Vendredi 21 mars 2008 5 21 /03 /Mars /2008 14:49
Contre-pouvoir ? Les responsables socialistes d'exécutifs locaux rejettent ce mot.

"Nous sommes un pouvoir", nuance Alain Rousset, président (PS) du conseil régional d'Aquitaine et de l'Association des régions de France (ARF), qui rappelle que "70 % de l'investissement public vient des collectivités locales".

André Laignel, maire (PS) d'Issoudun (Indre) et secrétaire général de l'Association des maires de France (AMF), récuse lui aussi cette expression : "Elle suppose que l'on mette sur le même plan l'Etat et les collectivités, ce qui n'a pas de sens. Je préfère parler de rééquilibrage ou de politiques de rattrapage."

Quoi qu'il en soit, les collectivités qui ont basculé à gauche à l'issue des scrutins municipaux et cantonaux du dimanche 16 mars veulent se faire entendre du gouvernement. A défaut de "contre-pouvoir", leurs élus locaux des différentes collectivités locales évoquent volontiers un "bras de fer".

Dans les communes

Selon André Laignel, les villes de gauche peuvent contrebalancer l'action de l'Etat dans trois domaines au moins : égalité des chances, politique du logement et pouvoir d'achat.

Sur le premier point, l'effort des communes peut porter sur l'accueil de la petite enfance et ce qui concerne l'éducation, comme les cantines scolaires et les activités sportives. Les collectivités peuvent faciliter l'accès des plus démunis à ces services, en baissant les coûts, voire en instaurant la gratuité.

Pour le sport, le financement des équipements incombe à 80 % aux collectivités locales. En ce qui concerne le logement, les communes peuvent agir sur les plans d'urbanisme et l'acquisition du foncier. En revanche, le financement provient très largement de l'Etat. "In fine, ce n'est pas nous qui finançons le logement social", souligne André. Laignel.

Les communes prennent aussi une part importante dans le domaine de la culture. Selon André Laignel, hors Paris, les crédits de la culture sont versés à 90 % par les collectivités locales. Pour Michel Destot, maire (PS) de Grenoble et président de l'Association des maires des grandes villes de France (AMGVF), "il n'est pas admissible que l'Etat continue de définir les grandes orientations des politiques culturelles sans concertation, alors que ce sont les collectivités qui payent".

Même chose pour la politique de la ville. Les 500 millions d'euros prélevés pour ce secteur sur les crédits des transports urbains, comme l'a prévu le Grenelle de l'environnement, n'ont toujours pas été digérés par les maires. "Nous réclamons que les maires soit chefs de file en matière de politique de la ville", insiste Michel Destot.

Sur ce dossier comme sur les pôles universitaires d'excellence prévus par le plan Campus, et sur la réforme de la carte hospitalière, les maires réclament à l'Etat davantage de concertation. "Ce n'est pas simplement une question de rapport droite-gauche", affirme Michel Destot. "Ce point de vue est partagé par beaucoup de maires de droite qui ne veulent pas être tenus pour quantité négligeable."

Dans les départements

Les conseils généraux, dont huit viennent de basculer de droite à gauche, se sentent plus forts pour négocier avec l'Etat. "Nous ne sommes pas dans le cadre d'une cohabitation", explique Claudy Lebreton, président (PS) du conseil général des Côtes-d'Armor et de l'Assemblée des départements de France (ADF). "Mais il peut y avoir confrontation. Nous allons être très exigeants dans la négociation. Rien ne se fera sans nous. Sinon, ce sera la baston."

Les départements sont confrontés à une hausse prévisible des dépenses en matière sociale : RMI, allocation personnalisée d'autonomie (APA), hébergement des personnes âgées... Pour ces prestations, les conseils généraux sont partiellement tributaires des dotations de l'Etat.

"Si l'Etat se désengage, il n'est pas question de compenser ses manques", prévient Claudy Lebreton. "Nous le mettrons devant ses responsabilités et nous prendrons l'opinion à témoin."

Pour l'instant, le maître mot, dans les départements de gauche, reste la "négociation".

Dans les régions

Pour Alain Rousset, "les collectivités deviennent ipso facto des protecteurs de nos concitoyens contre le retrait de l'Etat d'un certain nombre de services publics". Les régions - dont 20 sur les 22 métropolitaines sont à gauche - exercent cette action notamment dans le secteur des transports ferroviaires.

Les conseils régionaux sont également chargés du développement économique. Dans ce domaine, leur capacité d'intervention est sérieusement limitée par la faiblesse de leurs ressources fiscales. "L'Aquitaine consacre 7 % de son budget, soit 60 millions d'euros, à la recherche et à l'innovation", explique M. Rousset. "A titre de comparaison, le Land d'Hambourg, en Allemagne, qui est deux fois moins peuplé, consacre trois fois plus à ce secteur. Aujourd'hui, le meilleur moyen de lutter contre les délocalisations est d'aider les PME sous-traitantes. Mais nos moyens sont extrêmement limités. En Espagne, la province de Navarre, qui a six fois moins d'habitants que l'Aquitaine, a un budget six fois plus élevé..."

Alain Rousset est plutôt réservé sur la possibilité, évoquée par Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes, de supprimer les aides aux entreprises qui licencient. "Il faut voir au cas par cas", avance-t-il prudemment.

Source Le Monde

Par SD32
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