Mercredi 6 juin 2007
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Comment ne
pas voir dans les propos clairvoyants tenus par Jean-Christophe CAMBADELIS lundi après–midi , lors d’un chat sur LeMonde.fr, comme les prémices de ce qui attend le Parti Socialiste au lendemain
des élections législatives .
Sans vouloir esquiver ce scrutin des 10 et 17 juin prochains, dont on mesure déjà, à l’image des sondages, combien ces nouvelles élections seront difficiles pour la gauche ; sans vouloir se
laisser aller au défaitisme, telles sont grandes les qualités de nos candidates et de nos candidats et parce qu’aucune bataille électorale n’est gagnée ou perdue tant qu’elle n’a pas été livrée ,
force est de constater quand même, à l’instar de Jean-Christophe CAMBADELIS que " la gauche a vu son logiciel politique défait par trois fois lors des présidentielles, ce qui pose quand même
un problème". Faut-il déjà en parler ? Mieux vaut-il , au contraire, ne rien dire, au risque de compromettre
déjà, cette nécessaire refondation de la gauche, cette exigence d’une rénovation de sa doctrine, cette aspiration à redéfinir un véritable projet historique qui tournerait la page du cycle
d’Epinay ?
Mon ami Joël CARREIRAS, conseiller régional de Midi Pyrénées, disait, il y peu, que " le champ des possibles est
ouvert " et que " le changement dans la continuité s’éloigne désormais du souhaitable ". Joël, tu as raison mais tu le sais comme moi, encore faut-il que la gauche accepte de
retrouver une assise doctrinale et un contenu mobilisateur, car si elle continue, comme le précise Jean-Christophe CAMBADELIS, " à estimer…que la lutte de classes n'a pas changé, qu'il faut
défendre le capitalisme industriel contre le capitalisme financier, que l'on laisse la liberté au marché, que l'on évite de poser le problème de l'individualisme contemporain "ou que "
nous ne sommes plus capables de protéger et de promouvoir dans la mondialisation " alors effectivement " le socialisme est évanescent et nos électeurs s'en remettront à un populisme
libéral qui semble leur dire : je vous ai compris, il faut de l'énergie pour libérer le marché et vous permettre de mieux vivre".
Cette refondation doit avoir lieu, mais pas n’importe comment et sans brûler les étapes. On ne peut plus se permettre d’occulter le vrai
débat, pas celui du leadership, mais celui des idées . Le moment venu, il faudra discuter du fond, " pas simplement de l'étiquette "rénovateur" autoproclamé " , et échanger sur les
raisons de la défaite. Jean-Christophe CAMBADELIS le rappelle avec force : le débat deviendra stérile " si le Parti socialiste … échange pendant plusieurs mois sur le thème : c'est la faute à
Ségolène contre c'est la faute aux éléphants ; dans cette hypothèse, nous n’en seront pas ". ( sous entendu Dominique STRAUSS-KAHN et ses ami(e)s ).
D’où cette volonté chez Jean-Christophe CAMBADELIS de prodiguer certains conseils, qu’il vaudra mieux entendre le moment venu : " il
ne faut pas s'émietter, il faut rester rassemblés, mais à partir d'un cap majoritairement assumé qui, pour moi, est bien sûr le socialisme réel. Quant à la scission, elle n'est ni souhaitable ni
envisageable. Ni souhaitable parce que je ne crois pas que le Parti socialiste se renforce en s'épurant. Ni envisageable parce que nous ferions exploser les derniers lieux de contre-pouvoir à
Sarkozy que sont les régions et les collectivités locales. Nous sommes donc contraints à nous rénover ensemble".
