Le FMI et l’Organisation internationale du travail (OIT) viennent de tenir à Oslo un sommet conjoint, le premier de leur histoire, auquel Terra Nova était conviée. Les
deux institutions y ont tiré la sonnette d’alarme : le chômage de masse pourrait bien devenir le prochain fléau de la mondialisation.
Les chiffres sont alarmants. Ils sont la conséquence, bien sur, de la crise financière, qui a métastasé en
crise économique puis sociale. Le chômage a augmenté de 30 millions de personnes depuis 2008, pour atteindre aujourd’hui 210 millions, soit 7% de la population active mondiale. Les trois-quarts
de cette hausse sont localisés dans les pays développés, avec bond de 3 points de leur taux de chômage (contre 0.25 point seulement dans les pays émergents). C’est aussi la conséquence d’une
démographie mondiale dynamique. Le marché du travail va devoir absorber près de 500 millions de nouveaux entrants dans les dix ans qui viennent.
Les risques de destruction du capital humain mondial sont sérieux. Des études américaines, citées par le FMI
et l’OIT, soulignent les pertes de long terme. Une personne licenciée subit ainsi : une chute de 20% en moyenne sur l’ensemble de ses revenus futurs ; une perte d’un an de son espérance de vie ;
une baisse de 10% des revenus de ses enfants.
Ces risques sont critiques pour les jeunes. Le taux de chômage des jeunes est déjà particulièrement élevé :
13% au niveau mondial – 80 millions des jeunes de la planète sont chômeurs. Ils sont la variable d’ajustement de la crise. Le chômage des jeunes a bondi en France de 20 à 25%. En Espagne de 20 à
40% ! Et cinquante millions supplémentaires vont donc arriver chaque année sur le marché du travail. Comme l’a souligne Dominique Strauss-Kahn à Oslo, se profile le spectre d’une « génération
perdue ».
Que faire pour l’éviter ? Les préconisations entendues à Oslo sont « non-conventionnelles », comme on dit
pudiquement dans le jargon des institutions financières internationales.
Le soutien des finances publiques à l’économie doit se poursuivre. La consolidation budgétaire, nécessaire
pour conjurer le surendettement des Etats, doit être progressive. Elle ne doit pas commencer avant 2011, ni dépasser 1.25 point de déficit, sous peine d’asphyxier la reprise de la
croissance.
La coordination des politiques économiques pendant la crise a permis d’éviter une grande récession de type
années 30. Elle doit se poursuivre pour piloter la reprise et éviter toute rechute. Le keynésianisme dans un seul pays a été invalidé par la mondialisation. Il renaît dans le cadre de la
coopération internationale. A cette aune, la perte de dynamique du G20, manifeste au dernier sommet de Toronto, ne lasse pas d’inquiéter. La présidence française du G20, en 2011, sera
cruciale.
La mobilisation d’un nouvel outil, iconoclaste, doit être envisagée : les politiques salariales. Ces trente
dernières années sont en effet marquées par un phénomène majeur : la stagnation des salaires des classes moyennes. La répartition de la valeur ajoutée a été captée par le capital au détriment du
travail : un point de croissance supplémentaire n’entraîne plus que 0.75 point de hausse salariale, les salaires n’évoluent plus au rythme de la productivité. Et au sein des salaires, les
inégalités dans la distribution des revenus ont explosé. En 1980 aux Etats-Unis, les 1% les plus riches concentraient 8% des revenus ; ils en siphonnent aujourd’hui 24%. Au-delà des questions de
justice sociale, ces déséquilibres sont une des causes du ralentissement économique occidental. Ils expliquent l’atonie de la consommation, et donc de la croissance. Ils ont suscité des
politiques insoutenables de maintien artificiel du pouvoir d’achat des ménages : via le surendettement privé et les subprimes aux Etats-Unis ; via l’endettement public et les prestations sociales
en Europe. La compression salariale a été le principal outil de compétitivité externe pour certains grands pays exportateurs, Chine et Allemagne notamment, aboutissant à des surplus extérieurs
massifs et des déséquilibres globaux déstabilisants. Sauvegarder le pouvoir d’achat des classes moyennes passe par une série de leviers : l’activation du salaire minimum, des syndicats forts et
des négociations réussies pour assurer une grille salariale dynamique, et la redistribution fiscale des plus hauts revenus. L’OIT et le FMI invitent tout particulièrement les pays à surplus
extérieurs élevés, Allemagne et Chine en tête, à accroître leur demande interne par une hausse des salaires
L’économie internationale a longtemps été marquée par le « consensus de Washington », un mix néolibéral
mêlant discipline budgétaire, libéralisation et dérégulation unilatérales, rigueur salariale. Les réflexions actuelles font émerger des prescriptions post-keynésiennes : volontarisme budgétaire,
coordination internationale, expansion salariale. L’émergence, peut-être, d’un nouveau « consensus d’Oslo ».
Source : Notes - Olivier Ferrand - TERRA NOVA
Socialisme et Démocratie 32 vous propose de prendre connaissance de l'intervention de Dominique STRAUSS-KAHN, Directeur général du FMI, lors de
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coprésidents de la conférence sur la croissance et l'emploi qui s'est tenue à Oslo, lundi 13 septembre, ont estimé que cette manifestation représentait un "pas important" pour que la
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Le Fonds monétaire international tient
son assemblée de printemps les 24 et 25 avril à Washington. Nommé à la tête d'une institution controversée, Dominique Strauss-Kahn a profité de la crise pour lui redonner son rôle stratégique.
Mais aussi en changer la philosophie
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