme un
sacrifice au seul bénéfice d'une candidature de DSK, mais le retrait de la première secrétaire nuirait non seulement au PS, mais aussi à l'éventuelle candidature Aubry elle même, dont la grande
force ne peut résider que dans la construction réussie d'un programme de gouvernement ;
- La neutralisation de Ségolène Royal : une candidature Royal passe par un échec d'Aubry comme la position
d'attente, légèrement en dehors du parti, de la présidente de la région Poitou Charente le suggère clairement. Un véritable signe d'unité viendrait de sa participation active au projet du PS. Par
ailleurs lui confier la responsabilité du projet du Parti socialiste sur les questions essentielles de cohésion sociale, d'éducation et de sécurité est parfaitement justifié étant donné que c'est
dans ces domaines que l'ancienne candidate a à la fois le plus d'expérience et les intuitions politiques les plus puissantes sur ce que doit être le positionnement du PS.
Enfin, la candidature de Dominique Strauss-Kahn nécessite un signe clair du principal intéressé avant la fin 2010 : il doit sortir de l'ambiguïté afin de maintenir la mobilisation autour de son nom s'il décide de participer aux primaires ou de laisser une candidature sociale-démocrate de Pierre Moscovici donner sa pleine mesure s'il décide de ne pas être candidat.
Par Thomas Lancien, MPA de la London School of Economic and Political Science
source Le Monde.fr