Mardi 20 novembre 2007 2 20 /11 /Nov /2007 15:33
plume-note.jpg Socialisme & Démocratie 32 lance le débat de la rénovation et vous propose d'y participer à partir de ce bloc-notes.

Réinvestir le champ de l'économie sociale
par
Philippe PUGNET

Les manuels d’économie nous présentent souvent deux secteurs de l’économie: d’un côté, celui d’une économie marchande, dominée par les entreprises de statut capitaliste ; de l’autre, celui d’une économie publique, où Etat et collectivités locales offrent les biens et les services que le marché est incapable de produire.

Cette image ne correspond plus à la réalité. Au sein de l’économie marchande, de nombreuses entreprises poursuivent d’autres objectifs que d’enrichir des actionnaires. Coopératives de production, banques mutualistes et coopératives, mutuelles d’assurances ou de santé : plus de la moitié de la population française est membre d'au moins un de ces groupements. Ils emploient quelque 2 000 000 personnes et réalisent près de 12 % du produit national brut. Plus connue de nos concitoyens par le nom des familles qui la composent, l'économie sociale est le terme générique pour désigner ces groupements de personnes (et non de capitaux) jouant un rôle économique non négligeable.

Puisant ses racines dans une histoire multiséculaire, inséparable de l’histoire du mouvement ouvrier, de ses divisions et de la résistance à la construction d’une société fondée sur le profit, l'économie sociale affirme comme valeurs fondamentales la solidarité et la démocratie dans son fonctionnement.

Outil économique privilégié, assurant la diversité, favorisant la liberté d’entreprendre, permettant le développement durable dans les quartiers, les régions ou les pays à difficultés économiques et/ou sociales, l’économie sociale demeure source de partenariats et de développement de la démocratie économique, de soutien aux initiatives équitables et solidaires.

Certes, elle n’est pas parfaite. Certes, sa démocratie reste toujours à construire, malgré de louables intentions ; ses valeurs à défendre et ses objectifs à redéfinir. Mais l’économie sociale apporte la preuve que notre société n’est pas si individualiste qu’il n’y paraît. Elle révèle aussi que les citoyens sont prêts à s’organiser pour résoudre les problèmes auxquels ils sont confrontés. Et c’est bien souvent de leurs initiatives que sont issues les politiques publiques qui, au fil du temps, ont assuré une meilleure sécurité à tous.

Pour autant, face aux dérives de notre système économique dominant , marqué par le libéralisme des échanges et l’absence d’une régulation suffisante, ce secteur de l’économie sociale est confronté à de nouveaux défis : celui de l’innovation, celui d’une meilleure maîtrise  de l’impact écologique, celui d’une plus grande régulation de l’économie et d’une plus juste répartition des richesses produites.

Pour répondre à ces défis et mieux faire face à la persistance d’inégalités sociales et à l’émergence de nouveaux besoins, la gauche devra favoriser l’émergence d’une nouvelle économie, socialement et écologiquement régulée, mais plus interactive et plurielle.

Pour y parvenir, elle devra non seulement soutenir ce secteur de l’économie sociale , réaffirmer la pertinence des coopérations existantes mais veiller aussi à les généraliser partout où elles apparaissent créatrices de plus-values, voire à les réinventer dans le cadre d’une approche partenariale nouvelle .

Elle suscitera également une meilleure intégration des principales parties prenantes de la vie économique et sociale, afin de croiser les intelligences et les savoir faire et se nourrir des expériences menées en ce sens sur le terrain, en particulier par les acteurs de l’économie Sociale.

La gauche devra , par ailleurs, prendre des initiatives visant à activer le remaillage des tissus économiques urbains et ruraux et proposer, avec l’économie sociale, un modèle de régulation des activités économiques. Elle devra également soutenir les porteurs d’idées et de projets comme l’aide et le développement à la personne vers d’autres secteurs émergents , celui des nouvelles technologies comme celui de l’eau ou de l’énergie dont l’accès devra être considéré comme un droit individuel fondamental, garanti et protégé de tout critère de rentabilité.

La politique économique de la droite accentue aujourd’hui la fragmentation sociale. Face à la complexité des problèmes, aux exigences  et aspirations individuelles, aux frustrations sociales aussi, la gauche doit résolument combattre la "  vision émergente d’une société des individus  ".
Elle doit, comme le souligne Laurent Baumel " réélaborer un discours républicain et social qui reconnaisse les réalités contemporaines…,un discours qui rende lisibles les nouvelles inégalités et réalités de classe pour reconstruire de la solidarité entre les individus".

Réinvestir le champ de l’économie sociale permettra d’apporter certaines réponses.
Par SD32
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