Rénover autour de deux idées " le social " qui " ne peut être opposé à l'économie - sous-entendu : on ne peut redistribuer ce
que l'on n'a pas produit " et " la démocratie " qui est " un impératif à l'époque du tout-médias..., c'est-à-dire la démocratie dans tous les secteurs de la vie, dans
l'entreprise, dans la maîtrise de la modernité, dans la capacité du citoyen à contrôler l'espace public, et évidemment aussi, sur le plan social et des institutions" : Jean-Christophe
CAMBADELIS pose là " le thème de la social-démocratie " qui est " une rupture avec l'idéologie dominante à gauche ". Cette rupture, mais ne brûlons pas les étapes, cette
rénovation qui a " toujours été reportée, au nom de l'unité, pour des impératifs électoraux " est , selon lui , " une bataille permanente » qui devra « s'accélérer dans les
deux ans à venir, de façon que notre candidat ou notre candidate à la présidentielle ait les réponses nécessaires aux problèmes de notre société et que celles-ci puissent devenir majoritaires
dans le pays ".
Rénover mais selon quelle méthode ? Comment poser d’abord le bon diagnostic sur les mutations en cours afin d’apporter des solutions
concrètes aux problèmes ; quels principes et quelles valeurs doivent désormais nous permettre, comme le souligne Laurent BAUMEL dans un récent essai* - de répondre à l’ensemble des grandes
questions classiques posées à la réflexion politique -.
Jean-Christophe CAMBADELIS avance des propositions et définit un cadre :" il ne faut plus mettre la tactique électorale avant la stratégie sociétale ". Et de préciser : "
nous avons souvent pensé en termes tactiques pour gagner les élections : union de la gauche, gauche plurielle, gauche unie, hier Front populaire, etc. Ce ne sont pas les alliances qui doivent
dicter notre programme. Le PS manque cruellement de définitions politiques. Qu'est-ce qu'être de gauche ? Qu'est-ce qu'une société juste ? Comment retrouver la voie de l'égalité réelle ?
Qu'est-ce que le progrès aujourd'hui ? Qu'est-ce que la responsabilité ? Qu'est-ce que c'est que la liberté qui ne soit pas libertaire ? Qu'est-ce que la fraternité dans le marché ? Autant de
questions qui ont trouvé comme réponses des valeurs, des principes. Pas des réponses programmatiques. Il faut donc se concentrer sur ce travail de l'offre, se débarrasser des sondages, de la
sociologie, de l'électoralisme, pour mieux y revenir une fois notre logiciel refondé ".
La gauche a désormais l’obligation d’apporter des solutions aux défis majeurs qui se posent , notamment la mondialisation économique, la
montée du chômage et la fragmentation sociale. Mais plus que tout, elle doit réinvestir le terrain de l’espérance et de la passion.
Jean-Christophe CAMBADELIS avertit cependant : " …tout coup de force, tout passage en force provoquera des résistances durables, et la
gauche n'aime pas claquer des talons. Il vaut mieux se confronter, discuter indépendamment des questions de personnes, réfléchir ensemble… surtout, s'écouter, et non pas disqualifier une idée
parce que c'est un concurrent qui la porte ".
La pédagogie étant la meilleure des vertus et la sincérité le meilleur outil au service de la vérité, Jean-Christophe
CAMBADELIS a tenu enfin à rappeler hier après-midi, certains éléments : " c'est toute la gauche qu'il faut refonder ; c’est beaucoup plus grave qu'une querelle de leadership ; c'est pour cela
que Dominique STRAUSS-KAHN était extrêmement grave le 6 mai ". Et de rajouter , par ailleurs : " je veux pouvoir reconnaître que Ségolène Royal a raison sur la question de la
participation du peuple à l'élaboration de ses solutions. Ou que Laurent Fabius n'a pas tort de mettre la laïcité au cœur de nos sociétés communautarisées. Mais je veux que dans le même temps, on
puisse écouter ce que veut dire une refondation social-démocrate sans être immédiatement enfermé dans une droitisation libérale. Et c'est à travers cet effort, cette pédagogie, cette humilité,
que la gauche pourra être refondée ".
Puisse-t-il être entendu ?
Philippe PUGNET
Socialisme & Démocratie 32
* Laurent BAUMEL Fragments d’un discours réformiste
Par S&D32
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