Pour rééquilibrer durablement l'économie mondiale, il faut réorienter l'économie
chinoise vers son marché intérieur. Ce qui profiterait aux Chinois eux-mêmes, qui ont le droit de s'attendre à ce que la croissance soit utilisée pour financer un système de santé et des
mécanismes de protection sociale.Barack Obama était en Chine cette semaine pour sa première visite dans ce qui est devenu le partenaire privilégié, tant politique qu'économique, de la superpuissance américaine à l'échelle mondiale. Iran, Afghanistan, Corée du Nord, Copenhague… les dossiers épineux étaient nombreux sur la table, mais aucun n'a progressé de façon significative. C'est le cas en particulier du dossier de la réévaluation de la monnaie chinoise.
Ces dernières années, les surplus commerciaux croissants de l'économie chinoise ont été le pendant des déficits, eux aussi croissants, des Etats-Unis. Ils sont donc une des causes profondes de la crise dont nous sommes peut-être en train de sortir lentement : les Américains se sont endettés de façon de plus en plus excessive pour consommer davantage que ce qu'ils produisent avec l'argent chinois − l'argent que les Chinois leur prêtent parce que, eux, consomment moins que ce qu'ils produisent, et cela également dans des proportions croissantes.
Pour l'instant, la Chine, un pays de 1,4 milliard d'habitants, a toujours une structure économique de « petit pays », plus proche de celle des Pays-Bas que des Etats-Unis ou de l'Europe : aux Etats-Unis ou en Europe, le commerce extérieur à la zone pèse en effet de l'ordre de 20 % du produit intérieur brut (PIB), tandis qu'en Chine il dépasse les 80 %… Pour espérer rééquilibrer l'économie mondiale, et donc limiter le risque d'une prochaine crise, il serait indispensable de réorienter l'économie chinoise en priorité vers son marché intérieur.
Ce n'est cependant pas du tout la voie que sont en train de prendre les autorités chinoises. Le plan de relance fantastique lancé début 2008, et qui a rencontré un certain succès à court terme, reste essentiellement un plan de relance des exportations chinoises. Il a été associé en particulier à une politique de réancrage du yuan, la monnaie chinoise, sur le dollar, alors qu'au cours des années précédentes, les autorités chinoises l'avaient laissé se réévaluer quelque peu. Et cela alors que le dollar baisse par rapport aux autres monnaies, et notamment à l'euro. Manifestement, le lobby des industries exportatrices est infiniment plus puissant à Pékin que celui des paysans chinois de l'intérieur, qui aimeraient bien profiter un peu eux aussi de la croissance et avoir enfin un système de santé qui fonctionne, des mécanismes de protection sociale… Il faut dire que la Chine présente cette situation extraordinaire d'être à la fois la dernière grande dictature communiste au monde et un paradis ultralibéral où, notamment, les syndicats libres sont interdits…
A l'occasion de la visite en Chine de Barack Obama, de nombreuses voix se sont
élevées pour souligner l'ampleur de la menace que cette stratégie fait peser sur l'économie mondiale et exhorter le président américain à la fermeté sur ce dossier. C'est notamment le cas du
prix "Nobel" d'économie américain Paul Krugman dans une de ses chroniquesNew York Times. Dominique Strauss Kahn, le patron du Fonds monétaire international (FMI), a
lui aussi rappelé son souhait d'une réévaluation du yuan.
Source : Alternatives économiques
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